Je souhaitais simplement savoir ce que vous pensiez du petit truc qui va suivre, je ne peux pas vous promettre la fin, qui n´existe pas encore... J´aimerais juste savoir ce que je vaux...
Elle était pâle, très pâle, aussi pâle que quelqu’un qui n’avait jamais vu la lueur du jour, ça me rappelle qu’il me faudrait une nouvelle séance d’UV. Grande mince, la blême jeune fille se tenait assise bien droite sur sa chaise. Les croutes de sang séché parsemant son crâne ainsi que la large entaille qu’elle portait à la joue étaient les stigmates de la nuit agitée qu’elle avait passée. Une jeune femme en tailleur noir lui faisait face, et l’observait sans piper mot. Elle leva la main, dehors il devait faire beau, tant mieux, elle pourra chercher Nastia au centre d’éducation, et asséna un violent coup sur la joue livide de la pauvre créature, ravivant la douleur de celle-ci. Si Lia avait eu des yeux, elle aurait certainement laissé échappé quelques larmes, mais elle n’en avait pas, où plutôt, elle n’en avait plus. Oubliant un instant les menottes qui lui tenaient pieds et poings liés, elle voulut porter la main à sa joue afin de calmer le feu qui lui dévorait le visage. Nouveau coup. « Bouges pas ! ». Nouveau coup. « J’attends toujours. ». Nouveau coup. « C’est la dernière fois que je te le demande, que c’est il passé ? ». Ce disant, elle essuya sa main désormais tâchée de sang sur la blouse usée de sa jeune prisonnière. Vivement ce soir, que tous soit terminé.
Je ne sais plus ce que je suis. Avant j’étais Lia, enfin Lia01062121 selon mon matricule, maintenant, je suis « une chose ». J’ai vécu à bâtiment F, je suis maintenant en dehors, c’est drôle, je n’aurais jamais cru qu’il y avait un dehors. On ne doit pas poser de questions, c’est ce qu’ils disaient, les gardiens. J’ai mal à la joue, ça saigne.
Allo Philippe, t’es où ? Je te rappelle simplement qu’on avait rendez vous il y a une demie heure place ?? ?, je t’attends encore un peu, rappelle moi, et vite ! Saleté de répondeur, il n’entend donc jamais son téléphone celui là ? Et puis c’est toujours pareil avec lui, jamais fichu d’être à l’heure ! S’il continue, on sera obligé de lui réimplanter sa puce, comme aux jeunes enfants pour éviter de les perdre ! Qu’elle heure est-il maintenant ? Midi trente. Tiens, justement, le voilà !
« Alors ?
_ excuse, j’ai pas pu faire plus vite, une révolte à mater dans les camps d’homos.
_ Mouais…
_ Quoi, tu me crois pas ? J’ai encore un doigt en poche si tu veux des preuves…
_Très drôle... Tu me dois au moins le choix du resto avec ton retard, tu n’crois pas ?
_ Vas-y, j’te suis. »
Ils m’ont laissé tranquille, j’ai faim. A bâtiment F, on avait des tubes de nutriments, je ne sais pas s’ils en ont ici. Je n’ose pas demander, et puis d’ailleurs, on ne pose pas de questions.
« Alors, la fameuse affaire de l’aveugle ?
_ M’en parle pas, on fait du sur place, la gamine ne dis rien, à croire qu’on lui a prélevé la langue en plus des yeux !
_ Vous n’avez vraiment aucune piste ?
_ Non, rien. On la retrouve au beau milieu des bureaux de la Ligue Nationale, et personne ne sait d’où, comment, ni de qui elle vient. Enfin maintenant si, c’est une des doubles du bâtiment F, d’Ausville, on ne sait pas encore de qui elle provient, on aura les résultats du labo ce soir. Quand à comment, mystère total. Un rosé s’il vous plait, tu veux quoi ?
_ Pareil. »
« Ca ne peut plus durer. Tout le mode le dis, tous le monde, mais personne ne bouge! On observe, et pendant ce temps, ce salaupard continue à nous narguer… combien d’entre nous il a déjà envoyé en camp ? Et avec son nouveau décret, c’est pas prêt de s’arranger, crois moi… si seulement je pouvais crever cet espèce de pourriture, j’hésiterai pas une seconde…
_T’y va un peu fort tu crois pas ? S’il démissionnait, ça serait déjà pas mal…
_Tu comptes t’y prendre comment ?
_Laisse moi le temps d’y réfléch.
_Mais c’est toujours pareils, il faut toujours plus de temps, toujours ! Et pendant ce temps, en ce moment même, combien sont arrêtés pour opposition au régime ? Ca n’a que trop duré, il faut que ça cesse, immédiatement !
_On nous colle déjà l’étiquette de « terroriste », si on l’élimine, ça sera encore pire, on, et tous ceux qui refusent cette pseudo république, seront directement qualifiés d’assassins, qu’est-ce qui nous prouve que son possible remplaçant sera de notre côté ? Rien ! Dans ce cas, la répression n’en sera qu’encore plus forte… même si je me demande parfois si c’est encore possible… Pense à sa famille aussi…
_Il a pensé à la mienne en envoyant Emrys en camp, à ton avis ? Il y a pensé en le faisant trimer jusqu’à l’épuisement ? Il y a pensé en préférant l’abattre plutôt que de le soigner, à ton avis ? Et tous ça pour quoi ? Pour homosexualité affichée, et toi tu acceptes ça ?
_Mais je ne dis pas qu’il a raison, qu’est-ce que tu crois ? Moi aussi je souffre de cette situation, on est tous dans le même bateau, seulement il a une femme, une fille…
_Et moi j’avais un frère… Si elle l’a épousé c’est pas pour rien, c’est qu’elle est un minimum en accord avec les thèses qu’il défend ! Quand à sa fille… sa fille… sa fille ?
_Sa fille ?
_... j’ai trouvé… »