Certains faits ne sont pas historiquement réalistes, nous nous en foutrons complètement.
Rien de plus à dire que bonne lecture.
£njoy (ou pas)
Un matin à Dublin
Je marchais avec insouciance dans les rues de Dublin. Les venelles pavées de gris et les gamins orgueilleux. Le ciel sous mes yeux se parant de nuages cendrés sillonnés de noir. Je gardais la tête haute, fière d´aller chercher le pain pour maman. L´ambiance était si douce et agréable quand que je rêvassais au bord de la Liffey, fleuve merveilleux qui chevauchait la ville et nos espoirs. Nous les habitants du Northside, pauvres et oubliés, nous étions simples jouissant d´un rien. Je me remémore encore les jeux au marché et les querelles à la fontaine sous le regard des passants. La confiserie où nous aimions perdre notre temps à admirer les friandises multicolores devant l´oeil amusé du commerçant. Et les gamins du sud de la ville qui venaient nous narguer dans leurs beaux habits que nous ne portions même pas pour la messe du dimanche. Tout ça est si loin maintenant, je ne peux que me rappeler.
Les années se sont succédées sans grands changements si ce n´est que la guerre nous a marqué. Notre belle ville où naquirent les différents, chacun ses croyances et chacun son plan. Durant tout ce temps, j´ai tenté d´aimer malgré les moments. J´ai rencontré des hommes charmants, d´autres désabusés, mais que je n´ai jamais su oublier. J´ai dansé sous des musiques magnifiques, ennivrés par l´alcool et le parfum de l´été. J´ai vu la beauté du monde dans les yeux de mes amants et l´insouciance dans leurs gestes, la plupart sont morts au combat, appelés à se battre. Je me suis réfugié dans les chapelles et ai prié si longtemps que je n´ai pas vu les années défiler sous mes yeux. Le conflit s´est terminé, mon pays n´a jamais retrouvé la paix et une nouvelle ombre s´est jetée sur nous, le 3 septembre de l´année 1939. Ma patrie a été ravagée et souillée par le sang des innocentes victimes. Je me souviens de tout ça, j´ai pleuré et pleuré encore sans un bras pour me soutenir, une main pour me relever. Les bombes tombaient et détruisaient Dublin, massacraient mes amis, ma famille, je n´avais plus rien. J´ai fui et traversé l´océan accompagné d´un gamin que j´ai fait passer pour mien. Pauvre petit qui n´avait plus de parents, j´avais enfin trouvé du réconfort, quelqu´un sur qui mes pensées pouvaient se reposer. Après un voyage éreintant et des semaines de recherches, j´ai découverte une petite ville tranquille où je pus m´installer. Thetford Mines, près de deux mille habitants, un endroit paisible qui saurait m´accueillir. L´enfant, je l´ai élevé comme le mien et il a reçu tout l´amour d´une mère, mes nuits ont été à ses côtés à soulager ses peines et appaiser ses cauchemars. Son sourire le matin égayait ma journée et faisait mon bonheur, ses premiers jours à l´école parmi les autres enfants et ses craintes une fois devenu adolescent. Je l´ai aimé, il est devenu mon fils et jamais il n´a su pour ses réels parents et il ne le saura jamais.
Aujourd´hui je regarde à la fenêtre de mon vieil appartement, le temps est maussade et je suis empli d´une peine nostalgique. Le ciel gris me ramène à Dublin, celui de mon enfance parmi les calèches et les gamins au marché. La Liffey me manque, j´aimerais tant la revoir une dernière fois. Près de quatre-vingt-dix-huit ans se sont écoulés depuis ma naissance, demain je fêterai mon anniversaire en compagnie de mon fils et de sa femme. Il est temps que je retourne chez moi, respirer l´air humide des venelles et l´arôme enchanteur des cerisiers du parc Vermeil. Le Northside me manque, je jette un dernier regard aux nuages et ferme les yeux.
