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la rose et l'enfant

pacmangold
pacmangold
Niveau 4
29 novembre 2006 à 21:43:28

un petit texte qui me tenait à coeur depuis longtemps... pas encore ce que je voudrais qu´il soit, mais je vous le livre tel quel...

La lumière, de cet été naissant, donnait à cette bâtisse abandonnée une douce impression de plénitude. On aurait pu croire, en regardant cette ancienne maison bourgeoise de banlieue, qu’elle veillait tranquillement sur le jardin qui l’entourait… un jardin que les années avaient désordonné, presque par malice, que le non sens des herbes folles avait transformé en un délicieux fouillis coloré…
C’était son terrain de jeu. L’endroit où son imagination pouvait s’exprimer en total liberté. Loin des soucis de ces vies d’adultes qu’il ne comprenait pas, qu’il ne voulait pas comprendre de peur de sombrer un peu plus dans la tristesse de voir ses parents se déchirer chaque jour, jusqu’au point de rupture…
Ce jour là, il cherchait une figurine perdue la veille, un de ces monstres multicoloré faisant référence à un quelconque feuilleton animé. Ce n’est pas qu’il y tenait particulièrement, mais l’idée de perdre un ses jouets le gênait… il fit le tour de la bâtisse, traversa de long en large le jardin, refaisant le parcours improbable de ses pérégrinations. Il laissa un temps ses recherches, histoire de réfléchir un peu, jeta un rapide coup d’œil autour de lui, et « la » vit…

Au coin de la maison, en plein soleil, un épais rosier avait pris ses aises. Et au milieu, une seule rose…

Il ne lui semblait pas l’avoir aperçu auparavant, il n’avait même pas le souvenir d’un bouton naissant. Et cette découverte l’hypnotisait. Il lui était impossible de détacher son regard de cette nouvelle vision. Ce n’était pourtant pas un grand amateur de fleurs, elle était juste devenue pour lui la plus belle plante de la création…
Il s’approcha plus près, pour mieux la voir. Mais plus il avançait, plus elle lui semblait se cacher. Au pied du rosier, la fleur était devenue presque invisible, barricadée au milieu des branches épineuses et de leurs feuilles. Il eu beau essayé de changer d’angle de vision, le résultat était le même… il tendit une main, puis les deux, mais le mur d’épines rendait tout tentative vite dangereuses pour sa peau d’enfant. Il fit marche arrière, jusqu´à l’endroit d’où il la vit la première fois. Il resta là, plusieurs minutes à regarder cette fleur qui l’attirait tant… et ce fut l’heure de rentrer à la maison.

Une soirée banale en famille, pour une fois sans cri, à regarder la télé qui diffusait un programme sur lequel il avait du mal à se concentrer. Dans son esprit, une fleur presque magique brillait de mille feux.

Il se leva plus tôt qu’à son habitude, déjeunant d’un trait sous les yeux ébahit de sa mère, se débarbouilla quelque peu, et fila droit vers le garage. Il savait qu’il y trouverait le vieux sécateur de son grand père. Le rosier n’avait qu’à bien se tenir, et la rose serait enfin sienne.

Plus il se rapprochait de la bâtisse, plus son cœur battait fort. Il allait la revoir… il poussa si violemment le volumineux portail qu’il ne rendit même pas compte de l’accroc fait à son t-shirt.
Il était devant elle, enfin… le sécateur à la main, prêt à pourfendre les branches qui le séparait d’elle. Il hésita un moment. Il choisit un endroit où placer son outil et commença son combat… mais le rosier n’avait pas dit son dernier mot.
Les coupes étaient difficiles. Le vieil outil n’était plus aussi tranchant et lui faisait mal quand il serrait… la tentative durait depuis bientôt presque une heure quand il abandonna, désespéré... Pire, il lui semblait que sa rose s’était un peu plus tapi dans l’épais feuillage… que les épines étaient devenues plus grosses, plus acérées, le menaçant presque si il tentait à nouveau de s’attaquer à elles…
Il s’assit pour reprendre un peu de force, et s’aperçut que la position dans laquelle il se trouvait lui permettait de mieux la voir, comme une récompense devant tant d’effort certes inutile. Elle était là, devant lui, à la fois si proche et si inaccessible… une reine protégée par une armée d’élite.

L’histoire de deux êtres indispensable l’un à l’autre, un Roméo et Juliette botanique, une histoire à dormir debout peut être, mais l’esprit de l’enfant était à mille lieux de la rationalité des grands… Elle semblait lui dire n’essaie plus, je ne veux pas que tu te fasses du mal pour moi, profitons de ce que nous avons déjà. S’acharner ne servirait à rien, on ne ferait qu’accroître le mur de nos différences et l’incompréhension des autres, même si nous, nous nous voyons avec le cœur…
De toute manière, elle ne pourrait pas survivre bien longtemps coupée de ses racines… lui n’avait pas les armes pour libérer sa belle… son parfum lui serait interdit… et il ne l’acceptait pas. Il ne l’accepterait pas. Cette fleur l’avait comme ensorcelé, elle devait lui revenir… son petit cœur d’enfant était meurtri. Ce n’était pas un caprice. Ce n’était pas la déception de ne pas avoir eu ce qu’il voulait. Juste peut être un peu d’amour devant cette fleur dont sa beauté avait transpercé son âme, elle avait déclenché en lui un sentiment trop fort pour son jeune age, un sentiment qu’il aurait du découvrir beaucoup plus tard…

L’été égrainait ses jours et l’enfant passait le plus clair de son temps en compagnie de la rose, qui semblait être plus belle, plus éclatante à chacune de ses visites. Elle était le témoin muet de ses confidences, des secrets torturés d’un petit garçon vivant la triste expérience de la séparation de ses parents. Il lui arrivait de rester des heures à contempler cette fleur, comme pour imprimer au fond de lui le moindre détail des pétales que le rosier lui laisser entrevoir…

A la veille de septembre, la rose était toujours là. Le garçon se préparait au départ avec sa mère, loin de son père, loin d’elle…

Et il ne la revit jamais. Cette séparation, doublée de ses problèmes familiaux, l’avait comme anéanti. La rose, elle, fanait, lentement, au rythme de la dépression lointaine du petit garçon… Il fut pendant plusieurs mois impossible à sa mère d’arracher un sourire à ce visage qu’elle avait jadis connu si rayonnant, marqué par tant de longues nuits sans sommeil … ses pensées pour elle étaient plus fortes que les rêves, dans lesquels par fatigue, il finissait par plonger...
Le temps et les médecins firent leur travail, sans qu’ils ne puissent malgré tout ne jamais lui faire oublier cette fleur, qui avait vu un peu grandir ce presque jeune homme…

La rose mourut avec l’hiver, en entraînant avec elle ce rosier qui l’avait empêché de rendre heureux cet émouvant enfant, de partager son parfum, le plaisir d’offrir ce qu’elle avait de plus beau… ce fut une mort lente dans le silence doux amer de ce quartier de banlieue, au pied d’une maison maintenant sans vie, dans un jardin qui n’avait plus rien de coloré… et les étés se succéderaient sans que jamais ne ressurgisse une rose des vestiges de ce veux rosier …

La vieille bâtisse semblait ne plus vouloir accueillir personne. Elle était trop grande et demandait d’énormes travaux pour être de nouveau habitable. Jusqu’au jour où elle fut finalement reprise, plusieurs années plus tard, par un jeune couple fraîchement marié décidé de refaire de ce lieu le paradis qu’il avait sûrement été, le point de départ de cet avenir qu’ils se donnaient, pleinement… la maison revivrait au couleur de l’amour de ses propriétaires…
Et quel meilleur endroit pour cet homme, d’entretenir ce sentiment qu’il avait découvert si intensément dans sa jeunesse, à cet endroit même, et de le cultiver de nouveau, avec son épouse… comme il cultiverait l’été, quelques roses…

Amir_
Amir_
Niveau 9
29 novembre 2006 à 21:59:21

C´est Beau, avec un grand B.
On se laisse porter par tes mots dans l´agréable sonorité qui émane de ton texte, on oublie ce qui nous entoure et on ne décroche plus son regard avant d´avoir avalé le dernier mot. Et si par malheur, une obligation sociale nous forçait à lacher ton texte, alors ce serait très frustrant.
Texte sans bavure, dense, riche, qui dit ce qu´il a à dire sans passer par des chemins alambiqués, sans pour autant être simple dans son style.
Les phrases sont goutues et se dégustent avec finesse, jusqu´à une fin qui fait plaisir au lecteur. Elle aurait pu etre prévisible si le texte avait été trop niaiseux, mais emporté comme on est par le texte, on ne réfléchit pas à la fin, on apprécie la lecture présente, tout simplement :-)
Un petit reproche? Quelques fautes d´ortho me semble t il ( que je n´aie pas pris la peine de relever tu m´en excuseras ) et une utilisation trop abusive des points de suspension. Tu pourrais en faire disparaitre quelques uns selon moi :-)
Bravo pour ce très joli texte, msieur, ils se font rares ici!

Ostramus
Ostramus
Niveau 32
29 novembre 2006 à 22:40:37

Voilà une petite perle du forum.
Un de plus, et bien que rare, c´est un plaisir accru de lire ces mervielles.

Ce texte est splendide avec un style riche mais pas lourd : ce qui ets une énorme qualité.

Sublime.

:)

Zlink
Zlink
Niveau 9
29 novembre 2006 à 23:01:21

C´est vraiment très beau.
Des fautes d´ortographes que j´ai pris la peine de relever tellement ton texte était beau. Je l´ai relu pour les fautes, et je l´ai tout autant apprécié.
Il est poétique, touchant, simple ... enfin voila quoi.

Maintenant, les fautes que j´ai relevé, en espérant ne pas me tromper, et ne pas en avoir trop laissé :

son imagination pouvait s’exprimer en total liberté => totale

Il ne lui semblait pas l’avoir aperçu => aperçue

Et cette découverte l’hypnotisait. Il lui était impossible de détacher son regard de cette nouvelle vision => ha là c´est pas une faute, c´est juste la répétition de "cette", qui n´est pas très belle, rien de bien important

Il eu beau essayé de => essayer

le mur d’épines rendait tout tentative => toute

sous les yeux ébahit de sa mère => ébahis

sa rose s’était un peu plus tapi dans l’épais feuillage => tapie

une récompense devant tant d’effort certes inutile => efforts inutiles non ? enfin je sais pas mais avec le tant ...

une armée d’élite => élites

devant cette fleur dont sa beauté avait transpercé son âme => dont La beauté

que le rosier lui laisser entrevoir… => laissait

La rose mourut avec l’hiver, en entraînant avec elle ce rosier qui l’avait empêché de rendre heureux cet émouvant enfant, de partager son parfum, => hum, au niveau syntaxique, le "l´" de "l´avait" désigne la rose, empêchée devrait donc prendre un e il me semble.

srphirothn98
srphirothn98
Niveau 10
29 novembre 2006 à 23:16:20

J´ai commencé une fois, j´ai arrêté puis j´ai relu une deuxième fois voyant que tu n´avais eu que des commentaires positifs. Et je trouve pas exessivement beau. Je n´ai rien ressenti, même pas un frisson.

Bien sûr c´est bien écrit sauf cette phrase "sans qu’ils ne puissent malgré tout ne jamais lui faire oublier cette fleur" que je n´arrive pas à comprendre ^^, mais ça ne dégages pas l´émotion de Capuccino.

M´enfin, peut être que je ne connais pas le sense de la Beauté avec un grand B et que je ne suis pas apte à apprécier ce genre d´oeuvre.

Yohan-Kiefa
Yohan-Kiefa
Niveau 10
30 novembre 2006 à 00:54:31

Impressionnant, les mots sont justes et parfaitement utilisés. Quant au style, il convient tout à fait, il aurait bien sûr pu être un tantinet plus coloré mais le texte ressort très bien au final ainsi que l´émotion apportée.

Ce qui fait en sorte que ce genre de texte est si beau, c´est la façon de traiter l´idée de fond. Avoir un concept simple et le plonger dans un contexte original auquel le lecteur normal ne s´attend pas. C´est la clé pour se démarquer, ne pas trop en faire et juste assez pour amuser l´oeil. Très bien réussi, bravo. Ça me ramène au plaisir d´écrire.

pacmangold
pacmangold
Niveau 4
30 novembre 2006 à 11:09:44

... merci pour vos commentaires.

comme je l´ai dit, ce texte n´est pas tout à fait comme je le voudrais (trop court) mais bon, j´ai quand même réussi à mettre des mots sur un sujet qui me séduisait et qui me séduit encore...

wait and see...

->AMIR, les points de suspentions sont ma manière à moi de faire respirer un texte, les pauses dont j´ai besoin pour que la lecture ne soit pas justement qu´une lecture, un peu comme quand on s´arrete de parler pour donner un temps de réflection à son interlocuteur... et je l´avoue aussi, ils sont un peu ma signature

potterpau2000
potterpau2000
Niveau 7
01 décembre 2006 à 11:28:59

Je vient de lire ton texte et je le trouve magnifique, très bien écrit!!!! La fin est bien amenée et est suffisament suggérée pour que le texte ne soit pas trop lourd!!!!! Ciao

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