Pour m´occuper, car en panne d´inspiration pour un scénario très important, j´ai écris un petit texte. Bonne lecture et merci pour vos commentaires.
« Docteur Llewro, il y a Monsieur Yexuh qui vient d’arriver pour son rendez-vous de dix sept heures. » gloussa sporadiquement la secrétaire dans l’engin téléphonique. La femme, lunettes rectangulaires d’un noir cireux, se dressait sur son tabouret en cuir, orgueilleuse. Elle opina de la tête nerveusement, puis raccrocha le combiné.
« Je vous prie de bien vouloir patienter quelques minutes dans la salle à votre droite, le Docteur prépare votre dossier et vous reçoit sous peu. Je vous appellerai. » Elle fit un large sourire à son interlocuteur, très séduisant.
L’homme lui répondit cordialement et s’installa dans la pièce. Des sièges confortables l’attendaient avec une immense table basse. Une fois assis, Al Yexuh se courba pour chercher sur le plateau une revue. Les dates étaient révélatrices du lieu, le cabinet d’un médecin. Les magazines avaient en moyenne dix à quinze ans d’age. Les couvertures l’intriguaient et l’amusaient, parce que maintenant on savait tous les réponses aux interrogations sulfureuses de l’époque. Il se contenta de feuilleter tout cela et de glousser à la vue des photos devenues très kitsch. Les images des scandales et secrets tronqués d’une décennie défilaient devant ses yeux sur ces papiers usés.
« Vous pouvez venir ! Par ici. » La jeune femme désigna une porte ouverte et il s’y engouffra sans rien dire.
Yexuh serra la main chaleureusement du Docteur Llewro.
« Entrez Al, venez, asseyez-vous. »
Ils s’installèrent tout deux et le médecin attrapa plusieurs dossiers qu’il étala sur son bureau. La pièce était grande et peuplée de nombreuses étagères. Celles-ci, regorgeaient de livres épais et de bocaux emplis de bouts de cerveaux. Des radiographies, photographies, images scanners et dessins représentant des crânes et de la matière grise ornaient les murs.
« Alors, George. Dans votre dernier courrier vous m’avez parlé d’une avancée notable dans notre projet. »
Llewro fouinait encore dans ses papiers, le chaos semblait avoir étendu son royaume sur ce bureau… Il s’activait et les mains remuaient moult documents. Ses doigts tapotaient sur le clavier de son terminal et les écrans distillaient chiffres et noms à rallonges.
« - C’est bon j’ai retrouvé ! Donc, oui. Je crois qu’on peut lancer un test, mais il faut avant faire pas mal de vérification.
- Vous pouvez lancer le programme tout de suite, en gros ?
- Euh, oui. Mais, je préfère ne pas le faire tout de suite. On peut améliorer le système, faire des contrôles pour plus de sécurité…
- Cela va prendre beaucoup de temps, nous le savons tout les deux.
- Oui. »
Le médecin savait qu’Al était impatient. Il attendait ce moment depuis si longtemps et avait tant apporté à ses projets. Yexuh lui jetait un regard tel…
« - Je sais que vous tenez absolument à le faire, même si ce n’est pas au point. Mais ce serait dommage, de tout rater, et pire de mettre votre vie en danger, par précipitation… N’est-ce pas ?
- J’ai trop donné de temps. Ma fortune est née des risques que j’ai pris, ma vie est basée sur les risques, tout comme toutes nos vies. »
Les deux hommes s’étaient rencontrés il y a une dizaine d’années. L’un jeune chercheur dans un domaine de pointe, en quête de financements et de projets prestigieux… L’autre financier de génie. Yexuh avait fait fortune grâce à la bourse en moins d’une dizaine d’années. C’était un autodidacte et les sommes qu’il manipulait dépassaient l’entendement. Il avait nourri depuis toujours des rêves d’aventure et le monde dans lequel il vivait n’avait jamais comblé cela. En s’intéressant aux sciences, il avait cru trouvé un remède à ce mal. Et il avait pris soin d’engager tout ce qu’il avait gagné dans ces rêves fous afin de les rendre réels…
« - C’est trop dangereux.
- Je vous signe une décharge. Même si je meurs, ma fondation vous apportera toujours les fonds nécessaires pour continuer vos travaux.
- Al, depuis le temps qu’on se connaît, ce n’est pas une affaire d’argent. Vous risquez votre vie dans l’inconnue.
- Je le fais tout les jours, vous aussi…
- Non, ici c’est différent. Vous savez très bien ce que je veux dire. Ne faites pas l’ignorant.
- C’est peut être très téméraire, mais vous n’avez pas conscience de ce que vous m’offrez. Ce que vous avez crée.
- Peut être. La vie est plus importante que les rêves les plus fous de l’homme.
- Détrompez-vous. Au delà du risque, vous êtes autant curieux que moi de savoir si…
- Si quoi ? Si vous allez mourir !
- Entre autre. Ne faites pas votre humaniste, vous êtes un scientifique avant tout. Passer de la théorie à la pratique, n’est-ce pas un aboutissement ? Cessez vos morales. Allons de l’avant ! Vous repoussez l’échéance. Assumez ce que vous avez engendré. Allez, montrez moi l’engin. »
George resta perplexe dans son fauteuil puis se leva. Il emmena son hôte dans ses laboratoires. Une machine volumineuse trônait au beau milieu d’une pièce immense. Une multitude de tube sortait d’une carcasse plastique et des fourreaux de câbles se faufilaient à ses pieds. Ils étaient reliés à une table de contrôle équipée d’une dizaine d’écrans. On y trouvait des indicateurs de pression, de températures et tant d’autres paramètres. Un forme de siège semblait se distinguait dans le tohu-bohu de ferrailles. Al s’y installa sans l’accord du Docteur, qui protesta immédiatement.
« - Expliquez moi le fonctionnement, mais la version tout public si possible.
- Sortez d’ici !
- Elle n’est pas en marche, où est le mal ? Votre explication Docteur ? »
Il pianotait sur les claviers et avait les yeux rivés sur les terminaux visuels. Sa main droite grattait son menton sous son épaisse barbe. Ses lèvres s’articulaient lentement sans le moindre bruit et il s’arrêta net.
« On lit votre mémoire, comme on lit les données contenues sur un disque dur grâce à différents capteurs. Pour le moment, on n’a pas de procédure de sauvegarde. On a développé des techniques permettant d’effacer les souvenirs. Et aussi d’autres pour en écrire de nouveaux. Mais on est en au terme théorique… Les méthodes sont complexes. On utilise à la fois des procédés chimiques afin de simuler des sensations, ou aussi visuels, électriques... Le goût d’une viande étant un signal électrique transmis à votre cerveau lorsque vous mangez. Ici, on envoie le même signal alors que vous ne mangez pas de viande. Mais vous en avez réellement la sensation. On vous endort, puis on vous efface votre mémoire. A l’aide de la méthode précédente, on vous recrée une vie à partir de ces sensations. On peut stimuler tout les sens. On peut vous faire voir une maison. La Lune. N’importe quoi. Il n’y a pas de différences entre vos vrais souvenirs et ceux de synthèse. D’ailleurs, si on vous laissez endormi vous seriez dans une réalité. On peut casser la sensation de rêve. C’est pour toutes ces raisons, que je commence à douter d’un peu tout cela… »
Le financier était comme un enfant lors de Noël, face à ses cadeaux. Les yeux luisants et plein de vie.
« Parfait, on peut commencer alors. »
Le médecin était stupéfait, assis à la table de contrôle.
« - Ca peut vous griller la cervelle Al !
- Ca fera un joli toast. Trèves de plaisanteries. On tente !
- Vous êtes sur ? Vous avez conscience de…
- Oui. Pouvez vous tentez une opération partielle, pour vous rassurez ?
- Je crois qu’on peut. Avec votre programmation.
- Oui, mais gardez dans un premier temps des souvenirs qui peuvent m’être utiles.
- Je fais quelques manipulations pour l’opération partielle. »
George, après avoir rapidement configuré le protocole, se leva et installa Al. Il lui mit les différents capteurs, le brancha aux fluides et ferma la machine. Un dernier tour afin de vérifier tous les paramètres. Assis, il hésita avant d’appuyer sur le bouton de démarrage.
Un rugissement sortit du fatras d’aciers. Les tuyaux dansaient follement et les aiguilles des compteurs virevoltaient dans tout les sens. Paniqué, Llewro ne faisait qu’observer, pétrifié de peur. Un écran affichait que l’opération ne s’arrêtait pas, comme prévu. Toutes les données allaient être transmises. Les mains du médecin planaient au dessus des panneaux. Elles tremblaient et étaient hésitantes. Ses yeux naviguaient d’un terminal visuel à un autre et ils semblaient être perdus. Les diodes s’allumaient et s’éteignaient frénétiquement tandis que les cliquetis des vannes donnaient le rythme. Il ne savait pas quelle était la programmation d’Al, il avait tenu à la garder secrète. La seule information dont il disposait, était qu’il voulait avoir vécu un rêve d’enfant.
L’ensemble persévérait à gémir des cris lugubres. Il mit ses mains sur ses oreilles, se plia en deux et ferma les yeux. Des larmes coulaient sur ses joues, accompagnant ses sueurs froides nées de la peur… Pourquoi avait-il fait ça ? Comment s’était-il fait embarqué dans cette folie ?
Le boucan cessa, des fumées et vapeurs enveloppaient l’engin et la porte s’éleva. Al s’effondra vers l’extérieur. Le docteur sortit de son siège et vînt relever Yexuh. Il lui donna quelques gifles alors qu’il prit son pouls. Il était vivant.
George alla voir un écran pour connaître le contenu de la nouvelle mémoire. Abasourdi, il vit un pirate. Très violent semble-t-il, selon ses maigres connaissances historiques.
Il sentit un scalpel sous sa gorge.
« Al, que faîtes-vous ? » murmura-t-il d’une voix fébrile et terrifiée. Un hurlement retentit dans le laboratoire.