One shot! Parce que j´avais faim hier soir, et que j´avais faim en revenant de l´école aujourd´hui. 
Enjoy, wii!
___
La Faim
J’avale la nuit noire comme une goule en faim de tout. Je rôde, entre ciel et ruelle, pour trouver la chair tendre, qui me fera tenir, jusqu’au petit matin. J’aime voir les ombres courir parmi les ombres, alors que la mienne se trouve déjà derrière moi. J’aime courir et chasser, traquer et courir. Elles détalent, les silhouettes, et c’est devant moi qu’elles détalent, c’est par ma faute qu’elles fuient, et peut-être est ce aussi ma faute si il y aura un membre de moins au tronc familial, ce soir, ou au petit matin, si l’absence d’une nuit ne les a pas inquiétés. Surgir ! D’un coin. Apparaître ! D’un nulle part qu’on croyait vide, avant que les deux pupilles qui éclairent mes yeux ne se réveillent des ombres. Parfois alors, je n’ai plus faim, et je traîne. Et puis je regarde en haut, parce que l’en bas m’a donné tout ce dont je rêvais, cette nuit. Alors, j’ai envie de bondir, de m’agripper à ces toits, et de mordre ces étoiles, qui me narguent du haut de leur voûte. Je veux les voir tomber, les voir sous moi, sous mes pieds. Et puis, je veux les écraser, les piétiner, comme elles me dominent de là haut, depuis, depuis que je me traîne. Et j’en ferai un dernier repas, avant d’aller me coucher, au chaud, quelque part où je peux dormir sans danger, sans peur. Je veux me voir entre quatre murs, et le ventre plein, et la petite cheminée aussi, pour ne pas mourir de froid, la nuit, alors que j’ai la panse remplie pour vivre cent années.
Dehors, il y a des choses qui rôdent. J’ai envie de dormir, parce que dehors, il y a des choses qui rôdent. Malicieuses, le malin, en bas, voilé, sous les ombres. Et elles surgissent. Elles veulent me dévorer. Quand elles me voient, elles veulent me manger, avec leurs grandes dents, dans leur sang, leur sang rouge qui dégouline de leurs babilles. Elles ont des babilles, grosses et épaisses, bien tendres, comme la chair d’un porc qui part à l’abattoir. Qu’on soit loin où qu’on soit bientôt mort, on entend comme ils grognent. Peut-être qu’ils hennissent, peut-être qu’ils miaulent, ou même qu’ils aboient. Et si c’était tout cela à la fois. Je les dis fantômes, ou esprits, ou spectres ou démons, mais ils existent. Et ils courent, vite, longtemps, des jours, toujours. Ce sont mes prédateurs. J’ai envie de les oublier, et c’est pour ça que je dors. Depuis quand est-ce que je traîne ? Depuis que j’ai faim. Et quand n’ai je pas faim ?
Le jour.
Mais à quand remonte ma dernière journée ? Pas à hier. Avant-hier, c’est trop loin pour se souvenir. Je me rappelle des étoiles, mais pas des nuages. Le ciel est noir, et pas autre chose. Dehors, c’est la faim, rien que la faim, éternelle. Une envie d’assouvir ses désirs, de se sustenter de tout ce qui est bon, de tout ce qui passe et qui est mangeable, qui puisse plaire à nos dents toutes rouges. Une pulsion qui nous pousse dans les marais pleins de trésors qu’on s’empresse de prendre, parce qu’ils brillent dans l’eau poisseuse et noire.
Une soif de mastiquer, qui me ronge la gorge, sucer dans les abysses d’une rue gargouillante.
Les gargouilles gargouillent, nous observent de leurs yeux rouges, jugeant pour jauger quel est le plus goûtu d’entre nous. Une paire d’yeux multipliée par l’infini, écrasant les étoiles de leurs pupilles cadavériques, où nos papilles se reflètent, nos papilles qui ont hâte du goût de la viande.
Pour l’infinité des prédateurs, ont été produites infinité de proies. Et dans ce jeu sans échelle humaine, qui ne dure que la nuit parce que le jour n’existe plus depuis toujours, nous serons les pions et les perdants pour l’éternité entière.
Ils cachent l’issue, ainsi nous ne fuirons pas.
L’issue n’existe pas.
La fin non plus.
Nous naissons une nuit, l’un d’eux nous terminera une autre.
Et il nous recrachera encore une autre nuit, pour que, à jamais, nous jouions à leur petit jeu.
Alors, pour écarter le moment de la régurgitation, nous mangeons, nous dormons, nous vivons.
Ou du moins, nous faisons semblant.
Car nous avons faim.
Faim de tout.