Première partie d´une courte nouvelle parlant de ce foutu amour
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Dans tout le continuum né depuis l’éternité, dans l’interminable et inaltérable spirale du temps que n’arrête ni la mort ni la vie, une seconde se perdit. Une seconde, parmi les galaxies cyclopéennes dévorant le vide interstellaire, une seconde, parmi les astres, et les étoiles, et les poussières d’étoile, disparut. Dieu, ses anges et ses archanges, ses livres et ses mondes, furent, une extraordinaire seconde, privées de leur existence, s’arrêtèrent, comme la note qu’un pianiste démesuré aurait oubliée.
Elle mourut, passa, continua, comme la longue brise d’un été, puis laissa réapparaître le monde, noyée à nouveau dans le flot de l’infini qui ne connaît ni fatigue ni douleur. Et fut oubliée, car nul ne remarqua son absence. Dieu, dans son infinie sagesse, ne bougea pas de son trône. Astres et lumières de l’espace, restèrent impassibles, continuant du haut de leur puissance invisible à se mesurer à tout le cosmos. Les planètes, esclaves impuissants des masses sidérales, reprirent leur trajectoire, nullement troublées par la terrible défaillance quantique qui venait de frapper le monde. Le monde tourna, tourna, tourna. La Terre tourna, ses villes tournèrent, le ballet se perpétua, identique depuis son introuvable commencement, dans le grincement cataclysmal de l’engrenage astronomique.
Les millénaires et les millions d’années avaient déroulé leurs empreintes depuis des milliards de secondes, il continuerait jusqu’à la seconde où Dieu déciderait d’y apposer son propre pied.
Mais Dieu, dans toute sa grandeur, ne connaîtrait jamais la raison de l’interruption de sa Création, pas plus qu’il n’en connaissait l’existence.
Mais moi, je la sais pourtant.
Car bien que sous mes doigts ne s’agite que la plume d’un oiseau de passage, je vois des choses que Lui ne peut voir, et fais des choses que Lui ne peut concevoir.
Cette seconde qui n’exista pas fut le temps nécessaire à un baiser.
Douce et simple, sucrée et délicate, tendre mais pas trop, juste assez éphémère pour vouloir être retrouvée. Voici la pièce toute étroite, où s’éparpillent livres et lignes, sous un pied de chaise ou par dessus la lampe, volant dans l’air chaud venu du printemps qui s’anime dehors. Des pages et des pages, par ce qui semble être des milliers, se prélassent dans le velours du tapis, couvant leurs idées en attendant que leur auteur ne vienne les ramasser, et les continuer. Le bric-à-brac là-bas est grand et riche, et si il semble l’œuvre du plus fou des fous, il paraîtra au poète l’œuvre du vrai artiste, celui dont l’œil pétille devant un visage, celui dont l’esprit part vers des mondes bien seuls en croisant la simple forme d’un objet. Mais l’artiste n’est il pas fou ? Peut-être les grands le sont ils, mais cet enfant là, assis auprès d’un autre enfant, est plus rêveur que fou, pour imaginer la réalité de ce que j’ai énoncé. Mais ne brisons pas ses souhaits, ne brisons pas ses fantasmes, et ne dépeignons pas la triste réalité de ce qu’il est vraiment, continuons plutôt à nous approcher, de lui et de l’extraordinaire seconde qui s’approche à grands pas, et ne reviendra pas.
Figures proches dans l’espace, mais encore trop loin du désir. Mais l’on devine que celui-ci existe, quelque part, enfoui au fond d’un cœur qu’on a longtemps martyrisé, qu’on a écorché jusqu’à être percé, qu’on a voulu voir percé parce qu’il était trop pur, pour être parmi eux, eux tous. Le désir –non, appelons le « amour ! » – se dissimule aussi, sous de profondes et ténébreuses couches d’attente, attente d’être éclaircies, irradiées, pour révéler, enfin, dans toute leur splendeur, ce qui est abyssal, ce qui est brillant, ce qui rutile d’amour et veut être poli.
Cela, ça ne se dévoile encore que par de simples détails : par un œil qui suit, avec une timide lueur encore inappréciable, le tracé de la plume qui court dans les doigts de l’écrivain ; par de brefs regards qui se croisent et se décroisent, espérant l’invisible approbation de l’autre – invisible à nos yeux – ; par des mots murmurés trop bas pour parler de ce qui se dit sur les toits ; et aussi, plus rarement, par les doigts d’une main qui montent trop haut pour signifier l’ennui, mais encore trop bas pour dire de se taire. Voyez tout cela, mais ne dites encore rien, car vous ne savez rien encore, nul ne vous a raconté l’histoire de cette petite seconde de trop dans la grande roue du cosmos ; devinez, simplement.