Imaginez un ciel d’un noir d’encre, saupoudrez le d’étoile et jetez le par-dessus des collines verdoyante et, surtout une petite ville campagnard typiquement française. Non, pas un village avec des fermes, des veaux et des canards, mais une petite ville avec des maisons coquettes, des jardins fleuris et des gens aimables et souriant, mais endormit pour l’instant. Bienvenue à Miranval !
Dans une rue de Miranval, un jardin, avec un bassin, un chêne auquel est accroché une balançoire, une mare pour les canards n’ayant jamais vu de canard, des haies de rosiers et de l’herbe grasse entretenu avec amour. Bienvenue dans le jardin de maison Luchevic !
Au fond de ce jardin se trouve une petite cabane ou le père Luchevic entrepose ses outils. C’est là que tout commença. Au milieu des bêches, pelles, sécateurs, bouteilles de désherbants divers, se trouvait un petit transistor que cinq nains observaient avec une ferveur presque religieuse.
La nouvelle sur RNJ – la Radio des Nains de Jardins – qu’ils venaient d’entendre les avait laissé sans voix. Une naine ! Une authentique naine avait été aperçue dans le jardin des Convenant !
Les six nains, qui se nommaient – parce que chez les Luchevic, on avait le sens de l’humour –Terrenet, Compri, Génieu, Solent et Sane, réfléchissaient dure à tout ce que cela impliquait. Les six nains n’avaient qu’une connaissance très vague de la notion de féminité. La découverte des revues que le fils Luchevic cachait sous la boite à outils les avait laissé perplexe à ce sujet.
-Pourquoi on a pas de naine, nous ? demanda le nain Terrenet qui se faisait très vite aux nouvelles idées.
-Parce que les Luchevic sont des connards ! Cracha avec véhémence le nain Solent.
-Tu ne peux pas dire ça ! S’indigna le nain Compri en s’agrippant fermement à sa brouette comme s’il s’agissait du seule point stable sur terre.
-Si je l’peux, la preuve, j’viens d’le faire !
-C’est pas ce que je voulais dire, je…
-Messieurs s’il vous plait, coupa le nain Génieu en levant sa truelle. Ne nous dispersons pas. Il nous faut un plan.
-On va chez les Convenant, on bute tout le monde et on se barre avec la naine ! » Clama fièrement le nain Sane en brandissant fièrement sa hache.
En achetant le nain Sane, les Luchevic trouvaient mignon l’idée d’un nain de jardin fendillant du bois, les autres nains savaient que sur la liste de tout ce que voulait fendiller le nain Sane, le bois arrivait en bon dernier.
-Moi je suis d’accord pour ce plan ! » Approuva le nain Terrenet. « Mais bon, on va pas tuer les nains Convenant quand même.
-Oh, fit Sane déçu. Même pas un ou deux ?
-Ben je suppose que s’ils veulent pas obtempérer, il faudra bien sévir. » Un sourire se dessina sur les lèvres du nain Sane. Tous les nains frémirent.
-Bien, conclut le nain Génieu, si personne n’y voit d’objection, je crois que nous sommes prêt.
-Ouep, fit le nain Terrenet.
-Nyark, fit le nain Sane.
-Foutre oui, fit le nain Solent.
-Non, mais attendez, hésita le nain Compri, et tous poussèrent un râle de désespoir. On peut pas faire ça, on sait même pas si elle va accepter de venir avec nous. Peut être qu’elle est bien chez les Convenant. » Les nains clignèrent des yeux, l’idée ne leur avait même pas traversé l’esprit.
-On s’en branle, coupa le nain Solent. Ces connards de Convenant ont une naine et pas nous, c’est une nainjustice.
-Exactement, ajouta Génieu. Et en réparant les nainjustices, nous devenons des justicier et donc nous sommes dans notre bon droit. Si la naine refuse de nous suivre, cela signifie qu’elle est complice de la nainjustice et par subséquent nous serons contraint de… de la forcer à nous suivre. Question de justice. » La logique du nain Génieu passait souvent au dessus de la tête des autres nains, mais c’était le seul à savoir placer des mots comme ‘subséquent’, alors il devait sûrement savoir ce qu’il disait, donc tous, à l’exception de Compri, approuvèrent d’un hochement de tête ferme.
-Mais, commença le nain Compri.
-Et si elle résiste, s’enflamma Sane, on lui coupe les pieds et on la bâillonne ! »
Tous hochèrent la tête encore une fois, mais plus par peur de contredire le nain Sane. Et sans autres palabres, les nains quittèrent la cabane et partirent vers la maison Convenant, qui s’avérait être la maison d’en face.
Alors qu’ils traversaient le fleuve de bitume séparant les deux maisons, Solent se tourna vers Compri.
-Pourquoi est ce que t’as apporté ta putain de brouette.
-Mais… c’est… c’est ma brouette, fit Compri désespéré comme s’il était au bord du gouffre.
-On est en guerre merde !
-Je… je peux pas la lâcher, je l’ai toujours eut sur moi. Elle… elle fait partie de moi.
-Si tu veux je peux t’aider à la lâcher moi, fit Sane avec un sourire dément en levant sa hache.
-Laissez le, coupa Génieu, ça servira à transporter la naine si jamais on… euh.
-Lui coupe les chevilles ? Proposa Sane serviable.
-Voilà, conclut Génieu mal à l’aise.
Ils se turent et reprirent leur marche quand soudain la palissade des Convenant leur apparut et ils s’immobilisèrent brutalement dans une série de juron étouffé lorsque Compri avait roulé sur le pied de Solent.
Les nains de la famille Luchevic n’étaient pas les seuls à avoir entendu la nouvelle. Une foule de petits chapeaux rouges pointus se trouvaient agglutiné au pied de la palissade et s’échangeaient jurons et propos haineux à un rythme qui fit pâlir de jalousie le nain Solent. Dans la foule on reconnaissait les nains de la famille Sabroch, dirigé par – car les Luchevic n’étaient pas les seuls à apprécier calembours douteux –Naboléon, on voyait également les nains de la famille Ludate, dirigé par Casanabo avec sa coiffe ornée de bégonias. Et tant d’autre de tant de familles différentes.
Il n’en fallut pas plus à Sane qui bondit hache en avant dans le tas. Deux nains se retournèrent juste le temps de voir un sourire dément et une hache s’abattre sur leur crâne dans un fracas de porcelaine. Bondissant dans la foule, Sane fit tournoyer sa hache autour de lui comme une tornade mortelle emportant avec elle, têtes souriantes, chapeau pointus, barbes blanches et outils divers. Les éclats de porcelaines et de terres cuites s’élevaient au dessus de lui pareille à une nuée d’insecte et retombaient lourdement en causant des dommages sévères.
Le chaos vint rapidement. Les discussions à peu près civilisées n’avaient plus de raison d’être, personne ne savait qui avait attaqué en premier mais personne n’était résolu à laisser s’échapper la naine. Chaque nain se saisit de son instrument de jardinage et l’abattit rageusement sur son camarade le plus proche. Les nains Convenant, du haut de leur palissade, balançait des pierres dans la cohue. De temps à autre s’élevait les jurons étouffés du nain Solent qui abattait sa pelle sur les crânes qui se présentaient à lui.
En retrait, à l’écart des combats, trois nains observaient la joute ensemble. Le nain Compri, en proie à un profond désarroi, observait la lutte avec la figure sombre et désespéré de celui qui a eut un entraperçu de l’enfer qui lui était prédestiné. Terrenet, quant à lui, sautillait sur place nerveusement. Il comprenait qu’il y avait une différence énorme entre projeter de faire quelque chose et passer à l’acte pour de bon.
Génieu quant à lui, fin stratège, préférait attendre que tous finissent de s’entretuer et il n’aurait plus qu’à fouiller dans les décombres pour trouver la naine. Mais il était contrarié, les nains Convenant faisait preuve d’une couardise sans pareil en restant au sommet de leur palissade. Il risquait fort de gagner. Et cela ne l’arrangeait pas. Il réfléchit un instant, son regard passa de Compri à Terrenet. Un grand sourire apparut sur ses lèvres lorsqu’une idée illumina son esprit. Il se pencha vers Terrenet et commença à lui chuchoter à l’oreille.
-Vraiment ? » S’étonna Terrenet. « Je ne risque vraiment rien.
-Subrogatoirement parlant, non.
-Oh. » Terrenet ignorait ce que pouvait vouloir dire ‘subrogatoirement’, mais il n’osait pas le reconnaître devant Génieu, ça devait être une façon intellectuel de dire qu’il ne risquait rien. En réalité Génieu ignorait aussi le sens de ‘subrogatoirement’, mais il savait que Terrenet ne le savait pas… c’est de la psychologie de nain de jardin.
Terrenet bondit de coté, se saisit de Compri, le jeta dans sa brouette et pris celle-ci à bras le corps avant de hurler « CHARGEZ ! » et de courir comme un dératé, brouette en avant, vers la cohue en trimballant un Compri qui poussa un hurlement suraigus lorsqu’ils percutèrent la masse des mains.
Les figurines en terre cuites qui n’eurent pas le temps de s’écarter furent broyé et écrasé ou s’éclatèrent sur les coins de la brouette de bois transformé par Terrenet en chariot infernal. Compri ferma les yeux et entendit les nain se brisé sur son seul compagnon à un rythme effrayant puis s’arrêta brusquement.
Terrenet percuta la palissade de plein fouet avec toute l’inertie de sa lancé. La brouette vola en éclat alors que la tête de Terrenet fusionnait avec le ventre de Compri dans un improbable tableau que n’aurait pas renié un peintre post moderne. La palissade, mal fixé à la base et encore plus déstabilisé par le poids d’une dizaine de Convenant, chancela et s’effondra sur le champs de bataille dans un tonnerre de terre cuite qui éclate et de porcelaine qui vole en morceau. Puis plus rien.
Au bout d’un moment quelques silhouettes hagardes se dressèrent. Parmi elles, ont pu reconnaître l’alter ego masculin de la Venus de Milo qu’aurait pu faire Yorgos s’il avait fait dans les nains de jardins. « Putain de bordel de merde » invectiva Solent, devenu manchot. De l’autre coté s’élevait les Nyark Nyark ravi d’un Sane qui avait perdu la moitié de sa tête ( au sens littéral du terme, métaphoriquement parlant, il n’en avait plus, de tête) et un bras. Couvert de fissure, il ne déplaçait qu’en faisait un bruit évoquant un service complet en porcelaine qui se serait trouvé malencontreusement coincé dans une machine à laver en mode essorage.
Au milieu, s’avança un Génieu ravi et heureux car devant lui, sans que rien ne puisse plus entraver sa marche, se tenait la seule et unique naine. Elle n’avait ni barbe, ni chapeau pointu et ne tenait pas le moindre ustensile de jardinage. Belle et pure dans sa nudité qu’elle cachait pudiquement de ses mains, au sommet de son autel de marche, elle semblait l’attendre depuis une éternité.
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« Le Poitou Libre » – Edition de Jeudi 6 novembre 2004.
Fait divers : Action du FLNJ ( Front de Libération des Nains de Jardin) ou querelle de voisinage ?
Hier dans la nuit, dans la petite bourgade paisible de Miranval, quel ne fut par la surprise des habitants de la rue Yves Marmaud, rue tranquille et sans histoire, de découvrir réunis devant la maison de Jacques et Marie Convenant, l’intégralité des nains de jardins du quartier qui avaient été réduit en morceau. Pour l’instant aucun indice concernant les responsables de ce saccage. Mr Convenant a également signalé la disparition de la petite représentation de la déesse Aphrodite qui trônait au sommet de la fontaine qu’il venait d’acheter.
J.M. Chevalier
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« Le Poitou Libre » – Edition de Vendredi 7 novembre 2004.
Fait divers : Suite dans l’affaire des nains de jardin à Miranval.
Rebondissement surprise dans cette affaire à la suite de la découverte dans l’abri de jardin de Mr Luchevic, le voisin de Mr Convenant, de la statuette représentant la déesse Aphrodite. Détail curieux, la statuette avait les pieds tranchés. La police interroge en ce moment Mr Luchevic pour tenter d’établir sa part de responsabilité dans ce l’on appelle maintenant ici : Le génocide nain.
J.M. Chevalier
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« Le Poitou Libre » – Edition de Lundi 10 novembre 2004.
Fait divers : Il y a quelque chose de pourri au royaume de Miranval.
La tension monte à Miranval depuis l’affaire du génocide nain. Tout accuse Mr Luchevic qui continue à nier. Les habitants du quartier ne cessent de montrer leur indignation et Mr Luchevic ne peut plus sortir de chez lui sans subir les insultes et remontrances du voisinage.
J.M. Chevalier
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« Le Monde » – Edition de Jeudi 13 novembre 2004.
Drame à Miranval : Un fermier fou tire sur ses voisins.
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« L’humanité » – Edition de Vendredi 14 novembre 2004.
Une émeute éclate à Miranval à la suite du meurtre d’une dizaine d’habitant de la petite ville par un militant d’extrême droite qui s’en serait pris d’abord à son voisin sous prétexte que sa collection de nain de jardin était une preuve indubitable de son appartenance au parti communiste. Le gouvernement tente d’étouffer l’affaire en envoyant des militaires.
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« Le figaro » – Edition de Samedi 15 novembre 2004.
La Une : DES MILITANTS COMMUNISTES TIRENT SUR LES MILITAIRES.
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« Le journal de 20h » – Edition de Dimanche 16 novembre 2004.
Mesdames et messieurs bonsoir. L’heure est grave, le gouvernement vient de déclarer la guerre au Poitou qui a pris de force son indépendance. Avec le soutien des armées américaines qui travaille conjointement avec le chef des armées françaises se prépare un bombardement massif qui a pour objectif de rayer le Poitou de la carte.
Ce soir interview exclusive de Jean Marc Chevalier, chef révolutionnaire du mouvement « Le Poitou Libre » […]
Et quelque part, au dessus des bombes, un nain de jardin et une statuette cul de jatte de la déesse Aphrodite vivent une parfaite idylle.
Alors là je tien a tirer mon bonnet rouge
je suis EXPDR devant ton histoire elle est trop trop bien et trop bien réussit BRAVO. LA seule choses que j´ai a dire.
![]()
super histoire ![]()
Rien à rajouter, c´est génial. ![]()
C très ( trop ) fort ![]()
Comme mes camarades, je mets un 10/10!!! J´adore!!!
Merci beaucoup pour vos compliment
PS: pardon pour ma réponse tardive, j´étais parti pour le week end.
Tres tres bien, pour ne pas dire génial, surement un des meilleurs départ si on peut dire de fic sur ce forum..
Sinon si tu as le temps passe lire des autres fics comme providence(soulblighter), de trop(skysoft), souvenirs(schyzo)et d´autre..
Je me permet de uper cela malgrès le temps qu´il s´est écoulé, une merveilleuse nouvelle.
Alors la, tout simplement excellent, vraiment super drole et bien écrit, chapeau (rouge) bas ![]()
rien à ajouter.
Presque un anniversaire
Sympa comme nouvelle ^^
Je ne suis pas fâcher de l´avoir uper en faite, j´aurai pu attendre 5 jour? non ![]()
EXCELLENT!
Rien à redire.
voilà mon commentaire (très constructif)
Un sans faute pour le moment que des commentaires positive qui montre tout naturellement que cette nouvelle est géniallisme et extrèment bien foutu et travaillé.
N´empêche il a copié mon pseudo... ![]()
Scénario simple qui sert très bien une fresque burlesque dont la seule originalité est comique rien que par son concept. Très agréable à lire, même si ce n´est pas un chef d´oeuvre (un peu forumial quand même). Bravo.