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Déluge d'un Crépuscule

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
27 octobre 2006 à 14:48:06

Déluge d’un Crépuscule

« Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L´Espoir, dont l´éperon attisait ton ardeur,
Ne peut plus t´enfourcher! Couche-toi sans pudeur,
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte
Résigne-toi, mon cœur; dors ton sommeil de brute.
Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur,
L´amour n´a plus de goût, non plus que la dispute;
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte!
Plaisirs, ne tentez plus un cœur sombre et boudeur!
Le Printemps adorable a perdu son odeur!
Et le Temps m´engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d´en haut le globe en sa rondeur
Et je n´y cherche plus l´abri d´une cahute.
Avalanche, veux-tu m´emporter dans ta chute? »
[Charles Baudelaire]

-Prélude-

La pluie. Cette froide maladie qui envahissait tout… Ce fardeau qui m’avait assailli depuis mon arrivée à New York. En fait, le Nouveau New York. Notons l’allusion au paradoxe… plutôt peu comique, j’en conviens. Cette ville autrefois métropole des Etats-Unis d’Amérique n’était maintenant plus que l’ombre d’elle-même. Comme moi-même, d’ailleurs. Peut-être me trouverez-vous prétentieux, s’acharnant sur mon plus que triste sort comme je peux… Mais détrompez-vous. J’ai découvert l’enfer. J’ai découvert l’enfer que nous avons créé. La pluie ruisselle sur moi, passe au-travers de mon uniforme vert sauge, comme de froids couteaux tranchant des morceaux de viande avariés, s’infiltrant dans chaque couture pour être certaine de bien me tremper au complet. Je n’en peux plus, je suis vidé. J’en ai pour ainsi dire marre. Marre d’être ici, marre de faire la guerre au nom des autres, marre de tout… Marre, de me battre aux Etats-Unis alors que la France se meurt sous les vagues, les pluies et les déluges inlassables de missiles intercontinentaux. Pourquoi ne suis-je pas là à défendre mon pays? Pourquoi suis-je ici, de l’autre côté de l’Atlantique, à me battre pour unir un pays détruit par la guerre civile? Pourquoi ne suis-je pas là pour chanter « Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons ! Marchons, marchons ! Qu´un sang impur... Abreuve nos sillons ! » Où est passé l’étendard sanglant ? Où est passé cet amour sacré de la Patrie ? Pourquoi tant de « pourquoi? », « d’où? » et si peu de « parce que! »? Bien que j’eusse été un rêveur dans le passé, mon rêve a viré au cauchemar. Me voilà perdu au milieu des ruines de la plus grande cité du monde… perdu, isolé, errant en solitaire telle une ombre fuyant les regards. Je boite dans les rues, seul, chacun de mes pas devenant plus pénible que le précédent.

Mon casque verdâtre cache mon épaisse masse de cheveux blonds (plutôt châtains, quoiqu’en disent les mauvaises langues), et le « U.N. » des Nations Unies commence à s’effacer… Mes galons de lieutenant qui commencent à se découdre de mon uniforme n’ont pas le pouvoir de me sortir d’ici. Je continue de boiter comme un estropié… J’aurais souhaité que cette balle aille se loger ailleurs que dans ma jambe… et que mon équipe ne se fasse pas descendre comme des cons (Rions du transfert singulier-pluriel venant de nulle part, merci.). Fatalisme, fatalisme. Si au moins Dieu m’avait accordé une mort décente, rapide et sans douleur… Mais non. J’erre sans cesse dans la ville, à travers les immeubles grisâtres, ce tableau de gris aux mille et un teints, cette fresque dont j’incarne le martyr, cette ville fantôme où les survivants se cachent de la lumière du jour, incapables de réaliser qu’il reste encore une trace, aussi infime soit-elle, d’espoir. La plupart des flammes qui ont allumé leurs yeux comme les miens lors des discours des Grands s’est éteinte brutalement, comme on souffle une chandelle. Je titube dans ce qui reste d’une avenue… Je m’accroche à ce qui reste d’un lampadaire tordu par la chaleur infernale des bombes, je souffle un peu. Il ne reste que des restes. Chaque respiration devient de plus en plus pénible, plus souffrante… Mes poumons se vident pour ne se remplir que d’un air vicié, voire quasi-irrespirable. Cette odeur, ce mélange piquant du métal fondu, de poudre, de pneus brûlés… Elle m’attaque sans cesse, revenant à la charge avec plus de vigueur. Mon nez a perdu toute sensibilité, mes yeux deviennent myopes ou hypermétropes, rouges comme si j’étais drogué (ou alors la conjonctivite y est pour quelque chose)… tout devient flou… Je n’ai pas mangé depuis deux jours, mon équipement semble peser le poids du monde, je garde la tête basse, croulant sous mon barda, sous mes peurs, sous mes souvenirs douloureux, sous mes remords, sous mes erreurs... Je ne suis que l’Atlas des temps modernes, voilà tout.

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
27 octobre 2006 à 14:51:01

-Chapitre I-
-Good Morning America-
I-(Rain)

Les débris jonchent les rues, les voitures finissent de se consumer, les gouttes de pluie se fracassent sur les tôles de métal tordu, comme un crépitement, un discret roulement de tambour, de caisse claire… battant la chamade, jusqu’à rendre tout son, aussi doux soit-il, insupportable. Vous savez, cette sensation que votre tête va exploser, cette douleur atroce dans les oreilles, votre paupière droite qui vibre, qui sautille, tressaille sans cesse, hésitant périodiquement entre l’éveil et le repos. Ici, le repos est devenu synonyme de décès prématuré. Si je m’endors, mon corps ne me le pardonnera pas. Il faut manger, trouver… de la chaleur. J’ai froid. Très froid. Beaucoup trop. Les lames froides labourent ma chair à chaque instant. J’ai sûrement dû dépasser le stade de l’hypothermie… j’éternue sans cesse, mon « Atchaaa! » résonnant comme un Everestistique écho qui aurait fait pâlir de honte le plus arrogant des Stentor. Ma voix se répercute, ne faisant place qu’au silence de mort qui plane dans la ville. Le silence, et les gouttes de pluie qui noient la métropole. Un poète a déjà comparé la pluie aux larmes de Dieu… et pour cette fois je serai bon un Chrétien et j’acquiescerai silencieusement lorsque je lirai quelque recueil de poésie. Si j’ai encore la raison… et la raison de vivre. La différence entre folie et raison n’est plus qu’un mince rayon, une idéalisation, une barrière imaginaire qui change au gré de l’ouverture des gens, au gré des saisons, du temps et de tout. Je lâche le lampadaire noirci par l’usure de la guerre et je continue d’avancer. Les gouttes perlent sur mon front, mes bottes s’enfoncent dans la gadoue, mes genoux fléchissent, mais je continue. Je vivrai, dussé-je crever en essayant de respirer. Je m’enliserai, dussé-je me noyer dans ma souffrance et dans la gadoue.

La pluie battante devient peu à peu une fine bruine. Changement, considérant les enclumes qui s’écrasent quotidiennement sur mon casque. Je lance un regard discret au ciel, et celui-ci se cache derrière son manteau grisâtre et duveteux, partiellement lézardé de noir. Je n’ai vu le soleil depuis des lustres… La lune s’éclipse, comme si la lumière ne voulait pas révéler, lever le voile sur cette triste scène qui compose ma nouvelle quotidienne. Cependant, la chute se fait sans cesse attendre. Je cherche depuis des jours un quelconque signe de vie… De la chaleur. Et il n’y a que les rats. Des rats qui se sauvent à ma vue… Je dois faire peur, je dois être hideux tellement je suis proche d’un état cadavérique. Je commence à me faire peur. Divagations… Hallucinations… Paranoïa… Et ce « Dreamer » qui me trotte dans la tête… cette mélodie « d’Oz Osbourne »… les années 80, les années de mon père… Cette nostalgie bénie du Temps des Bavardages. Comme je déteste 2013… Comme je déteste ces Années Terribles, cette fin des menaces en l’air, dans laquelle nous vivons…

« Wondering if mother earth will survive, Hoping that mankind will stop abusing her, sometime…”

Et bien oui, nous en avons abusé, nous l’avons violée et l’avons rendue stérile à jamais. Je chantonne tout seul… je suis fou, fou, fou. Je vais mourir cinglé, seul au monde, complètement dingue. Pourquoi pas m’éclater la cervelle?

“I’m just a dreamer, I dream my life away, today
I’m just a dreamer, who dreams of better days, ok
I’m just a dreamer, who’s searching for the way, today
I’m just a dreamer, dreaming my life away”

La mélodie me donne le goût d’en finir, de mourir paisiblement. Je n’ai plus que ça à faire. Quelle raison me reste-t-il de vivre? Aucune. Mon père a battu ma mère à mort le jour de mes 15 ans, et ce dernier m’a laissé seul avec mon frère pour nous démerder. Je ne suis qu’un rêveur, rêvant aux jours meilleurs, je cherche le chemin, celui qui me permettra de trouver celui d’aujourd’hui… Je perds ma lucidité, je marmonne quelques paroles incompréhensibles, je déraisonne… Romain Gary a dit : « Parfois, garder sa raison de vivre est tout le contraire de raison garder. » Et il avait raison. Il me manque cette raison de vivre. Et j’ai perdu la raison. J’écoute à présent cette voix à l’intérieur de ma tête, ce murmure inaudible… « Tue, tue… » Celui qui m’avait suivi toute ma vie… mais j’ignorais qu’on parlait en fait de moi.

Voilà maintenant que je perds toute notion du temps. Années, secondes, siècles, millénaires… tout cela n’a plus de sens. Futilités. Mon index tripote la gâchette de mon Colt… La balle devient tentante… Je continue d’avancer sur l’asphalte de l’Avenue Sans Nom… ou plutôt l’Avenue Innommable. Je trébuche, je me noie dans la boue et l’eau. Je perds mon souffle, je manque d’air… Et puis, je m’agrippe au sol, je me soulève… puis mon bras lâche. Avec un effort surhumain, je réussis à me sortir du trou d ‘eau… Puis, j’ai les larmes aux yeux. J’en ai marre. Marre… MARRE! Je le crie, ce mot d’emmerdé! Je le crie dans la rue! Une fois. Une seule. « MARRE, D’ÊTRE ICI! » Ma voix se perd dans les gratte-ciels… et personne ne m’entend. Je me relève… lentement, péniblement. J’ai tout le temps du monde, après tout. Le pire qui pourrait m’arriver serait de mourir de vieillesse en me relevant, après tout. Voilà, après tout. Je deviens fou, après tout. Après rien. Rien du tout. Je vois double, triple, quadruple, je ne vois plus rien… des formes, puis des sons. Je verrai des sons? Au point où j’en serai, plus rien ne m’étonna… Les sons reviendraient. De la vie? Des machines? Et que trop non… Bête et sotte formulation pour parler des bombes. Un immeuble au coin de la rue explose, les éclats de vitre voleront en l’air, la structure s’effondra comme un château de sable… J’en perds toute notion du temps! Le bruit est assourdissant! C’est un marteau chauffé à blanc qui s’abat sur un verre de cristal, c’est l’horreur, l’impossible, l’infaisable… le parjure, cette insulte au silence. Je plaque mes mains sur mes oreilles! Assez! Assez! C’en est trop! Marre! J’appuie mon Colt contre ma tempe gauche. Je ferme les yeux. Je serre les dents. J’appuie sur la gâchette… Rien. Quoi?

Rien? Comment? Pourquoi, bordel! Pourquoi est-ce que ce Dieu à la con me hait au point de me retirer le droit d’en finir comme je veux! Je relâche la détente, mon chargeur tombe au sol d’un bruit sec. Vide… Mais quel con, mais quel connard! Je fouille dans ma poche… un autre, et plein cette fois-ci. Fiouh. Allez, allez, tu ne vas pas me laisser tomber, cette fois. Puis, c’est l’inimaginable qui se met soudainement à exister. Une voix. Un cri. Un cri aigu, un appel humain! Comme un dingue, je tire dans la direction par laquelle la voix provenait. La balle se heurte à un mur, un mur d’un immeuble à bureaux. Et puis merde, je me tuerai plus tard… Je suis fou au point de tirer sur une forme de vie qui pourrait rendre mon éternel calvaire plus… moins… disons moins pénible. Je boite
vers l’immeuble. La porte est défoncée, et j’ai le plaisir de ne pas me faire déranger par un de ces satanés portiers qui vous ouvrent la porte comme si vous étiez trop infirme pour l’ouvrir par vous-même. Je braque mon arme sur un point imaginaire qui se sauve sans cesse de moi. Je m’enfarge dans le tapis, je tombe sur un vase de porcelaine. Brisé en mille morceaux. Le vase, je veux dire. Moi, je n’ai eu que quelques égratignures en plus. Ma blessure à la jambe commence à devenir de plus en plus douloureuse et intolérable, rendant chaque pas plus difficile que le précédent, multipliant la douleur exponentiellement.

Je continue à travers un couloir… La tapisserie est poussiéreuse, le plâtre poudreux tombe du plafond comme un sac de farine percé qui fuit, les murs sont lézardés. Me voilà rendu reptile rampant dans une jungle de portes, de bureaux et de diplômes au cadre fracassé sur le sol. Apparemment, les locataires sont partis en vitesse. Encore, la voix continue de parler à elle seule. Elle marmonne, une comptine… ou une prière, qu’importe. Le doux son réussit à calmer mes oreilles, la chanson me semble familière. Elle est en français… En français, diantre! Ici, à New York? J’hallucine, encore une fois… Mais, auditivement. Halluciner auditivement… je suis encore plus bizarre que je ne l’aie cru. Le son vient de la porte à ma droite. Mon Colt est chargé, braqué sur la porte. Normalement, pour rendre hommage à tout bon film policier, j’aurais fait exploser la porte d’un coup de pied bien placé, mais essayez de le faire avec une seule jambe!

Je pousse la porte discrètement, et j’entrevois une silhouette, dans le noir. Sans réfléchir, je tire, la balle ricoche sur le mur et s’envole dans la pénombre pour ne jamais revenir. J’écarquille les yeux… Étais-je devenu fou? Ce n’était pas un monstre… C’était une jeune femme… Elle devait avoir environ mon âge, environ 23 ou 24 ans… Je m’approche un peu plus, je baisse mon arme… Elle avait une chevelure d’un sépia crémeux. À moins que ce ne soit un effet d’optique douteux… Après m’être approché plus près, j’opte pour un subtil mélange rubigineux-noir de jais. Elle avait un teint basané, juste assez pour rendre sa couleur attrayante et agréable pour les yeux, des courbes gracieuses, des yeux noisette. Des yeux profonds et mordorés qui sont, ma foi, à croquer. Elle était recroquevillée dans le coin de la pièce, un accroc avait légèrement déchiré sa jupe de longueur moyenne, et elle sanglotait. Puis, elle voit mon uniforme, mon casque… Elle se lève, m’étreint, au point de m’étouffer. Avait-elle oublié que je venais de lui tirer dessus, ou quoi? Peut-être pensait-elle que je ne l’avais pas vue dans le noir… Je restais désarmé devant cette arme typiquement féminine… Ma vue se brouille… Je ne sens plus rien. Je devinai de la reconnaissance… Puis, je la repoussai violemment, sans savoir pourquoi. Je tirai une balle à sa droite, une autre à sa gauche, et je vidai mon chargeur en tirant au-dessus de sa tête. Je criai comme un fou, un déséquilibré. Elle cria à tue-tête à son tour, et pourtant j’étais aussi terrifié qu’elle. Pourquoi commettais-je un tel acte pour aucune raison? Ce putain de corps ne répondait plus à ce putain de cerveau, ou quoi? Puis, je me calmai, je l’examinai attentivement. Elle tremblait comme une feuille, son doux visage avait blanchi d’un cran… Elle me regardait d’un air suppliant. Puis, je me sentis complètement vidé de mes forces. Ma jambe blessée lâcha, elle fléchit et je me retrouvai à terre, comme un handicapé tombé de sa chaise roulante. Je sanglotai, mes nerfs ayant complètement perdu toute connexion avec le réel. Je pleurai, je n’en pouvais plus. La femme m’asséna un sérieux crochet droit, m’envoyant valser dans la carpette poussiéreuse. Elle prit ses jambes à son cou, je continuai de gémir et de pleurer.

J’entendais les pas qui s’éloignaient… Je beuglai des injures qui se perdirent avec les pas de la fugitive. Je laissai tomber. Je mourrai là, c’est tout. Je fermai les yeux, tentant de me calmer. Il me faudrait mourir dignement, quand même. Puis, je réouvris un oeil. J’aperçus un visage… Je l’aperçois. Elle est revenue? Pourquoi? Comment? Me voilà redevenu lucide, c’est à nouveau le présent. Je ne dis rien. Je sens un doigt qui effleure une larme sur ma joue couverte de poils rugueux, d’une barbe malpropre et sale. C’est une peau douce et chaude qui… qui… J’ouvre les yeux complètement. C’est elle. Puis, je la reconnais… ce démon du passé. Elle m’a aussi reconnu. Elle me connaît. Elle me connaissait, par le passé. C’est un cauchemar qui me rattrape… c’est elle qui revient me hanter. C’est elle qui m’a détruit, et qui me détruira une seconde fois. Elle murmure entre ses lèvres pâles… « Seth… Seth Martin? »

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
27 octobre 2006 à 14:56:34

Je vous laisse dégérer et je poste la suite quand bon vous semblera opportun.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
27 octobre 2006 à 18:47:25

Excellent, simplement. Rien à redire (enfin je pourrais arguer le manque de concordance des temps, qui rend très bien la folie par endroit par qui, à d´autres moments, sonne plus comme une erreur) Enfin bref, je ne suis guère doué pour les éloges, je me contenterai de dire que c´est quand tu veux pour la suite. :-)

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
27 octobre 2006 à 19:23:06

II-(Julie)

Mon nom… cet horrible nom qu’on m’a donné (ou plutôt imposé)… Seth… ridicule, comme nom. Ça na pas même le mérite d’être un vrai nom! C’est une blague, non mais… père bourré de mes deux, et stupide mère sénile croyant encore aux noms d’imbéciles. J’étais abasourdi, de la revoir, elle… ici… et là… ici et là… Et j’aurai espéré devenir aveugle plutôt que d’avoir à la regarder à nouveau. Je gémis, et je râle… de rage. Je cligne des yeux, elle m’observe avec son sourire… un sourire qui m’avait fait fondre par le passé, mais maintenant je ne fais que durcir en le revoyant. Des images passent en boucle dans ma tête, des souvenirs effroyables, insupportables… et je reviens dans le passé. Je reviens aux époques d’antan, dans ma jeunesse, et je me rappelle…

Je ferme les yeux, je ne peux y échapper. Il fallait que ça arrive à nouveau. On ne se sauve jamais du passé, et il vous rattrape. Tout le temps. Sans cesse, inlassablement. Fatalement. Je marmonne quelque chose d’inaudible… je n’ai même plus la force de sourire, pas même celle d’être sarcastique, seule la force de haïr compte. Un son s’échappe de ma gorge…

« Ju… Julie… merde… tue-moi… maintenant. »

« Allons, allons… Chhhht… » Sa voix est douce, comme son être en entier. Étrange surprise… ou fatalisme intransigeant? Je frissonne, je vais me remettre à pleurer. Pourquoi maintenant? « Tu ne vas pas te mettre à pleurer comme un enfant? Tout va bien… Seth… tu m’entends? Tout va bien… » Oui, je l’entends. Et je voudrais bien devenir sourd. Satané Colt vide… J’aurais dû garder la dernière balle pour moi au lieu de faire le con et l’insipide… « Caaaalmes-toi… calme, calme… Chhhhhht…. » Sa voix, sa tendre voix… douceur, je le re-dis, typiquement féminine… et il fallait que je sois mourant pour qu’elle daigne m’accorder un tout petit et minime instant à moi, à moi tout seul… « Allez, Seth… tu vas t’en sortir, tu sais? Calme, calme, le Seth… touuuut doux… Chhhhht… » Je me calme, peu à peu… mais ce ne sera pas assez. Julie, Julie… Pourquoi fallait-il que je te voie à nouveau? « Je vais te sortir de là… prends sur toi… Allez, je vais t’aider… Tu ne vas pas me faire la tête, quand même? Allez…Je vais t’aider à te lever… »

Je la repousse de la main, je me relève par moi-même, du moins j’essaie. J’appuie mon dos contre ce qui reste du mur, mais mes jambes ne répondent toujours pas, je jette un coup d’œil au trou à quelques mètres de là, au trou dans le mur, créé par un obus quelconque durant la guerre. J’observe silencieusement le décor extérieur au building. Je soupire, je me résigne… c’est fait, je ne peux plus y échapper. Je dois reprendre contact avec le passé… Il pleut toujours plus fort… la fine bruine redevient les clous qui tombent du ciel anthracite, et il ne reste qu’elle et moi dans cette partie de la ville. Elle et moi… autrefois douce lubie, maintenant aride folie… Un horizon cendreux s’étend à perte de vue, et on l’atmosphère déprimante est palpable dans l’air.

« Julie… »

Elle me caresse l’épaule, je la repousse brutalement. « Je ne suis pas encore guéri… la cicatrice n’a jamais… »

« Ah… » conclu-t-elle… « Donc, tu… »

« Oui, non… je sais plus… ». J’hésite, je bégaie une syllabe. C’est trop dur. « Non. » C’est simple, précis et concis… et sans ajouter même plus que bref.

« Pourquoi, tu me détestes toujours? » Merde, la question-piège à cent balles. Tant pis, autant crever en étant honnête.

« Que oui… que oui… »

« Allez, raconte… »

« Non. »

« Tu ne… »

« La ferme, Julie… Ferme-la… La… la ferme… » Je suis brutal, où est passée ma galanterie d’autrefois?

« Allons… » Elle étouffe un soupir d’amusement.

« J’ai dit non. » La guillotine de la réalité retombe rapidement, nettement et par un seul chemin. Je me referme. Il me faut rebâtir cette carapace que j’avais si puissante par le passé.

« Seth… »

Touché. Merde. Elle a visé juste, en plein dans le mille… « Blood and guts! », comme dans tout bon film Western. Elle est encore plus forte que moi à ce jeu là. Elle sait que je déteste qu’elle m’appelle par mon prénom, qui n’en est pas même un (soit dit en passant, j’adore me répéter.). J’accepte la défaite…

« Julie… je… »

« Commençons du début, tu veux bien? » Trop forte. Elle est trop forte. Toujours ce même caractère, toujours cette même… cette même autorité, toute-puissance.

« Tu te rappelles, Julie… Tu… Tu te rappelles… » Je délire, comme toujours…

« Oui, je me rappelle… » Sa voix, ce son délicat et suave, cette berceuse pour l’oreille… je frissonne.

« Le Lycée… » Bêta, benêt que je suis… bien sûr, qu’elle le sait.

« Oui, le Lycée… »

« Tu vois… j’ai changé depuis le jour… ce jour… »

« Ce jour où on ne t’a jamais plus revu… »

« Oui, celui-là… »

« Que s’est-il passé, Seth? » J’enrage. Il fallait qu’elle ait toujours cette perspicacité qui passe à travers toutes mes barrières mentales…

« Tu te rappelles… Tu te rappelles… » Ma voix se perd dans le silence de ce qui reste de la salle.

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
27 octobre 2006 à 19:59:21

C´est pas mal du tout, vraiment une bonne fic, on entre facilement dans l´histoire qui se laisse lire toute seule... Il y a une phrase que j´ai bien apprécié : "Je vivrai, dussé-je crever en essayant de respirer. " Sinon il me semble qu´il y a une petite faute là : "Un horizon cendreux s’étend à perte de vue, et on l’atmosphère déprimante est palpable dans l’air. " -> je suppose que c´est "où l´atmosphère..."
Sinon on a un très bon style, un début prseque long mais qui laisse place à une dynamisme créé par l´apparition Julie juste au bon moment où il commenssait à se faire presque lassant... Donc point de vue stylistique, impeccable, je n´ose pas demander la suite de peur qu´elle me tombe dessus et que je passe, suivant sa longueur et l´heure où elle arrivera, à la lire ^^ Enfin bref, je pense que je lirai jusqu´au bout ^^

Negatum
Negatum
Niveau 10
27 octobre 2006 à 20:17:13

En effet, c´est trés bien écrit. Seul petit reproche, tu varie d´une phrase à l´autre entre un style soutenu et un style oral, ça crée un décalage étrange qui me gêne un peu parfois.
pour le chap2, j´ai trouvé le dialogue un peu... Artificiel, enfin, j´ai trouvé cette partie moins bonne que le chap 1, que j´ai lui adoré.
La suite impatiemment :-)

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
27 octobre 2006 à 20:36:40

"Seul petit reproche, tu varie d´une phrase à l´autre entre un style soutenu et un style oral, ça crée un décalage étrange qui me gêne un peu parfois. "
-> ah bon ? moi c´est ça que j´adore :p)

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
27 octobre 2006 à 23:03:56

Le personnage est déchiré entre le passé et le présent, entre deux personnes, deux "Seth Martins", d´où le changement de registre. Vous verrez que le style change pour chaque personnage. Merci pour les commentaires et je suis ravi que ça vous plaise.

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
27 octobre 2006 à 23:08:06

(dsl pour le Double-Post) en passant le discours artificiel entre Seth et Julie est fait exprès. N´oubliez pas que le personnage est alors mourant, qu´il ne distingue plus rien entre son imagination et la réalité, d´où ses paroles qui sont complètement débiles dans la IIème partie du Premier Chapitre. Julie ne se contente que de faire comme une bonne mère, de le calmer, de le ramener à la réalité. Et elle a réussi. Admirablement. Comme elle seule pouvait le faire.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
28 octobre 2006 à 15:14:38

MDR le dernier post^^

Sinon, tu sais qu´t´es pas obligé d´écrire tes dialogues en mode gruyère? :o)) Et accessoirement, on met des tirets pour les répliques, on ne remet pas les guillemets à chaque fois^^

Euh voilà, à part ça c´est du tout bon même si j´avais moi aussi préféré la première partie. Mais ça ne change rien au fait que c´est très bon, que j´aime beaucoup ton style et que je serai présent pour la suite. :-)

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
28 octobre 2006 à 15:55:26

-Chapitre II-
-Ma Chute-
I-(My Downfall)

Suite à toute cette scène qui a donné en guise de présent à mon crâne une migraine atroce (je crois que ça doit être votre cas aussi), je tente de remettre mes idées en place. Il y a Julie, qui me regarde, avec ses jolis yeux compatissants. Les miens sont d’un bleu acier, froids, sans étincelle…des yeux « industriels » et « métalliques », tout le contraire des siens, des yeux mordorés tout qui ne donnent que le goût de plonger dans son regard. Elle me parle. Je lui parle. Nous nous parlons. Aucune surprise. Quand même. Je reprends contact avec la réalité peu à peu, cesserais-je d’être fou? Ah, ça, non… je ne suis que lucide, pour le moment. Puis, je m’entends parler.

« Tu sais… tout a commencé à mes 19 ans. Nous étions au lycée, à cette époque. Tu te souviens? » Elle acquiesce. Incroyable, elle se rappelle même que j’étais dans la même école qu’elle! On progresse, on progresse. Très lentement, certes. « Nous… à vrai dire, je vais commencer par parler de moi. » Elle acquiesce encore une fois. Bon signe. C’est méchant à dire, mais c’est bien qu’elle se taise, des fois.

Je me revois, dans le métro de Paris, c’était le soir. J’étais assis à un banc au dernier coin du dernier wagon. Je grillais une cigarette, comme à mon habitude. Je fumais tranquillement, et j’ouvrais la bouche de temps en temps pour relâcher la fumée de ma gueule pâteuse du soir, en la soufflant en pleine poire d’un passant quelconque. Bien sûr, il me faisait les gros yeux offensés, mais qu’est-ce que je pouvais m’en moquer! J’avais 19 ans, j’étais jeune, naïf, j’avais la vie devant moi. Maintenant, parlons au présent, ça évitera les longues formulations compliquées, de quoi nous donner un autre mal de crâne.

Je suis dans le métro. Dernier banc, dernier wagon. Comme toujours. Bien que ce soit mercredi, le métro est bondé, aujourd’hui. Et puis, il y a toujours ces types en retard qui courent comme si un maniaque avec un fouet leur gueulait de se grouiller avec une joie sadique. Ces gens qui ne prennent que le temps de travailler, vous savez? Ces gens qui se battent perpétuellement contre demain et qui tentent de remonter dans le temps en dépassant la vitesse de la rotation terrestre. Mais bon, je m’égare. La porte s’ouvre soudainement, et c’est soudainement le chaos, la bagarre générale. Ceux qui sortent se battent contre ceux qui veulent entrer, et vice-versa. Un homme d’une quarantaine d’années se glisse entre deux passagers, il s’assoit à ma droite, près de la porte. C’est un type dans la quarantaine, probablement fanatique du culte « veston-cravate-godasses-trop-cirées ». Il porte des lunettes rondes, il a sa barbe du matin qui a atteint la maturité du soir qu’il a probablement oublié de raser, ses cheveux sont broussailleux et poivre et sel. Il a son cellulaire dans la main gauche, sa mallette repose sur ses genoux et il tape de l’autre main sur son portable, tenant en équilibre sur cette même mallette. En voilà un qui aurait dû finir funambule, clown ou fildefériste, à force de jongler avec tout et rien. Sa tronche ne me dit rien qui vaille la peine de ne pas l’intoxiquer. Avec un plaisir évident, je lui souffle un petit cercle vaporeux de fumée grisâtre au visage. Il me regarde fixement, je ricane dans ma tête, un sourire au coin des lèvres. Il sourit faiblement à son tour, se disant probablement « Bof, de toute façon j’étais pire à son âge. ». Qui sait ce qui se passe dans la tête de ces types-là!

Le métro file à toute allure, et le petit bruit du train qui prend de la vitesse fait vibrer mes tympans de bonheur. Cette impression de vitesse, de puissance, de motricité, j’ai toujours adoré. De toute façon, qui ne l’aime pas? Une vieille dame est assise en face de moi, et ce regard condescendant et méprisant que j’ai toujours détesté des « aînés » me colle à la peau, comme un bout de papier collant qu’on a dans le dos qu’on ne peut plus ôter à cause de notre manque de flexibilité. J’en ai marre. Je jette ma cigarette sur le sol, je l’écrase du pied. La vieille dame reste toujours aussi grincheuse… Son visage aux mille couches de rides continue de me scruter… Non mais, est-ce qu’elle veut ma photo? Je me lève, je cours chercher un journal dans un panier. Je bouscule quelques passagers, acclamé à coups de « Putain », d’« Enfoiré de môme… » et de « Non mais, quel sans-gêne! ». Je m’en fous. Et puis, je croise une jeune femme dans la trentaine qui m’ignore, qui regarde ailleurs comme si elle ne m’avait jamais aperçue. Elle va m’entendre, ou non. Plutôt, elle va me voir. Je marche en sa direction, j’observe malicieusement le journal qu’elle tient entre ses doigts récemment manucurés. Je lui arrache le journal des mains avant même qu’elle n’ait eu le temps d’étouffer un juron. Elle m’a vu. Elle me hait, j’ai gâché sa journée. Bien fait.

Je m’assois à nouveau sur le siège. Je lis les gros titres… « Crise au Moyen-Orient! », « Scandale chez le Ministre des Finances! »… baratin, baratin. Je regarde mon horoscope à la dernière page. « Aujourd’hui, prenez soin de vous et évitez tout effort, vous devez vous reposer. » Quelle bonne blague! Je ricane silencieusement, avec ma mine amusée et cachée derrière ces papiers qui empêchaient enfin cette horrible madame de me zieuter avec ses inquisiteurs yeux de chouette. J’ai gagné. M’enfin, c’est une victoire ridicule, mais j’ai quand même gagné la guerre. La porte du métro s’ouvre, je me précipite au-dehors de ce satané train, puis je sors de la station. Je monte les escaliers, j’aperçois la lumière du soleil. Ah, non, c’est la lumière des lanternes. C’est vrai, il est quand même six heures du soir. J’atteins l’arrêt du bus prêt de la cabine qui est pleine à ras-bord. Mon sac à dos est probablement aussi trempé que moi, et je commence à geler, la pluie passant au-travers de mon manteau que je souhaiterais bien avoir imperméable. Les gouttes tombent du ciel bruyamment, puis c’est l’orage. Ah, merde! Je sors du métro pour atteindre un arrêt de bus transformé en bassin de piscine municipale. Tout trempé, l’arrêt. Mais bon, ça ne fera pas une grande différence. Je travaille comme sauveteur à une des piscines municipales. C’est une passion que j’ai développée à douze ans, puis j’ai été embauché cette année après avoir suivi tous mes cours de formation qui finirent à mes dix-huit ans. Assez parlé d’eau, où est ce bus de malheur! Le chauffeur est saoul, ou quoi? Il est en retard de vingt minutes!

Puis, le bus pointe le bout de son nez plat et mécanique, en retard de trente minutes. Mes jeans sont trempés, mon polo me colle sur le corps, et mes cheveux à la fois flavescents et légèrement blond vénitien sont plaqués contre mon crâne. La porte s’ouvre tranquillement, comme pour faire durer ce plaisir sadique réservé au chauffeur de voir la mine déconfite du passager qui s’apprête à embarquer. Je tue le chauffeur du regard, caché derrière son air narquois. Je monte chaque marche, je glisse quelques sous dans le « petit cochon » ainsi qu’une coquille d’arachide qui traînait dans la poche. Voilà ce que j’en fais, des chauffeurs qui n’ont pas la fierté de tenter d’être ponctuel! Je marche dans l’allée qui tangue tout en me tenant aux bancs sur le côté, car l’autobus a déjà repris sa trajectoire. J’ai bien failli me casser la figure en mille miettes, mais je réussis à atteindre le dernier banc libre. Il est au fond, comme d’habitude. Je m’assois, et j’observe avec amusement les traces de briquet « estampillées » dans le cuir du siège d’en avant. Ces mômes, quand ils veulent foutre la merde… Je dépose mon sac sur mes genoux, je m’accote à la fenêtre, comme à mon habitude. La fenêtre est légèrement entrouverte, ce qui laisse passer les gouttes de cette affreuse pluie aller s’écraser sur mon front déjà couvert de sueur. J’essaie de m’ébouriffer les cheveux pour les rendre moins plats, et je réussis avec mes mains agiles à leur redonner une coiffure qui me semblait avoir un minimum de classe.

Un vent froid entre depuis tout à l’heure dans ma « bulle », et ça m’énerve. Je gèle, tout seul, dans mon banc. Je crois comprendre à présent pourquoi personne n’en voulait. Et merde, je tiens mon bout. C’est stupide, mais c’est ma philosophie. Une fois dans la merde, il faut y rester et faire avec. Du moins, jusqu’au prochain arrêt. Je fixe des yeux, à ma gauche, un de ces « casanovas » au cellulaire aux mille contacts (pour la plupart style gente féminine) aux cheveux imbibés de gel, et empestant d’un de ces parfums dits « virils » qui sentent sincèrement le suint, la sueur de vieux garçon. Il est environ dans la vingtaine, il a des dents d’une lactescence évidemment non-naturelle, des chaussures à 200 euros (le rat!) et un manteau de cuir à l’italienne. Il jacasse comme s’il n’avait que ça à faire, sa discussion me donne mal au cœur… « Hé, poupée, ça boume? Ah ouais, LOL (quel gros naze!) t’as raison j’suis genre trop cassé! Ouais, ma bombe, j’t’adore, oui, oui, je t’aime encore (mon œil, salaud!). Ouais, on se revoit demain même heure? Supeeer (je grince des dents… il va me faire gerber, ce con!) ouais je t’embrasse, allez à demain. Bizzzzzou, ma chérie. »

Et dire que ça se croit intelligent. Drôle, très drôle. Hilarant, même.

Puis, le bus s’arrête. Ce n’est pourtant pas encore mon arrêt, bordel, que se passe-t-il, tudieu! « Tudieu! », c’est quand même moche comme expression, vous ne trouvez pas? J’ai toujours eu ce style « expression vieillottes » et din-gue-dingues (vous savez, comme le « Ding Ding » d’une cloche fêlée). Cependant, ça fait rire. Et le rire me garde en santé. Allons, je m’égare encore une fois. La suite, cette-fois. J’attends dans le bus, seul, frigorifié et trempé comme un clochard. Puis, j’entends des pas, des pas délicats, puis j’aperçois un visage. Le tien, Julie. C’est le tien. Je me donne une subtile gifle au visage pour vérifier si je ne rêve pas, et il y a plus de mal que de peur. Tu es bien réelle. Tu t’accroches au poteau de métal, et tu regardes vers l’avant du bus, m’ignorant totalement. Le casanova d’à côté est bien trop occupé à jacasser avec sa boîte à sons, alors pourquoi ne tenterais-je pas de faire quelque bonne impression? Je me racle la gorge, comme si j’allais me tousser un poumon. « Heu, il y a une place, ici… » Tu me regardes, l’air surprise. Ça me déstabilise et je rougis (je rougis à la moindre remarque, c’est comme ça). Et puis, je réalise soudainement mon erreur. Le banc est plein d’eau, la fenêtre est ouverte, et j’ai l’air d’un paumé. D’un rictus malaisé je marmonne quelque chose d’incompréhensible. Je me tourne vers la fenêtre et il s’ensuit d’un furieux combat entre moi et cette satanée fenêtre. Ce fut une humiliante défaite pour l’ex-époustouflant lutteur professionnel Martinator Jr. J’avais beau grogner, jurer et donner de vigoureux coups de poing sur cette dernière, jamais elle n’a cillé. Je baisse les yeux, vaincu. Et puis, tu commence à rire silencieusement, derrière ton sourire d’ange. J’effleure mes cheveux bistrés des doigts en esquissant un rire maladroit relevant plus d’un tic nerveux que d’un sens de l’humour exceptionnel.

(partie II du Chapitre II postée Dimanche. Pour la suite, je suis en train de la composer.)

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
28 octobre 2006 à 16:18:26

Ah... j´adore ce style... pas grand-grand chose à ajouter... bravo, c´est super... juste un ´tit détail :
"Il a son cellulaire dans la main gauche, sa mallette repose sur ses genoux "
-> ah ! cellulaire ! damned ! natel nom de chien ! ça le fait mieux je trouve... (argh... cellulaire... c´est comme le quatre-vingt dix... allergie assurée pour tous tes lecteurs hélvètes :o)) )

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
28 octobre 2006 à 16:32:28

"Elle m’a vu. Elle me hait, j’ai gâché sa journée. Bien fait. "
==>Excellent.

Très bon chapitre orienté comique et foutage de gueule, j´ai adoré. :-) Vivement demain et la suite. :-)

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
29 octobre 2006 à 16:18:00

II-(Inatteignable Étoile)

Je réalise soudain (eh oui, ça en fait des réalisations en quelques instants, non?) comme tu es belle. Tes cheveux d’un brun savoureux, adorable mélange bitumineux et brou de noix, de quoi faire saliver le plus fin gourmet des coiffeurs ou de quoi faire tomber la toque du plus fier des cuistots de ce monde. J’opterais bien pour un délectable mélange « cachou-café-caramel » qui est ma foi toujours à croquer, surtout lorsqu’on te mire en te dévorant du regard. J’ai une fringale, tout à coup, étrangement… J’avais le goût de plonger dans ton regard profondément mordoré, d’effleurer tes lèvres rosacées du bout de mes doigts aux ongles rongés, de caresser ton doux visage délicatement cuivré de mes lèvres asséchées par la solitude. Puis, je réalisai que tu étais d’un autre monde que le mien, que tu étais belle, que j’étais moche, que tu étais une étoile scintillante au milieu d’une montagne de grains de sable, et j’étais l’argile enfouie, écrasée sous le poids de la montagne granuleuse de gentilshommes. Tu étais tout, l’infini, et je n’étais rien que le ridicule zéro d’un quotient « un infini divisé par un rien »; une erreur illogique. Un « nous » n’aurait abouti qu’à une impossibilité mathématique. Autrement dit, mon amour pour toi n’aurait donné qu’un « rien du tout » à la puissance mille à tes yeux. Je me levai, les yeux humectés de honte, et je marchai à pas hargneux vers l’avant du bus, le plus loin de toi possible. Tout était insupportable, tout était renversé, chamboulé, c’était le monde à l’envers. Je devais partir, sinon j’étais voué à une mort par le suicide le plus horrible qui soit. J’avais l’irrésistible envie de me noyer, de m’immoler, de me pendre et de m’exploser en même temps. Je devais partir, car je t’aimais et te détestais à la fois, tout comme je m’aimais et me méprisait paradoxalement. Je ne me retournai pas, car je savais que tu avais déjà pris la place du banc telle une reine siégeant sur son trône, et je ne méritais pas d’avoir tes yeux posés sur ma petitesse d’entité humaine.

***

Retour à la réalité de 2013 (mince, alors!). « Alors, tu vois, Julie, c’est comme ça que je t’ai vue pour la première fois. » J’ai le goût de sangloter, mais je n’en fais rien. J’ai assez pleuré, je dois redevenir le dur mur de pierre que j’étais autrefois. Julie me regarde tendrement… si seulement elle savait à quel point j’adore et je déteste son regard angélique. C’est le paradoxe humain, le facteur de l’impossibilité. Elle m’observe comme une bête étrange, puis elle semble toujours aussi sûre d’elle. Elle ne semble pas surprise, pas même un cillement ne vient perturber ses traits adorables. Elle savait déjà que je l’aimais avant même que je ne commence mon récit. Pour elle, c’est du pareil au même. Elle s’approche discrètement de moi, et elle s’agenouille proche de moi. Puis, les vieux réflexes reviennent. Je me distancie un peu, encore un peu, puis il ne reste que le trou dans le mur dans lequel me cacher. Chacun de ses mouvements… m’obsède. Suis-je un maniaque, ou un fou? Un fou, je l’ai déjà été… Un maniaque? Pas encore, pas encore. Mais ça s’en vient.

J’observe le ciel qui commence à se dégager, et que vois-je? Un mirage? Non, une tache céruléenne qu’un peintre maladroit a laissé traîner sur sa toile d’étain. Et si, et si… et s’il restait une trace d’espoir? Julie, Julie, tu continues de m’observer comme la bête étrange que je suis, je commence à te fasciner, mais il est trop tard… tu m’as déjà infligé tout le mal que le plus cruel des tortionnaires n’aurait pu infliger au plus courageux des prisonniers d’eux-mêmes. Puis, je continue mon récit d’une une voix froide et impersonnelle. Cette expérience est loin de me faire du bien, mais il faut que tu saches… il faut que saches comment tu as pu créer un monstre.

Et crois-moi, Julie, tu le sauras avant que je ne meure.

L-orgue-e-yeux
L-orgue-e-yeux
Niveau 45
29 octobre 2006 à 16:30:01

Trop court ! La suite :bave:
Bon ben c´est toujours aussi excellent, j´aime bien l´amour très mathématique : "et je n’étais rien que le ridicule zéro d’un quotient « un infini divisé par un rien »; une erreur illogique. " -> « un infini divisé par un rien » -> ça donne quelque chose comme l´infini au carré ça ?
Bon ben voilà j´ai pas d´autres remarques plus inteligentes à faire...

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
29 octobre 2006 à 22:22:36

moi j´ai bien aimé la description des cheveux de Julie... cette fille à croquer est à dévorer du regard! Roar! J´ai faim!

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
02 novembre 2006 à 02:58:04

Ceux qui ont aimé Black Hawk Down devraient aimer le prochain chapitre...

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
04 novembre 2006 à 15:05:20

-Chapitre III-
-Quentin Rousseau-
(Another Ghost)

I-Le Convoi

« Place à un style plus militaire, moins émotif, plus drastique. Moins joli, moins platonique, mais empreint de plus de réalisme et étant basé sur des faits et non des sentiments. Une réalité de la guerre, sans artifice, sans passion, sans discours éloquents, et sans éloges à n’en plus finir. Que des hommes, des hommes normaux, des hommes ordinaires. Que des soldats, que des humains, que des personnes que vous auriez pu être à cette époque. Que vous et moi. »

-New Jersey, Entrée du Holland Tunnel-

« [Commandant] Quentin Rousseau à Spearhead [Fer de Lance]. Rousseau à Spearhead.

Sa voix rauque retentissait dans le walkie-talkie de son VBR (Véhicule Blindé à Roues), accompagnée par l’usuel petit « grisssh » qui suivait le moment même où il relâchait le bouton.

-[Lieutenant-Colonel] Niels Grímsson à Rousseau. Spearhead à Rousseau. Qu’y a-t-il ?

Encore le « grichement ». « Agaçant, à la fin ! » pensa-t-il.

-Le convoi est paré à partir. Je répète, tout est en place.

-Reçu 5 sur 5.

… La voix hésite, puis continue son discours peu éloquent.

-Une minute avant le départ. Commandants du Convoi au rapport. »

Plusieurs voix différentes se font entendre dans la radio du véhicule de Quentin Rousseau.

-[Capitaine] Valentin Dray des VAB au rapport.

-[Sergent-Chef] Nasser Duchesne des TC 24 au rapport.

-[Caporal] Hugo Buzinov [TOULON] au rapport.

-[Lieutenant] Simon-Régis Duprat des VBL de queue [CERBÈRE] au rapport.

Puis, c’est son tour. D’un ton professionnel à la Tom Hanks (vous savez, comme dans Il faut Sauver le Soldat Ryan) il affirme haut et fort :

-[Commandant] Quentin Rousseau des VBR de tête au rapport.

-Spearhead au Convoi. Nous partons. Rendez-vous au Point de Chute A. Bonne route.

Puis, l’homme dans la trentaine se remémore mentalement la composition du convoi. En tête, il y a 1 [Panhard] VBL (Véhicules Blindés Légers) qui ouvre la voie répondant au nom de code SPEARHEAD (Fer de Lance). (Lien pour image :
http://www.defense.gouv.fr/sites/terre/decouverte/materiels/vehicules/vbl ) Le chef de SPEARHEAD est le Lieutenant-Colonel Niels Grímsson.

Ensuite, il y a les 2 « VBR » [Panhard] (Véhicules Blindés sur Roues) du Commandant Quentin Rousseau, des véhicules tout-terrains pouvant transporter 9 hommes à la fois qui protègent le convoi qui suit. (Lien pour image
http://www.panhard.fr/francais/VBR/homevbr.php ) Sa section du convoi donnera une bonne puissance de feu au convoi en cas d’attaque, et son rôle est de protéger les VAB suivant la colonne. Le nom de code de Rousseau est [ACHILLE].

Puis viennent les 4 « VAB » [Renault] (Véhicules de l’Avant Blindés) qui transportent les troupes d’assaut qui se chargeront de sécuriser le Point de Chute A. (Lien pour image
http://www.defense.gouv.fr/sites/terre/decouverte/materiels/vehicules/vab ) Ce sont les VAB formeront l’ossature du convoi, la colonne vertébrale qu’il faut à tout prix protéger. Ils ont certes quelques mitrailleuses pour se défendre, mais il faut éviter de les garder immobiles, car ils offrent des cibles faciles pour les RPG (Roquettes Anti-Char Propulseur de Grenades). Il faut garder le convoi en constant mouvement afin de limiter les dégâts en cas d’attaque. Le nom de code des VAB pour cette opération est [SORAT] et le chef de la section est le Capitaine Valentin Dray.

Puis, les 3 « TC 24 » (Camions de Transport de Troupes) suivent les VAB qui les protègeront. (Lien pour image
http://www.panhard.fr/francais/TC/homeTC2.php ) Les TC 24s sont le talon d’Achille du convoi. En effet, ils sont dépourvus de postes défensifs et offrent des cibles faciles pour des éventuels ennemis. Ils sont en fin de colonne pour que le convoi puisse continuer en cas d’ennui. Leur nom de code est [BOXTON] et le chef de section est le Sergent-Chef Nasser Duchesne.

(Pour avoir un aperçu plus global des véhicules Panhard, je vous conseillerais de consulter
http://www.panhard.fr/francais/gamme.php.)

Puis, en queue de convoi, il y a 1 VBR (Nom de code [TOULON]) conduit par le Caporal Hugo Buzinov puis 2 autres VBL (NDC [CERBÈRE]) qui ferment le tout avec le Lieutenant Simon-Régis Duprat au volant. Un total de 13 véhicules. 114 soldats aguerris de la Légion Étrangère et des Forces Armées de France formant le 73e Bataillon des Forces du Corps Expéditionnaire Étranger, Compagnie Écho.

“-[SPEARHEAD] Terminé.
-[ACHILLE] Reçu.
-[SORAT] Reçu.
-[BOXTON] Reçu.
-[TOULON] Reçu.
-[CERBÈRE] Reçu. »

Puis, place à au récit. Assez des formulations à ne plus finir !. Place au conte, place au théâtre, place à ce qui s’est passé !

Le convoi de 13 véhicules avançait tranquillement dans les rues de Manhattan après être sorti du sombre Holland Tunnel. Les roues crissaient doucement sur l’asphalte fendillée, et un silence de mort régnait en maître sur les lieux. Un ciel plombé flottait avec timidité au-dessus du centre-ville, quelques buildings osaient rester debout au milieu des ruines aux mille maux. Quelques charognards voletaient silencieusement, giflés sans cesse par le violent vent de fin de journée. Les quelques arbres roussis de Central Park qui avaient survécu aux bombes étaient bercés par une mystérieuse force éolienne qui les faisait doucement pencher vers le Nord. Les centaines de milliers de fenêtres des bâtiments étaient vides, dénuées de tout visage, de toute trace d’habitation. La plupart étaient craquelées ou tout simplement fracassées par le puissant impact des missiles intercontinentaux. SPEARHEAD avançait tranquillement sur ce qui avait été par le passé la 5ème Avenue, et le Lieutenant-Colonel Grímsson donna un pathétique regard méprisant aux gigantesques bâtiments et aux bannières étoilées américaines qui flottaient comme des fantômes sur les structures déshabillées de toute leur splendeur d’antan. Le Siège de l’ONU s’élevait au loin dans les airs, les vitres rendues à présent fuligineuses grâce à cette damnée poudre relâchée par tout ce qui explose. La haute bâtisse de verre titillait l’épaisse couverture duveteuse de nuages aux mille teints de gris, de blanc et de noir, mais sans se préoccuper du chaos qui régnait en maître autour de lui. La tour semblait ignorer la réalité, siégeant sur son trône en observant le reste de la ville mourir peu à peu. L’eau de l’East river coulait tranquillement à côté, semblant elle aussi obéir à cette « loi du silence précédent un éventuel drame ».

La colonne continua sa route tranquillement, chaque conducteur n’osant à peine appuyer sur l’accélérateur de peur de réveiller leur moteur trop agressif, de peur de troubler ce silence qu’on croyait éternel. C’est dans ces moments qu’on se sent petit, inutile… voire même futile. C’est dans ces moments-là qu’on réalise qu’on n’est qu’un pion parmi la grandeur du monde créé par les hommes. L’Empire State Building est resté intact, comme par miracle. Aucune vitre n’a même été éraflée, comme si les missiles avaient tenté d’épargner ce joyau d’ingénierie, comme si les assaillants avaient eu trop honte de détruire ce symbole d’une Amérique forte, puissante et imposante. Les symboles restent sacrés, et leur destruction ne rend ce même symbole qu’encore plus puissant. C’est ce que beaucoup ont compris le 11 septembre 2001.

Puis, le véhicule de tête s’arrêta brusquement, comme si le chauffeur avait été pris par surprise. Le convoi stoppa et les mitrailleurs postés ouvrirent l’œil. Pourquoi cet arrêt ? Le Lieutenant-Colonel Grímsson n’en revenait pas. Une petite fille, une minuscule petite fille en petite robe bleu pâle, avec des cheveux bouclés d’un délicat blond soyeux. Au milieu des ruines de la 5e Avenue, une petite fille, là, toute seule… Niels ouvrit la portière et mit pied à terre. Il s’avança tranquillement vers la jeune enfant, celle-ci blanche comme un linceul et des cernes violines s’étiraient au-dessous de ses yeux d’un délicat vert céladon. Elle ne bougeait pas, se tenant ainsi immobile devant le monstre métallique qui la menaçait de son grondement empestant le Diesel. Puis, Niels se racla la gorge avant de tenter d’entreprendre une conversation.

« Hem, hem… Who are you, little girl ?

-Je parle aussi français, monsieur, répliqua-t-elle avec un sourire malicieux. Stupéfait, ce dernier continua.

-Où sont tes parents, fillette ?

-Ils sont partis…

-Ils t’ont laissé toute seule ?

-Ils sont morts. »

L’officier d’origine islandaise acquiesça et tenta de prendre une voix plus chaleureuse.

-Tu veux venir avec nous ?

-Ils vont vous tuer…

-Qui, ça ?

-Eux.

-Mais de quoi tu parles ? » La fillette sourit encore une fois, mais garda son secret bien caché. Un étrange scintillement illumina pendant une fraction de seconde les rétines de ses yeux avant qu’elle continue son étrange conversation avec une voix plus enfantine, plus innocente.

-D’accord, je veux bien venir avec vous, monsieur. »

Elle s’accrocha à son index droit comme les enfants aiment bien le faire avec leur père. Niels se sentit réconforté, mais un doute était resté gravé dans sa mémoire. Il parla dans son écouteur logé dans son oreille gauche. « ACHILLE, tu me reçois ? »

-Ouaip ? La voix nonchalante du Commandant Rousseau sembla peu intéressée.

-On vous envoie un civil, trouvez-lui de la place.

-D’ac’. Out. »

La fillette courut vers les camions de transport situés à l’arrière, puis le Lieutenant-Colonel Grímsson remonta dans son véhicule. « SPEARHEAD au convoi. Nous repartons. Terminé. »

Greek_Phalanx
Greek_Phalanx
Niveau 4
04 novembre 2006 à 15:06:52

II- First Action

Puis, il entendit un sifflement. Puis, le sifflement devint plus intense, puis le sifflement se transforma en une formidable explosion. Le VBL explosa dans des gerbes de flammes, ce vacarme assourdissant venant briser d’un marteau de fer la glace fragile du silence qui régnait dans la ville. Quentin écarquilla les yeux, horrifié par un tel spectacle. L’explosion s’étouffa dans l’air, quelques débris enflammés terminant leur vol plané dans les airs. Une mince ligne de fumée qui provenait d’une fenêtre isolée d’un magasin abandonné se dissipa peu à peu, révélant la cachette du sinistre auteur de ce terrible attentat. Quentin beugla des ordres au hasard, puis, les mitrailleurs tirèrent en direction de la fenêtre d’où venait le projectile explosif. Quentin et deux autres soldats accoururent au VBL, un des soldats prit la fillette dans ses bras pour la cacher à l’intérieur du VBR du chef d’ACHILLE (le VBR de Rousseau) alors que le Commandant et son officier subalterne cherchaient frénétiquement les corps de leur chef de convoi. « Les deux d’en arrière sont morts… » conclut le soldat alors que Quentin dégageait le corps de l’officier Islandais de la carcasse carbonisée.

Malgré le vacarme des mitrailleuses et les autres RPG qui sifflaient autour du convoi avant d’aller faire exploser la façade de briques à la droite de la colonne de véhicules blindés, Quentin tenta de garder son calme. Il extirpa le corps du véhicule enflammé, puis tenta de l’amener vers son véhicule en le tirant par le bras. Ne voyant aucune réponse physique de Niels, il décida à employer les grands moyens. Il prit le Lieutenant-Colonel sur son dos puis tenta d’avancer. Puis, des tirs venant de partout vinrent frapper le blindage des véhicules. Les mitrailleurs ripostèrent, mais il fallait que le convoi se mette en route. Quentin prit son supérieur sur ses épaules alors que l’autre soldat aidait l’autre conducteur à se traîner jusqu’au VBR de tête. L’homme titubait, son visage couvert de sang et partiellement brûlé par la déflagration. Les hommes postés dans le VBR se tassèrent pour accueillir les deux blessés, Quentin sauta au volant, referma la porte qui stoppa par un heureux hasard une dizaine de balles qui s’écrasèrent sur le vitrage pare-balles. La vitre fut fendillée de part en part, mais l’important était qu’elle résiste. D’autres balles ricochèrent, puis l’averse grêleuse de plomb s’avéra de plus en plus dangereuse. Un pneu fut percé par les balles, rendant le véhicule légèrement déséquilibré. Quentin décrocha sa radio puis parla à travers la boîte noire. « ACHILLE à Écho. On fout le camp, suivez ACHILLE. SPEARHEAD a explosé. Je répète, SPEARHEAD est fichu. »

Puis, Écho se mit en route, s’éloignant rapidement de la 5ème Avenue et s’engageant sur la 6ème, quittant la Madison Square aussi vite que possible. Les tirs cessèrent pour laisser place au silence si effrayant, et au bruit sinistre et solitaire du convoi qui s’engageait à plein gaz vers le Point de Chute A. On entendait un écho lointain, un vent, un souffle, qu’en sais-je ? Un écho doux et mélodieux, où on avait glissé un rire machiavélique entre deux notes de la partition funèbre.

L’air devint plus lourd, la pression atmosphérique cilla légèrement, puis un éclair déchira le ciel. La pluie. Cette froide maladie qui envahissait tout. Elle revint en force, comme un fardeau qui allait se faire une immense joie d’assaillir sans cesse, inlassablement, perpétuellement les hommes de la Compagnie Écho, comme une peste qui infestait tout ce qui était susceptible d’avoir une quelconque volonté de vivre. Le rire s’estompa pour être remplacé par le vent, le déluge et la peur des hommes. Oui, ils avaient peur.

Et si seulement, si seulement ils savaient…

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