Voila une histoire quasi autobiographique et aussi un peu philosophique par moment, l´histoire de mes déceptions et de ma rage.
1 er chapitre: les dimanches matin.
Chapitre 1 : Les dimanches matin.
Mon papillon, c’est comme si mon âme et mon corps enlacés l’un à l’autre, s’évanouissaient dans les racines noueuses et épineuses des Fleurs Du Mal.
Neuf heures dix sept. Le froid fait ouvrir grand mes yeux, dommage j’aimais ce rêve, une fille nue, on faisait l’amour lentement, elle m’avait laissé un doux souvenir qui gorgée encore mon sexe et étrangement son parfum imaginaire me flottait dans les narines. J’avais la chair de poule, mon dos était courbaturé et mon ventre était en désordre, la mémoire me faisait défaut et je ne savais plus où j’étais, qui j’étais, j’ai passé un regard inquisiteur tout autour de moi pour m’apercevoir que je n’étais pas dans mon lit bien au chaud mais gelé sur un rude canapé dans une salle peinte d’une lumière grise.
La porte-fenêtre était ouverte, j’entendais des murmures qui venaient de l’extérieur ou peut être était ce mes oreilles qui sifflaient, je suis resté allongé encore quelques instants puis je me suis levé pour aller chercher d’un pas saccadé mon manteau de cuir vautré sur une vielle chaise en bois.
J’aurais dû y penser, fichus chaussures, le balcon était humide ; les autres rirent en me voyant, je leur fis un signe de la main pour leur dire que tout allait bien.
Je respirai un grand coup, j’en avais besoin, l’air embaumé l’odeur du fioul et de la bouse ; on entendait braire des moutons et au loin un tracteur ronflait.
Ayant du mal à soutenir mon propre poids, je me suis posé contre la balustrade et j’ai observé le jardin. Il était parsemé d’une herbe ébouriffée et irrégulière, ça et là il y avait quelques trous de taupes, de grosse touffes d’orties mais aussi des cadavres de bouteilles, de whisky pour la plupart, sans doute envoyée en l’air au cours de la soirée, le tout enveloppé d’une fine pellicule de brume.
De l’autre côté de la clôture gauche, une chèvre mâchait des brins d’herbe en me fixant d’un air idiot, contre toute attente je lui rendais son regard dénué d’expression.
Je me suis retourné vers les autres, ils avaient de gros manteaux moches et crades, entrouverts, dont les cols rigides leur recouvraient la moitié du visage. A cette heure cette ci nous n’étions plus que des zombies, à cette heure ci nous n’étions plus que l’ombre de nous même, nous avions le visage aussi pâle que de la craie, nos yeux étaient rétractés et scintillaient, et nos lèvres étaient craquelées, arides.
Les autres se rappelaient la nuit dernière, je ne pus m’empêcher de pousser quelques sourires indicibles en me rappelant l’unes de nos fanfaronnades, mais je ne parlais pas, je restais dans le silence.
Lorsque l’euphorie s’écoule, que le tumulte de la fête s’évanouie, quand vient l’aurore brumeuse et que dans mes veines coule encore le flot de l’altération, je reste taciturne et je plonge dans mes songes. A ces moments je me sens quiet, lavé de toutes peines car le matin met de l’ordre dans les tiroirs de mes boyaux et de mon cerveau, néanmoins je ne puis m’empêcher de ressentir un certains trouble, une légère mélancolie que je ne saurai expliquer.
J’étais si las, je n’avais plus qu’une seule envie, que la mère de Matthieu arrive dans sa voiture pétaradante et quelle me ramène chez moi.
Je reçu un coup dans les côtes, c’était Matthieu qui me tendait une petite feuille blanche enroulée sur elle-même fourré de tabac et de copeaux de paradis artificiels, je tendis la main machinalement. Le pet languissait entre mes doigts rougis par le froid, désireux de m’altérer, je le regardais de mes yeux pétillants d’un amour naïf. Il s’introduisit entre mes lèvres, je tirais lentement, longuement, comme on apprécie un baisé, je sentais ma tête s’emplir de vide.
Le foyer rougeoyait, je m’imaginai l’air passer filtrer à travers le tabac et les boulettes se muer en une épaisse fumée, puis s’engouffrer dans mon corps, en brulant ma gorge et en encrassant mes poumons.
Je le retirais amoureusement, en toussotant et en crachant, ma première bouffée d’air pur eut l’effet d’une bombe.
Violentes et épuisantes, des impressions me défilèrent dans le crane.
Un trente huit tonnes qui hurle, un hiver dur, des seins rouges, la rage, un râle furieux, fracture, pare choc énorme, mes os qui frappent, claquent et qui craquent, horrible, ordures.
Ce fut comme implosion de lucidité , comme si tout mourrait et renaissait à une vitesse folle, comme si l’un de ces Boeing 747 se serait décroché de cieux pour s’éclater contre le balcon , rasant le quartier et nous réduisant moi et potes en une compote de chair et de gerbe, dans une déflagration infernal ;
Puis tout s’évanouit.
« Oh l’bâtard ».
Tous rirent.
Ma bouche épousa les formes d’un O, et je restais figé ainsi l’espace de quelques secondes, ils rirent d’avantage.