Chapitre 5
Le silence, une atmosphère à laquelle tout le monde aspire. Le calme et la sérénité, c’est se que nous cherchons dans le silence. Mais en réalité il n’y a rien de plus pesant, de plus angoissant que de ne plus rien entendre … Le silence réveille en nous la peur de l’inconnu, notre peur la plus primaire. C’est ce silence qui régnait sur le grand pont, et ni Rinpiels, ni Kyogi, ni Loukae ne songeaient pouvoir le rompre. Ils marchaient ainsi, seuls avec leurs pensées. L’un se demandait si il pourra un jour rejoindre les siens, une autre s’interrogeait sur les raisons de son existence et la dernière se demandait tout simplement qui elle était. Des questions sans réponses …
Une tache grise et bleue s’était détachée du ciel et plongeait vers l’Océan, pour en ressortir aussitôt le bec avec une bonne prise, le petit pêcheur se déploya et retourna dans le ciel, pour ensuite rejoindre les terres qui l’ont vu naître et le silence se rompit naturellement. « Regardez, de la terre !! On est arrivé !! » Hurla Rinpiels. Ils coururent vers cette terre qu’ils ne connaissaient pas, ils courraient sans peur car en leurs cœurs l’inconnu devint espoir.
- On a réussi, et on est en vie !! Cria Rinpiels
- Oui mais ce n’est que le début, dit Kyogi. Nous sommes en terre inconnue, un pays où les habitants ont renié la déesse … Et puis nous ne savons pas ou trouver un village …
- Mais ce n’est pas possible !! Lui répondit Rinpiels. Réjouis toi au lieu de broyer du noir, on est en sécurité sur la terre !!
- Tiens tu ne me vouvoies plus maintenant ? Plaisanta Kyogi.
- A force de te côtoyer j’en ai conclu que tu n’as pas assez de classe pour le mériter, conclu Rinpiels, ce qui laissa Kyogi sans voix.
- Désert, murmura Loukae. Ici désert, là bas désert, roches et sable partout.
- Tu vois d’aussi loin ? S’étonna Kyogi
- Je vois se que je vois, répondit Loukae.
Un bruit sourd retentit, et le pont sombra sous les vagues, effaçant les traces de leur venue en ces lieux. Ils ne savaient pas quoi faire, mais rester au même endroit ne les aideraient pas. Ils pénétrèrent donc dans le désert, le grand désert d’Erif.
Magdalena pris le temps de constater la mort de tous les habitants de la Tribu du Feu Vert et réunit tous les cadavres sur l’ancienne place centrale de la tribu, dont il ne restait que cendres et bois calcinés. Le jeune sous général Issac venait d’arriver aux cotés du général de la Croix Blanche.
- Vous aviez raison général, dit Issac. Nous avons trouvé leur réserve de bois de sable dans un sous sol isolé, en pierre.
- C’est logique, dit en souriant Magdalena. Ce bois précieux est, pardon, était leur seule fortune, ils ont donc tout mis en œuvre pour le protéger … Prenez tout et envoyez un détachement pour faire parvenir le bois jusqu’à Gordius.
- Bien mon général !! Acquiesça Issac.
- Mais avant cela, va me chercher des rubis pour procéder à la cérémonie, dit Magdalena.
- Des rubis ? Des quartzs suffiraient mon général, risqua Issac.
- Rubis, ordonna Magdalena. Ce n’est parce qu’ils sont des traîtres qu’ils ne méritent pas le respect. Ils sont morts pour leurs idéaux, même si ils étaient faux. Maintenant amène moi se que je te demande.
Issac n’insista pas et partis chercher ce que demandait son général, se soir ils s’arrêteraient tous pour la cérémonie, pour rendre l’honneur à ces morts honteux.
Quelque part dans le désert d’Erif, un nuage de sable semblait se mouvoir à grande vitesse. Rinpiels et ses deux amis étaient poursuivis par le monstre des cauchemars de Rinpiels, un Woring. Les Woring sont des démons invertébrés s’apparentant à un vers, à la différence qu’un Woring adulte peux atteindre onze mètres de long et trois de hauteur. Ils possèdent également un aileron en forme d’aile extrêmement tranchant et une mâchoire de dents infinies. Mais à en juger par la taille de celui-ci, il ne devait s’agir que d’un enfant.
- Mais laisse nous, hurla Rinpiels. On a rien fait de mal !
- Idiote, répondit Kyogi. Comme si il avait besoin d’une raison pour nous dévorer.
- Arrêtons nous et tuons le, proposa Loukae.
- Je suis d’accord avec toi, lâcha Kyogi. De plus les ailerons de Worings ont de la valeur !
Loukae continuait de courir, étant la cible du démon, alors que les deux autres se jetèrent sur le côté pour se retrouver dans le dos, si on peut appeler cela un dos, de la créature. Loukae en pleine course dégaina ses armes, qui allongeaient, le temps d’un combat, ses avant bras de lame assoiffées de sang. Elle s’accroupit un bref instant, préparant un salto qui la propulsa sur le monstre. Mais celui-ci n’était pas enclin à se laisser chevaucher, et comble de l’horreur, l’aileron se mouvait de lui-même sur le corps du woring, et s’apprêtait à couper en deux la pauvre Loukae.
De leurs côtés, Kyogi profitait de l’immobilisation temporaire du monstre pour disposer en cercle des pierres qu’il décrochait de l’intérieur de son immense écharpe. Rinpiels, elle, essayait en vain de percer la peau du vers avec ses flèches. Ne voyant aucun résultat, elle décida de tirer a bout portant et entreprit de grimper elle aussi. Elle parviens avec difficulté au sommet du monstre, juste a temps pour voir l’aileron qui allait lacérer son amie. Elle hurla son nom, et tira une flèche sur cet horrible aileron.
Loukae entendit Rinpiels crier son nom, en se retournant il lui fallut moins d’une seconde pour voir la menace qui pesait sur elle : elle se laissa glisser vers le flanc du monstre, tout en parant l’aileron avec une de ses lames, elle enfonça l’autre dans la cher du woring pour ralentir sa chute.
Kyogi venait de jeter sa dernière pierre, et cria aux deux jeunes femmes de se retirer : il venait de finir son cercle de dolomites, les pierres de glace les plus puissantes. Il joignit ses mains, et les dolomites raisonnèrent entre elles. Se fut comme une tempête du rude royaume d’Uvall, en un instant l’air chaud du désert laissa sa place à une pluie de flocons, non, ce n’étaient pas des flocons mais les milliers de fragments du Woring qui venait d’être gelé puis brisées par les cristaux de glace du sortilège.
- Je n’ai jamais vu de sorts aussi puissants, affirma Rinpiels. Quelles pierres as tu utiliser ?
- Des dolomites, les meilleures ! Fanfaronna Kyogi
- Des dolomites ? S’indigna Rinpiels. Rien qu’avec le prix d’une, tu nourris une famille pendant un an !! Oh mais suis-je bête, tu es un voleur rien d’étonnant à se que tu ne t’attaches pas à la valeur des choses que tu voles !!
- En attendant, Je nous ai sauver la vie moi !! Repris de plus belle Kyogi. Bien, aidez moi à découper l’aileron !!
Malheureusement pour lui, Rinpiels n’était pas prête à toucher a quelque chose d’aussi répugnant. Elle préféra donc s’installer avec Loukae sur un rocher et manger leurs dernières provisions. Elle était perdue en plein désert, elle n’allait plus avoir ni de quoi manger, ni de quoi boire … l’endroit était plein de worings … C’est à se moment là qu’un bruit déchira le silence du désert, le même bruit, en plus puissant, qu’avait poussé le woring avant de les attaqués, elle et ses camarades. « Ca viens de là haut » indiqua Loukae tout en montrant la plus haute dune qui s’offrait à leurs vues.
- Si c’est si loin, continuons à manger il n’y a rien a craindre, dit Kyogi
- Il y a quelqu’un la bas, lui répondit Loukae. Peux être qu’il pourra nous aider ?
- Et bien, tu parles de mieux en mieux Loukae, s’étonna Kyogi
- Idiot, c’est sans doute notre seul espoir pour sortir de se maudit désert ! Rappela Rinpiels au jeune homme.
En effet, sur la plus haute dune des alentours, un worring attaquait quelqu’un. Une jeune fille, qui d’après sa petite taille devait avoir dans les onze ou douze années. Elle était en parfait contraste avec le désert, elle portait un costume traditionnel du royaume de Vepar, un costume lourd et chaud qui ne convient pas au climat qui régnait dans cette partie du monde. Et si ces longs cheveux noirs, toujours coiffées à la façon de Vepar, attiraient l’attention, ce n’était rien comparé à se ruban qui couvrait ses yeux, un long ruban blanc qui cachait son regard aux yeux de tous. Malgré cela, malgré son jeune âge, elle combattait un woring adulte, seule. Deux immenses chackrams volaient autour du monstre et caressaient sa chair, puis les mains de la fillette, bientôt une brume rougeâtre enveloppa la scène. Puis, elle stoppa ses cercles de lames, et elle posa son « regard » sur le ciel qu’elle voyait à l’intérieur. Une légère brise se leva, elle devint une tornade qui s’abattit sur le monstre, qui fut déchiré par la force du vent. C’est à se moment que Rinpiels et les autres arrivèrent.
Accablante... Si u n mot devait décrire cette atmosphère, c’était bien celui la. A la minute où la princesse maudite posa ses yeux sur cette fillette, elle sentit l’air devenir plus lourd, plus froid, comme ci un poids énorme était tombé sur ses épaules, et de toute évidence, ses compagnons ressentaient la même chose. Elle essaya de s’approcher, mais à chacun de ses pas, elle tremblait de plus en plus, jusqu´à tomber à genoux, submergée par des sueurs froides et d’incontrôlables tremblements, tout cela provoqué par la vision de cette fillette de dos ?
La fillette se retourna, offrant à ces yeux avides de réponses une apparition, un mélange de pureté et de sordidité. Etait-ce ses yeux bandés ? Le sang qui coulait de ses armes ? Son sourire improbable ? Elle marcha, effleura Rinpiels tout en continuant son chemin, les considéraient elles comme des insectes indigne de son intérêt ? Mais au fil de ses pas, son sourire s’effaça. Ses chackrams lui échappèrent, et tout en marchant, elle s’effondra sur le sol. Et avec sa chute, toute la pression morbide s’évanouit également.
Kyogi échangea un bref regard avec Loukae, mais que venait il de se passer ? Il n’avait jamais ressenti une telle peur, plus que de la peur … tout son être lui avait échappé, une totale soumission, il pensa alors qu’elle devait être une sorte de déesse ? Une pensée qui disparut aussi vite qu’elle était apparue. Pendant que Loukae relevait la princesse, comme il aimait maintenant l’appeler, il se pencha sur cette curieuse apparition. Elle respirait. Après une brève discussion, il la prit sur ses épaules et tous ensembles, ils retournèrent à leur « campement ».
Personne ne se retourna, ni Rinpiels, ni Loukae, ni Kyogi eurent l’idée de regarder de l’autre côté de la dune, ils auraient pu observer le cimetière improvisé de centaines de worrings, reposant sous un sable rouge, témoignant des litres de sang qui venait de couler, car tout ces vers avaient été tués dans l’heure …