On efface tout et on recommence.
Le principe reste le meme : "noveliser" des paroles de chansons en courts textes.
Enjoy !
« Gold in the air of summer »
de KINGS OF CONVENIENCE
- Où est-ce que nous allons ? me demande-t-elle depuis que nous sommes partis de chez elle, quelques heures plus tôt.
Nous n’avons croisé aucune voiture depuis presque une heure.
- Allez, dis-moi !
Elle me parle d’une voix douce, comme si elle connaissait déjà la réponse, ce dont je doute, mais qu’elle voulait jouer le jeu. Elle lance de temps en temps un regard pensif vers l’extérieur, puis se rappelle que je n’ai pas répondu et me demande à nouveau.
- Donne-moi un indice au moins.
- Ok, ok, un indice. Sans rien te dévoiler, je peux dire que c’est près de la mer.
- C’est nul comme indice.
- Ok, alors voyons voir... Ce fut la maison d’un de mes amis.
- Lequel ?
- Tu ne l’as pas connu.
- Un autre indice, s’il te plaît.
- Il y a des bateaux dans des bouteilles et le jardin est à l’abandon. La maison est blanche, mais la peinture s’en va par endroit. Contente ?
Elle ne répond rien, se contentant de regarder à nouveau la forêt dehors avec un petit sourire. Je ne savais pas si elle voulait venir avec moi, mais je suis allé la chercher chez elle quand même. Elle n’a pas hésité une seule seconde et depuis, nous traçons la route. Je crois que nous avons acheté tout ce dont nous avons besoin.
- Ne regarde pas en arrière, ne pense pas aux autres endroits où tu aurais dû être, lui dis-je alors qu’elle semble tout à coup triste, les yeux perdus dans le vide. Je suis content que tu sois venue avec moi.
Elle sourit à nouveau. Nous ne sommes plus très loin désormais. Je prends à droite et engage la voiture sur un petit chemin de terre, presque dissimulé par la végétation. Plus que quelques mètres et nous y sommes. La maison est là, telle que je l’ai décrite, près de la mer. Les arbres alentours font ombrage, mais le soleil perce par endroits.
Elle me regarde à nouveau avec un sourire encore plus large et sort dès que j’arrête la voiture. Elle prend le temps de découvrir les lieux en marchant doucement entre les troncs d’arbres, qu’elle caresse en passant près d’eux. Elle se retourne vers moi et son visage brille comme de l’or dans l’air de l’été.
« I don’t know what I can save you from »
de KINGS OF CONVENIENCE
Le téléphone sonne depuis presque une minute maintenant, mais cela me semble être une éternité. Chaque sonnerie est comme une sirène qui me vrille les tympans. Demain, c’est décidé, je change de téléphone. Et comme je n’ai pas de répondeur, cela peut encore durer longtemps. Qui que ce soit à l’autre bout du fil, je jure que cela va mal aller pour lui.
- Allô ?
- Will, c’est Jodie, me dit une voix tremblotante. Jodie Carver.
J’ai connu une Jodie Carver mais cela doit bien faire trois ans que nous ne nous sommes plus parlés. Je tente doucement de me remémorer l’image de son visage, parmi des souvenirs aussi vieux. Elle parle si vite que j’ai du mal à la suivre, mais il me semble que c’est lié à son petit copain entre autres choses. Elle me paraît affolée, parlant toujours plus vite. J’en arrive à un point où je ne comprends même plus ce qu’elle tente de me dire. Je ne parviens qu’à lui répondre qu’une seule chose :
- Je ne sais pas de quoi je peux te sauver.
Je lui ai proposé de venir chez moi pour que l’on en parle et une demi-heure plus tard, je la trouve devant ma porte. Elle tremble comme une feuille morte, le maquillage coulant le long de ses joues. Elle entre et fait comme chez elle. Il y a de la désinvolture dans sa détresse et je ne sais pas vraiment comment m’y prendre. Au fur et à mesure qu’elle me raconte son histoire, je me rends compte que je ne l’ai jamais vraiment connue à l’époque.
Nous nous étions connus par des amis communs, mais sans jamais chercher à devenir plus que cela, comme ces personnes que vous croisez dans la rue et que vous avez rencontrées par d’autres amis, sans histoire commune, sans atomes crochus. La première fois, on va les saluer, mais la deuxième, on passe notre chemin. C’était ce qu’elle était pour moi, une connaissance que je ne connaissais pas très bien, voire pas du tout.
Mais à l’entendre me raconter l’histoire de sa vie, je m’aperçois que la personne que j’avais connue s’était transformée en quelqu’un pour qui j’aurais très bien pu faire bouillir de l’eau, puis lui apporter son thé au lit, un dimanche matin. Mais je ne sais toujours pas de quoi je peux la sauver.