3
Dès qu’ils furent prêts, sacs sur le dos et en pleine forme - ou tentant de le faire croire - pour la journée, ils partirent, en faisant un détour par l’armurerie. C’était le genre de magasin où aucun d’entre eux n’était jamais entré, mais dont ils connaissaient à peu près l’emplacement pour être passés devant plusieurs fois en voiture. Ils ne faisaient même plus attention au paysage d’apocalypse qu’était l’avenue dans laquelle se trouvait la boutique. Ils passaient soigneusement sur les trottoirs, par habitude et parce qu’ils étaient le moins chargés de corps, de carcasses de voitures calcinées et de décombres en tout genre. Il fallait être très attentif, car la plupart des panneaux annonciateurs de boutiques avaient volé en éclats. Mais ils n’eurent pas trop de mal à trouver l’armurerie, en voyant l’étalage de fusils dans une vitrine.
Ils entrèrent en évitant de se poser trop de questions sur le fait que le vendeur était absent, et choisirent ce qui était susceptible de leur servir. Pas de munitions pour les armes militaires, ils en avaient largement assez, et elles ne leurs seraient peut être pas si utiles que ça, sauf en dernier recours. Tom prit son temps pour choisir un fusil de chasse à lunette le plus simple à utiliser, mais tout de même performant. Après tout, ils ne payaient pas, autant en profiter pour privilégier la qualité au prix.
Il finit par choisir une Winchester, dont Bobby ne se rappelait plus le modèle exact, mais il était au moins sûr que c’était un produit purement américain. “Ben ouais, on est forts dans ce domaine, alors on va pas cracher dessus !” justifia Tom en souriant. Il est vrai que le fusil était assez impressionnant, et Bobby pensait qu’avec un peu d’entraînement, ils devaient pouvoir en tirer quelque chose. Tom fourra une dizaines de boîtes de balles - très impressionnantes, elles aussi - dans son sac, ce qui assurait une réserve d’environ trois cent balles. Si avec ça ils ne pouvaient pas tuer du gibier, alors la sélection naturelle s’occuperait de leur cas.
Tom plaça le fusil en bandoulière, après avoir soigneusement démonté la lunette, car il comptait bien en prendre le plus grand soin. Sans elle, même lui aurait du mal à viser correctement sur de longues distances. Il la plaça donc dans une poche de son sac, enveloppée dans un carré de tissu spécial. Une fois dehors, Bobby expliqua qu’il comptait en fait remonter le long de la conduite d’eau, ce qui leur assurerait au moins une direction à suivre. Il avait également toujours sa boussole, mais à part pour savoir vers quel point cardinal ils se dirigeaient, elle ne leur serait probablement pas très utile.
4
Le trio repassa vers la centrale, pour constater que la majeure partie avait brûlé, et qu’elle se réduisait maintenant à un enchevêtrement de poutres métalliques et de tôle, le tout noirci par les flammes. L’eau ne coulait plus de la conduite, ce qu’ils expliquèrent par le fait que les pompes avaient du cesser de fonctionner. Ils ne purent s’empêcher d’éprouver de la nostalgie, en voyant comment leur situation s’était dégradée depuis la dernière fois qu’ils étaient venus ici. N’en détachant les yeux qu’avec effort, ils se remirent à rouler vers leur nouvel objectif. La pente de la route était assez forte pour des gens qui n’étaient pas habitués à faire régulièrement du vélo, et ils durent faire des pauses assez souvent pour boire et se reposer.
Le problème qui allait se poser était le suivant : quand pénétrer dans la forêt ? Parce que cela impliquait obligatoirement d’abandonner leurs vélos, et cette idée ne leur plaisait pas particulièrement. Le compromis qui fut décidé consistait à prendre le premier chemin forestier qui se présenterait, du moment qu’il était assez large, et d’y rouler jusqu’à trouver un endroit potentiellement intéressant.
Bobby avait eu une autre idée, qu’il se maudissait de ne pas avoir eu plus tôt : la pêche. De toute façon, il auraient eu du mal à emporter des cannes à pêche, donc il n’avait pas grand-chose à se reprocher, mais il souhaitait trouver une rivière pour y placer des nasses ou d’autres pièges de ce genre.
5
L’endroit parfait fut malheureusement très difficile à trouver. La tension commençait à les gagner, et ils en avaient assez de tourner en rond inutilement. Il était difficile de décider d’une direction arbitrairement sans que quelqu’un ne soit pas d’accord, et ce rôle de chef devenait trop dur à supporter pour Bobby. Mais au moment où il était convaincu qu’ils allaient presque finir par se battre, il lui sembla entendre un bruit sourd et familier proche d’eux. Il commença à courir, alors que les autres lui demandaient en vain ce qu’il faisait. Bien forcés de le suivre, ils ne tardèrent pas à comprendre que c’était le grondement d’un torrent qu’ils entendaient. Ils cessèrent aussitôt de se poser des questions et se mirent à courir à leur tour, avec enfin une pointe d’espoir dans leur coeur.
Le bruit était en fait masqué par une colline, qu’ils venaient de dévaler à la suite de Bobby. Maintenant le son leur venait de plus en plus fortement, si rassurant par son côté “naturel”, et la force qu’il dégageait. L’endroit était vraiment sublime. Il débouchait dans une sorte de clairière, pas immense mais accueillante, le genre d’endroit que l’on aurait habituellement adoré pour un pique-nique. Cette clairière donnait directement sur le torrent, qui était en fait formé d’une cascade tombant d’environ cinq mètres dans une vasque rocheuse. L’endroit idéal pour une brochure publicitaire vantant les mérites de la région, en somme. Un instant, Tom se dit que ce n’était pas possible, qu’il devait y avoir un truc qui clochait, ou même peut-être que c’était un rêve.
Mais il dut se rendre à l’évidence, c’était bien la réalité. Oh putain, enfin un peu de chance depuis le début ! Il n’en croyait pas ses yeux et il se retint de pleurer de joie, ce que ne fit pas Nancy. Au contraire, elle paraissait comme libérée, et emplie d’une joie débordante. Elle se précipita, Tom arrivant légèrement en retrait, aux côtés de Bobby, qui admirait la cascade d’un air émerveillé.
“Si c’est pas magnifique, ça ! Regarde ! dit-il en se rafraîchissant le visage, un luxe qu’ils n’avaient pas eu les derniers jours , ne pouvant se résoudre à utiliser leur bouteilles d’eau minérale à cette fin.
“Cet endroit sera parfait pour s’installer, on a tout ce qu’il nous faut ! C’est vraiment génial, on aurait pas pu trouver mieux !! ”
Il ne savait pas encore à quel point il se trompait.
Ben... vous lee saurez (ou pas) en temps voulu, mais malheureusement c´est en général à partir de maintenant qu´on va commencer à m´incendier pour me dire que ma fin est nulle...
(enfin j´espère que non mais bon)
8
Alors qu’il était en train d’admirer ces sublimes taches lumineuses, son pied buta sur une racine. Soudain, tout lui sembla passer au ralenti, comme si le cerveau humain fonctionnait ainsi pour enregistrer précisément la manière dont vous alliez effectuer votre vol plané. Mais en l’occurrence, il n’y en eut pas, même si cela aurait peut-être mieux valu pour lui. Etant donné qu’il ne marchait pas vite, il ne tomba pas exactement violemment. Par contre, ce qu’il avait raté, c’était que juste devant lui descendait une pente assez raide.
Lorsqu’il comprit ce qui allait arriver, il essaya de se protéger le visage avec les bras, en se doutant de l’inefficacité de son geste. Le pire dans ces moments-là, c’est certainement le fait qu’en plus d’enregistrer, le cerveau carbure à fond, et que vous avez le temps de penser à tout plein de chose. Bobby, lui, pensait que c’était un cauchemar, mais cette idée ne faisait pas du tout l’unanimité dans son esprit. Puis il pensa à la manière dont il allait rouler, et il ressentit soudain une vague de terreur pure.
Au début, avant que vous retouchiez le sol, tout semblait allait lentement, mais dès qu’il l’atteignit et qu’il se mit à rouler, tout sembla défiler autour de lui à une vitesse infernale. C’était la même sensation que lorsqu’il faisait ce genre de roulade gamin, la terreur en plus. Il va y avoir une falaise, c’est obligé, ça peut être que comme ça et pas autrement...
Mais non, il n’y eut pas de falaise. Seulement un gros rocher sur lequel il alla s’écraser violemment du côté du dos (car instinctivement il s’était arrangé pour rouler latéralement).
La douleur fut terrible, si forte qu’il pensait que ça ne pouvait pas être possible d’avoir aussi mal. Il en eut le souffle coupé pendant un très long moment, celui où vous vous demandez si vous vous êtes évanoui ou si c’est seulement la douleur qui vous donne cette impression d’irréalité. Mais il n’eut même pas la chance de s’être évanoui, et il devait supporter tant bien que mal. Son dos irradiait des ondes de souffrance, comme autant de pulsations sourdes et régulières.
Le temps passa ainsi, à la fois infiniment long pour lui, mais très vite gaspillé, tant il ne pouvait avoir de notion du temps dans une telle situation. Puis, au bout d’environ une demi-heure, les pulsations diminuèrent très légèrement, mais assez pour que le cerveau reprenne les commandes. Il se rendait compte qu’il était dans une situation extrêmement fâcheuse, mais il ne savait pas encore à quel point.
9
Il attendit environ une demi-heure supplémentaire que la douleur se dissipe un peu plus avant d’essayer de faire un mouvement. Sa première idée était de se décoller du rocher, contre lequel il était resté plaqué, et de se mettre sur le ventre. Il regretta immédiatement d’avoir fait ça, tant la douleur fut vive, et presque comme celle du départ. Il commençait à transpirer à grosses gouttes, et il dut se mordre le poing pour ne pas hurler.
C’est alors qu’il comprit qu’il y avait un problème avec son dos. Je me suis pété une vertèbre, c’est sûr, pensa-t-il en premier. Il en eut la confirmation en constatant qu’il ne pouvait plus bouger ses jambes.
Oh putain de merde, je suis paralysé !! !!! hurla Bobby intérieurement. Il ne s’en était pas rendu compte dès le début car il s’était retourné à l’aide des bras, et il n’avait pas essayé de balancer les jambes. Malheureusement, il avait vu assez d’émissions ou de films pour savoir qu’il avait du se sectionner quelque chose d’important, ou se déplacer très gravement une vertèbre. Vu la douleur, il ne pensait pas que ça pouvait être le genre de mal de dos qu’un kiné peut vous remettre en place.
Il établit donc le fait que ce n’était pas la peine de vouloir se sortir d’ici en bougeant, car si la douleur ne l’avait pas convaincue, l’absence de motricité des jambes était un argument tout à fait recevable. Il ne parviendrait jamais à rentrer au camp par la force des bras - il devait avoir fait presque deux kilomètres-, tout en faisait abstraction de la douleur.
Alors, il pensa aux deux autres et essaya de les appeler, en criant le plus fort possible. Pour se rendre compte qu’il était aphone.
10
NON !! ! NON, putain de bordel de merde, c’est pas possible, se lamenta-t-il en commençant à pleurer. Se rendre compte que le choc avait provoqué quelque chose d’assez grave pour qu’il ne puisse plus parler fut quelque chose de terrible. Il était désemparé, démuni, seul, grièvement blessé, bref, une situation peu recommandable. Mais comment je vais faire moi, si je peux pas les appeler ? Le pire, c’était que ce genre de blessure n’était pas forcément fatale, comme c’était apparemment le cas pour lui. Mais s’il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait pas boire, manger, il ne pouvait rien faire. Il pensa soudain qu’il allait finir dévoré par des bêtes sauvages qui rôdaient par ici. Il devait bien y en avoir, même si Tom n’avait pas réussi à en tuer une. Tout ça à cause de cette stupide pseudo-compétition, qui lui avait donné envie de se changer les idées en essayant de partir en exploration. Eh bien, il pouvait dire que c’était réussi !
Il réfléchissait à fond au peu de solutions qu’il avait de pouvoir s’en sortir, et il n’en voyait qu’une : il fallait qu’ils le retrouve. Ce n’était pas une mince affaire, car il était allé loin, et il ne pourrait même pas leur signaler sa position sans pouvoir parler. Ses chances étaient plus que limitées, elles étaient quasi inexistantes, et c’était affreux de devoir faire une telle constatation.
Il passa toute la matinée sans bouger, ressassant des pensées toutes plus horribles les une que les autres. Le pire, c’est qu’ils ne s’étaient sûrement pas inquiétés pour le moment, après tout, il avait emporté de quoi manger. Mais il ne pouvait même pas l’atteindre, et il trouvait ça vraiment trop cruel, car la faim commençait sérieusement à se faire sentir. En plus, il était quasiment sûr que ses deux copains ne s’inquièteraient pas de lui cette après-midi, s’ils partaient chacun de leur côté.
Ce n’est qu’alors que la nuit allait bientôt tomber qu’il entendit les premiers appels. “Bobby ! Bobby, t’es où ?” , successivement avec une voix de garçon et une voix de fille. Il avait envie de leur hurler qu’il était là, mais c’était impossible. Il sentait que les voix se rapprochaient de lui, petit à petit, mais il n’était même pas sûr qu’ils cherchaient sur la bonne rive, se rappelant soudain qu’il ne leur avait même pas indiqué ce détail. Les appels se rapprochaient lentement, mais pourtant ils semblaient se décaler peu à peu.
Il était vrai qu’ils pouvaient également penser que, en ayant eu marre de la pêche, il soit entré dans la forêt. Le temps que les voix soient vraiment proches - cent, deux cent mètres, estimait-il -, le soleil était en train de se coucher. La frustration de ne pas pouvoir répondre le rendait fou, c’était une attente bien au-delà du supportable que celle d’espérer qu’ils finiraient par le voir. La pensée suivante lui déchira le coeur. Il se dit que, tous amis qu’ils soient, et quel que soit le déchirement d’avoir à faire un choix pareil, Tom et Nancy devaient bien finir par rentrer avant la nuit, quitte à passer une nuit blanche à se faire un sang d’encre, plutôt que de se perdre bêtement cherchant un autre perdu.
11
Ils continuèrent bien à appeler, plus pour avoir bonne conscience qu’en y croyant vraiment, mais ce dont il était sûr, c’est que les voix décroissaient nettement, jusqu’au terrible moment où il ne les entendit plus du tout. L’angoisse s’empara alors de lui, sans qu’il puisse lui opposer la moindre résistance. Avec sa douleur lancinante, il ne pensait même pas pouvoir dormir. Il était également très pessimiste quant aux chances qu’ils le retrouve demain, et il craignait encore d’être attaqué par un quelconque animal. Soudain, il pensa à quelque chose de plus horrible encore : si jamais il survivait, il deviendrait un vrai boulet pour les deux autres, qui devraient le nourrir, le soigner, s’occuper de lui, et tout ça pour qu’il ne se remette probablement jamais.
C’est alors qu’il envisagea sérieusement le suicide. C’était fou à quel point l’esprit pouvait passer de l’espoir au désespoir le plus profond en seulement quelques minutes. Prenant conscience de ce qu’il envisageait, il se mit à reconsidérer toutes les possibilités, pour en arriver au même résultat. Il ne savait pas du tout s’il aurait le courage suffisant pour le faire, mais il savait que ce genre de décision devait être prise rapidement. Il tendit le bras droit, ce qui eut pour effet de l’élancer à nouveau dans le dos, mais il parvint à entrer la main dans la poche droite. Il y saisit le SOCOM, son arme qui n’aurait servi qu’à le tuer, lui; quelle ironie du sort, décidément.
Il avait lu quelque part, il ne savait plus où, que l’on pouvait se rater en se tirant dans la tempe, que beaucoup plus de gens qu’on ne le croyait y avait survécu. Et même si ce n’était qu’une personne sur cent, ce serait déjà bien trop, avec la chance qu’il avait aujourd’hui.
Aussi plaça-t-il le canon dans sa bouche sans hésiter. Il sentit instantanément le froid métallique du canon contre son palais, et l’étrange goût huileux qui se répandit dans sa bouche.
L’hésitation venait toujours à ce moment critique dans les films, et ce fut pareil pour Bobby. Oui, mais quand ils hésitent, ils vont jamais jusqu’au bout. Ce qui ne l’empêcha pas de repenser à toute sa vie, ses parents, ses amis, sa famille, tous les évènements qui l’avait marqué, les personnes qu’il avait rencontré, les lieux qu’il avait visité ; tout cela se mêlait en un furieux maelström d’images, défilant dans son esprit en un gigantesque flash-back confus, qui l’impressionnait tant il se rappelait de choses auxquelles il n’avait pas pensé depuis des années. Le pire, c’était qu’il avait l’impression de revivre certains moments, notamment avec ses parents, et cela le remuait violemment.
Son visage était crispé de colère, de détermination et de tristesse; il le sentait comme en feu, avec de nombreuses larmes roulant lentement dessus.
Lorsqu’il sentit qu’il avait atteint le paroxysme de cette déferlante d’émotions, et qu’il ne pourrait la supporter plus longtemps sans fondre en larmes et laisser tomber le pistolet par terre, il commença lentement à appuyer sur la détente.
Ben voilà, c´est fini. J´attends un max de réactions maintenant, si possible, même si je suis conscient que je vais en prendre plein la tronche (au cas contraire, raison de plus pour répondre, ça me changera se ceux qui n´ont pas aimé) !
tu feras pas d´épilogue avec ce que deviennent les 2 autres ?
sinon, c´est pas un happy end, mais c´est pas mal...
ah, au fait, j´ai convaincue une amie ce lire ta fic... et si j´en crois ce qu´elle m´a dit, elle adore...
Eh bien non, tu ne sauras pas ce qu´il arrive aux autres, logique étant donné que nous suivons Bobby toute l´histoire, donc plus de Bobby, plus d´histoire.
Je n´aime généralement pas les happy end, et surtout pas dans le genre fantastique/horreur, car ils sonnent trop souvent faux, et puis en toute modestie je trouvais mon idée plutôt bien, même si ce n´est surement pas le cas de tout le monde.
Enfin merci de faire de la pub pour mon histoire, j´aimerais vraiment que le plus de monde possible la lise ( et si tu peux la convaincre de laisser 2/3 commentaires, ce serait super !)
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Alors ? Qu´en pense-t-elle ?
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