Deuxiéme tentative, cette fois-ci en ayant corrigé les fautes de passé simple
Le titre vous paraitra intriguant et fou, mais il l´es moins que le texte, c´est sur
Assez de discussion, voila cette fiction
Enjoy! (oopa)
Aller vers le nord, c’est rechercher les difficultés.
Aller vers le Sud, c’est rechercher l’apaisement.
Aller vers l’ouest, c’est aller vers son futur.
Aller vers l’est, c’est retrouver son passé.
Bernard Werber.
-Bon, alors, tu joues ?
Nord me regarda avec méfiance. C’est vrai que je lui en ai fait, des saloperies, depuis qu’on se connaît.
Sans lui répondre, je jetai un petit coup d’œil au plateau de jeu, une immense sphère bleuté entouré par une aura blanche. Lentement et avec précision, je traçai un cercle dans l’air. La boule se dirigea vers moi, obéissant à un ordre muet et silencieux. Alors que je faisait mine d’observer la planète Terre, je regarda mes adversaires.
Nord me fixait, tendu. Quelques gouttes de sueur perlaient sur son visage. Est et Ouest ne laissaient apparaître aucune émotion. Savaient-ils tous trois ce que j’allais faire ? L’avaient-ils prévu ? Tant pis, je n’avais qu’à tenter.
Mon doigt traça une ellipse dans le vide, et l’Afrique emplit ma vision. Des bruits sauvages retentirent, d’abord le cri des oiseaux, puis le ricanement rauque des hyènes. Mais ce n’était pas cela qui m’intéressait, aussi je me déplaça vers l’ouest. Bientôt j’entendis le bruit sourd des mains qu’on frappait sur les djembés, je sentis l’odeur de la sueur humaine luttant contre les nuées de moustiques et les affres de la maladie. Encore plus loin. Des bidonvilles par milliers, l’odeur des ordure et de la pollution, les embruns de la mer… Là.
Je claquai des doigts, et mes yeux s’ouvrirent sur la ville.
Comme je l’avais prévu, Nord avait bouleversé les choses à Dakar. Partout, des rêves, des envies de s’en sortir, des jeunes jouant au football, des vieux comptant leur argent pour partir en France… Trop de rêve, pas assez de bonheur.
Bien. Il me fallait le faire. Si cela marchait, je touchait gros.
-Apaisement. Je joue vingt millions de Pensées, annonçeais-je.
Silence implacable. Ouest bougea sur sa chaise, nerveux. Nord resta bouche bée dans une expression presque comique. Est resta de marbre.
-Vingt millions pour un apaisement ? murmura finalement Nord. C’est de la folie, Sud !
-Si c’est le cas, pourquoi tu ne suis pas ?
Nord grogna. Evidemment qu’il ne suivrai pas. Vingt millions de pensée était un chiffre énorme, et même si je bluffais (ou du moins il le croyait), il ne connaissait pas les réponse des deux autres.
-Apaisement par rapport à l’avenir, dit Ouest. Et je donne cinq millions.
-Je me couche, continua Nord, anéanti.
Je cachai un sourire de satisfaction. Ouest pensait que j’avais un beau jeu, alors il s’était mis avec moi. Quant à Nord… Chacune de ses défaites m’arrangeait. Je n’avais jamais apprécié mon antagoniste, trop rêveur, recherchant trop les difficultés. Il me donnait du mal, et puis, n’étais-ce pas mon adversaire éternel ? Si cela continuait je gagnerai la manche. Mais il restait la réponse du quatrième joueur…
-Que fais-tu, Orient ? demanda Ouest.
Est prit quelque seconde pour réfléchir, puis dit :
-Je continue. Vingt cinq millions de pensée et je donne sept millions pour voir…
Il me regarda et se permis de faire un petit sourire.
-…Paris.
J’était pétrifié. Dans ses yeux, j’avais vu qu’il savait. Qu’il savait ce que j’avais joué. Mais pourtant, au lieu de choisir Dakar, pour vérifier mon coup, il avait choisi Paris. Pourquoi ? Bluff ou… Logique ?
Ouest lui aussi paraissait troublé. Il avait joué avec moi en enchérissement sur l’apaisement, et il gagnait cinq millions si la victoire était mienne.
-J’accepte dis-je. Envoie les sept millions.
Est eut un sourire satisfait, et prit une trentaine de pièce colorées qu’il me jeta à travers la table. Je compta rapidement la monnaie, puis je mima la prise d’une aiguille prés du plateau de jeu. L’image de Paris sortit de la sphère, et je l’envoya d’une pichenette vers Est qui la saisit et la regarda. Il réfléchit intensément pendant quelque seconde, puis dit :
-Nostalgie, sur trente millions.
Je sursautai, abasourdi. Trente millions ! Et moi qui croyais être gros parieur avec vingt !
-Rêve que tout revienne comme avant, deux millions, grogna Nord, désireux d’avoir en Est un allié de choix.
Ouest me regarda, implorant. Nord se contenta de jeter sur moi un regard teinté de mépris. Est, lui, attendit calmement ma réponse.
Avec une mise pareille, il ne pouvait qu’avoir du jeu, suivant toute logique… Un bien meilleur jeu que moi…
Mais cette partie qui décidait du sort de la Terre ne suivait aucune logique.
-Quarante millions. Je double et je force. Montre ton jeu, Est.
Il y eut un silence de mort. Est ramena la sphère vers lui, et déploya par la force de sa main une multitude de petits filaments qui parcoururent le monde a la vitesse de l’éclair. Puis, il referma son poing, et me fit face.
-Voilà mon jeu, Sud. Bravo.
Il ouvrit sa main. Elle était vide. J’avais gagné la manche.
LES STATISTIQUES EN BREF :
-Un sondage Hypsos (échantillon 3000) vient de révéler les chiffres sur le bonheur des français, à la hausse cette année Plus de 60% d’entre eux s’estiment en effet « heureux », et 50% « prêts à affronter le futur ». La nostalgie, elle, est en baisse avec 10% seulement.
-L’immigration venant du Sénégal est en chute libre. On pense que les nouvelles lois proposé par le président Nicolas Sarkozy en sont la cause.
-L’industrie du foot à de plus en plus de mal à recruter dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Les sociologues pensent que le mythe du footballeur s’est effondré depuis le « coup de boule » de Zinedine Zidane le 9 juillet 2006.
-Le poker est en régression dans les cercles professionnels. Un ancien champion nous à avoué avoir quitté le monde du poker en réfléchissant à une phrase du philosophe américain John Ghoal : « Si c’était dieu qui jouait au poker et qui pariait vos âmes, vous rigoleriez moins. »
JM- Le Monde- 8/01/08
