Je commence un cycle de nouvelles fantastiques, liées entre elles par un élément qui -a priori- n´est pas apparent.
Seule la dernière nouvelle permettra d´éclaircir le mystère de chacune d´entre elles.
Voilà je ne sais pas trop quoi dire d´autre...
Les mentions entre "*" sont des passages en italique, c´est assez laid mais je ne peux faire autrement...
J´espère avoir vos commentaires... Merci
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Le projet T.U.O.T
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Premier témoin – le Livre
Cela fait un mois que je crois en Dieu.
A notre époque, je suis conscient qu’il n’y plus là grand chose d’extraordinaire. Mais le fait est là, Julio Fernandez, celui qui réfuta quarante et une années l’existence de cette entité, est devenu croyant.
Mais peut il en être autrement ? Je ne le pense pas. Un homme de dieu m’a un jour montré la Bible, m’a imbibé une après midi entière de ses versets. Il m’a fourni des preuves et aurait pu me convaincre, si je n’étais pas un homme de science.
Ce n’est pas une preuve que j’ai trouvé dans la bibliothèque, trente jours auparavant.
C’est une *évidence*. Un fait incontestable. Si concret qu’il m’arrive parfois d’en être effrayé. Seul devant le miroir suspendu au dessus de la cheminée, il me semble quelquefois apercevoir un vieillard dans l’ombre. Un visage se glisse parmi les flammes.
Et bien sûr, il y a ces clefs.
C’était un jour semblable aux précédents, il faut dire qu’entre les murs de la bibliothèque, on ne fait plus guère attention au monde extérieur. La cacophonie de l’avenue Borges est atténuée par les doubles vitrages de la façade extérieure, les habitués plongent entre les pages et n’en ressortent pas. Je suppose que ce silence est propre à toutes les bibliothèques du monde. Savoir si ce silence est toujours lourd d’aussi grands secrets est autre chose.
Le bâtiment se divise en trois sections ; l’aile ouest, le corps, et l’aile est. Je travaille dans l’aile ouest, où sont consignés les documents historiques, les biographies, les manuels. Celle ci est particulièrement fréquentée, tout logiquement, par les historiens et les étudiants. Peu d’enfants y entrent, et ceux ci ne sont pas les bienvenus, car trop chahuteurs. Je regrette cette mesure, l’enfance voit des choses auxquelles n’ont pas accès les adultes.
Aurais-je fait cette réflexion il y a un mois ? Je ne le crois pas.
Toujours est il que je suis le premier, et maintenant le dernier, à avoir jamais été au courant du secret de cette bibliothèque si ordinaire. Il m’est difficile d’admettre qu’aucun chercheur, depuis les douze ans qu’existe la bibliothèque, ne l’a trouvé en farfouillant parmi les étagères. Il se trouvait dans la troisième rangée, troisième échelon. C’est à dire en face de la porte donnant sur le corps, à hauteur d’homme.
Mis en *évidence*.
À moins que chaque visiteur ne l’ait déjà vu, mais n’ait osé s’en approcher ? Et moi, plongé dans mes méditations pleines de logique, n’y ai pas prêté attention. Qui sait si, en levant la tête, je n’aurais vu le visage plein d’un effroi d’incompréhension d’une de ces adolescentes folâtres ? Je me serais approché, pour voir bien avant la date fatidique d’il y a trente jours, le secret, l’*évidence* de *son* existence.
Ou peut-être suis je le seul à ne pas être au courant. Je n’ai jamais questionné mes collègues à ce propos. Et si le secret devait être ignoré, délibérément, laissé là pour que des visiteurs curieux s’extasient devant *ce* qui est *incontestable* ?
Absurdités, premier pas vers la folie.
Un prophète. Un prophète qui n’aurait su accepter le fardeau dont un ordre mystérieux l’avait chargé. Un homme assez fou pour abandonner la parole... la parole de...
Dieu.
Le bâtiment était sur le point de fermer, le soleil de cinq heures baignait l’aile ouest d’une clarté diffuse, noyant les livres dans une poussière diaphane. Cette lumière si apaisante, filtrée par les fenêtres toutes en hauteur, qui ne laisse présager rien d’autre que la fin d’une nouvelle journée.
Je quittai le comptoir, m’assurant de n’avoir rien oublié. Je tiens à préciser qu’en cinq années, jamais je n’ai perturbé la bonne marche de la bibliothèque, jamais je n’ai commis une erreur aussi grossière qu’un oubli, à tel point que la perspective même ne m’est jamais venue à l’esprit. C’est pourtant ce qui arriva à cet instant.
Le sac où étaient rangés mes documents comprenait trois poches intérieures. J’y jetai un œil, pris d’un doute sournois. Deux d’entre elles étaient remplies. La troisième était vide.
Aujourd’hui encore, je ne saurais dire si, au matin, cette poche contenait quoi que ce soit. Mais je fus convaincu, en cette fin d’après-midi, qu’il manquait *quelque chose*.
L’aile était déserte. J’entendis pourtant un bruit. Sans doute ne fut ce que l’hallucination d’un esprit manipulé par une magie secrète, mais une voix résonna distinctement dans mon esprit. Elle ne disait rien de particulier, je ne crus même pas à un quelconque spectre ou manifestation surnaturelle. Mais un changement s’opéra dans mon comportement, j’en suis certain. Car je ne cherchai pas l’objet qui comblerait ce vide dans le comptoir, dans les tiroirs, ou la salle commune.
Je le recherchai parmi les *livres*.
Je contournai mon bureau de travail, d’un pas furtif, comme un mendiant ayant pénétré dans un endroit dont un honnête homme lui a interdit l’accès. Dans ces rayons de fin d’après midi, dans cette unique salle aussi grande que la nef d’une cathédrale, je fus pris d’un incroyable sentiment d’impuissance. Ces étagères, me dominant de leur hauteur, m’encerclant de toute part, semblaient m’écraser, me pousser, accablant mon corps d’un poids spirituel intolérable. Les livres, à l’ombre d’une d’elles, ou exposés au soleil, paraissaient démultipliés ; les pages jaunies, blanchies, me criaient leur douleur incompréhensible. Je ne discernai plus le plafond, pas plus que le sommet des vitrages, mon regard furetait parmi les couvertures, s’y accrochant et s’y décrochant. L’été en faisait luire certaines.
Mais celle qui m’était destinée –car ce ne peut être que cela – *flamboyait*.
J’avançai vers elle, veillant à ce que mes pas ne fassent plus de bruit que ceux d’un chat. Dans ces secondes irréelles, je crois avoir oublié la raison même de ma présence ici.
Le Livre s’approchait, l’éclat jaillissant de la tranche me captivait. J’éprouvai – de manière absurde – de la pitié pour cet ouvrage que je devinai divin ; voir une telle chose ignorée du monde et des hommes, *broyée* entre des livres sans valeur, me fit presque pleurer.
Je tendis la main. À une proximité si blasphématrice, je pus enfin discerner la tranche de cet ouvrage, malgré l’abondante lumière.
Chaque élément qui l’ornait semblait avoir été fondu dans un matériau différent, tant les couleurs, les teintes, les variations, étaient nombreuses. Au sommet, près de l’arête supérieure, était gravée avec moult détails la silhouette d’un homme, le regard vers la terre. Au dessous, était représentée une immense étendue désertique, sans dune ni sable, juste une terre vaste, aride, plate, grise. Je précise immense, car c’est l’impression que la gravure dégageait, par un curieux phénomène optique. Au centre, placé avec minutie, ressortait une cité ronde, toute en couleur. En y réfléchissant, je ne me souviens pas d’une infinité de couleur. Non. La cité semblait plutôt... *tordre* la lumière, et en faire ressortir plusieurs, dans le même instant. Oui c’est bien cela. Plus bas enfin, un autre monde s’étendait. Encore une fois, un curieux phénomène me fit voir des milliers de mondes, de planètes, d’univers. Je vis, je *vis*, des hommes, des enfants, des animaux, des créatures. Et tout en bas, un homme identique au précédent portait son regard, mais vers le haut cette fois ci. Je ne vis aucune inscription.
Le courage de tous les hommes n’aurait pas suffi pour terminer mon geste, pour que mes doigts effleurent la surface de cette chose, de ce Livre, le Livre des Livres. Mais la force qui m’avait envoûté persista, je vis mes ongles se couvrir de nuances bigarrées, ma paume se tourna vers la tranche, comme un œil avide, continua son chemin, sans que moi ni personne ne puisse l’en empêcher. Je n’étais plus celui qui décidait de mon destin.
Alors, arriva l’instant où je touchai le livre.
Il ne survint rien. Mon cœur reprit son rythme normal. La bibliothèque reprit consistance. Et ma paume ne brûla ni ne chauffa. J’ouvris les yeux et vit les gravures ésotériques dans la réalité concrète. Je n’avais ni peur ni n’étais enjoué.
Mais cette réaction trop ordinaire me troubla plus que ne l’aurait fait un phénomène inexplicable. Comme je l’ai dit je ne fus pas effrayé, il me restait néanmoins un doute quant à la nature passive du livre.
Lorsque mon autre main dégagea le Livre de son étau et que mes doigts purent serrer la couverture, je commençai tout de même à deviner sa nature divine.
Mais ce n’est pas ici que mon assurance quant à l’existence de Dieu se concrétisa. Je me relis et vois là un paradoxe, mais c’est pourtant ce qui arriva.
Je tirai le livre. Le tournai, pour en voir la couverture. Mais ne la vis pas. Je n’osai pas. Je rangeai précipitamment ce qui deviendrait l’objet de toutes mes pensées dans le sac –malgré son épaisseur, il occupa le volume exact de la poche vide –, fermai celui ci, puis observai la place de l’étagère où il s’était trouvé quelques secondes auparavant.
Les deux ouvrages qui l’enserraient précédemment s’étaient courbés, formant avec la planche où ils étaient placés un triangle parfaitement équilatéral.
Je sortis du bâtiment en trottinant et rentrai chez moi le plus rapidement possible, empressé de pouvoir examiner le Livre des Livres dans le moindre détail. Pas une seule seconde je ne pensai qu’une trop grande connaissance entraîne de terribles conséquences. Une vieille légende m’effleura l’esprit, mais je ne m’y attardai pas.
Je me rappelle n’avoir ni mangé ni dormi ce jour là. Je suis célibataire, sans enfants, et n’ai pas d’animal de compagnie. Le calme est préférable. Rien ne vint donc me déranger en ce soir extraordinaire.
Je traversai le couloir d’entrée, ôtai précipitamment mes chaussures, puis accourrai dans la salle à manger. Ma demeure est des plus simples, trois pièces donnent sur le couloir : la cuisine, la salle de bain et la chambre. La salle à manger lui est continue.
Je posai délicatement le sac sur la table centrale, avant de m’asseoir moi même sur le siège adossé au mur latéral, face à la cheminée éteinte. Je restai un long moment ainsi, n’esquissant pas le moindre geste, auréolé du soleil entrant par les vitres. Mon regard allait du ciel au sac, du sac au ciel. Des questions fulminaient dans mon esprit – Quels secrets me seraient révélés ? Pourrais je lire vivant ce livre ? Pour quelle raison avait il été abandonné ? – mais je n’en cherchai pas les réponses. Une illumination me frappa cependant, alors que mon regard passait sur l’un des carnets du guéridon.
Comment des livres tels que « Dorian Gray » et « l’Histoire sans fin » s’étaient ils retrouvés dans l’aile ouest ?
Sur le moment, je constatai ce fait avec placidité, comme un soldat que la mort ne choque plus. Après quelques secondes cependant, l’anomalie prit forme véritable dans mon esprit, la mort devenait concrète. J’avais eu le temps d’y réfléchir, et en avais tiré les conséquences suivantes : le Livre divin ne pouvait donc *pas *avoir été délaissé dans la précipitation. L’idée d’abandon n’était *pas* survenue dans une folie passagère. Le Livre divin avait été laissé là *pour* être trouvé. Voir même pour que *je* le trouve. Si on avait placé *ces* deux livres à *cet* endroit précis, alors c’est que le « prophète » y avait vu une signification.
Etait ce un symbole ? Les deux éléments d’un rituel sacré ? À moins que ces deux livres ne fussent un fragment même du livre divin ? Cette dernière supposition expliquerait alors pourquoi rien ne s’était produit lorsque j’avais extirpé le livre de l’étagère.
Tout comme les précédentes, ces dernières questions ne suscitèrent pas plus de réflexions.
Je dédiai celles ci au Livre. Tout ce que je voulais, c’était voir, contempler, admirer, le Livre.
Et l’ouvrir.
Pris d’un soudain élan de désir animal, j’arrachai mes mains des accoudoirs et agrippai la lanière du sac. Je tirai sur celle ci, plongeai les doigts à l’intérieur, tâtai le Livre, et l’extirpai. D’un geste je jetai le sac sur le tapis.
Puis, dans une attitude quasi rituelle, je déposai le Livre –« Le » Livre ! –, sur la table de verre, bien au centre. Pas une seule poussière, si caractéristique des anciens grimoires, ne s’échappa.
J´ai lu.
C´est excellent. ![]()
Cette fois-ci, je n´ai quasiment rien à dire au niveau des défauts. Le texte est fluide (ce que j´ai du mal à admettre, pas vrai
?) , sans bavure, l´atmosphére reste cohérente et magnifiquement mystérieuse, solennel et sacré. Tu as reussi à imprimer sur papier l´ambiance studieuse d´une bibliothéque, et on est tout de suite attiré dans ton histoire (qui tourne principalement autour de livre d´ailleur, miam miam
).
Il y a juste un passage que j´ai trouvé moins bon que les autres, c´est la fin, quand le narrateur rentre chez lui. Tu fais un peu de HS en parlant de son célibat et décrit la maison, et ça brise un peu le rythme. Et, (allez, pour chercher un passage maladroit aussi) je reléverai aussi la description du sac, on a du mal à l´imaginer.
En gros, c´est trés bon; En espérant voir de nouveau texte de cette charmante nouvelle
(
)
Vàla, la suite ^^
Merci ![]()
Juste, pour le sac, je crois que le lecteur peut aisément se l´imaginer. Et puis c´est un détail après tout.
D´autres lecteurs peut-être?
Franchement génial !
Texte fluide,on est dans l´histoire jusqu´à la fin,j´avoue que j´ai vraiment aimé.
´Veut la suite aussi ! ![]()
Quel enthousiasme, merci ^^
Un autre lecteur? ^_______^
Rien à redire, c´est vraiment excellent ![]()
Dernier rang, un dernier up et je ne vous embete plus ![]()
Tu sais que je t´avais pas reconnu. ^^