Bonjour à vous, et merci déjà à ceux qui m´aideront ![]()
Je compte envoyer un texte à un concours de nouvelles fantastiques.
La nouvelle fera au minimum 5 pages, j´en ai une pour l´instant... Je voudrais savoir ce que vous en pensez, si c´est agréable, si je devrais changer certaines tournures de phrases,...
Enfin voilà, tous les avis sont bons
« A vous qui lisez ces quelques lignes, sachez au moins pourquoi elles ont été écrites. J’ai peine à imaginer un monde où je serais passé sans avoir laissé la moindre trace. Garder toute mon existence l’impression de n’avoir pas vécu faute que l’on se souvienne de moi après ma fin m’est agaçante. Est-ce un pur caprice de ma part que de vouloir partager un peu de mes nuits ? Sûrement. Mais ce caprice m’amuse. Et il m’amuse aussi d’imaginer la tête de celui qui lira ce fruit dément. »
Roland de Hamlien
Paris
L’air est frais et la nuit noire, les étoiles lui donnent une délicieuse pénombre. La rue dans laquelle je sors est agitée. Elle l’est toujours. Les passants insouciants défilent devant moi, sans même se douter de ma présence ou de mon existence. Paris. Des millions de gens rassemblés, et tous sont anonymes. Personne ne se connaît. Le passant devant moi ne reconnaîtrait pas son voisin de palier si d’aventures il le croisait. Il faudrait que j’en attrape un à la gorge et que je lui arrache les yeux pour qu’un autre passant remarque qu’il n’est pas seul sur son petit carré de trottoir.
Tout ce monde en est pourtant encore à croire que ce siècle est celui de la communication. Ne sont-ils pas mignons ces naïfs ?
Assez pensé. Il est temps pour moi d’aller festoyer.
Mais je ne me presse pas, je marche parmi tous ces passants, je les bouscule et les provoque du regard, sachant qu’aucun n’osera répondre à ma provocation. Ils sont tous bien trop occupés à courir telles des fourmis dans leurs appartements si exigus, où ils retrouvent un semblant de confort en cette nuit enneigée.
Ils n’aiment pas la nuit. Ils n’en sortent que parce qu’ils y sont obligés, parce qu’il n’ont pas le choix. Ils n’aiment pas l’hiver car les journées y sont raccourcies, et les nuits viennent plus vite.
Je passe devant un restaurant, un de ces restaurants chics dans lesquels seules certaines personnes peuvent se permettre de manger. Un restaurant de riches. Un restaurant de gros. Un savoureux restaurant donnant un peu de lumière dans l’ombre. Tous dégustent, mastiquent, croquent et digèrent sereinement sans penser aux ombres du dehors, à ces autres qui crèvent le vide au ventre. Cet endroit me plait et j’y entre.
L’endroit est bien décoré, de tableaux aux scènes festives, de tables garnies et de goinfres remplis. Les piliers sont décorés de lierre et de fleurs, tandis que l’on entend le Concerto numéro Neuf de Mozart. Quelle joie cela doit être d’apprécier un plat en s’aidant d’un pareil Maitre. J’ai bien fait mon choix. Cette nuit sera la mienne.
Comme toutes les autres.
Je m’assieds à une table et regarde autour de moi. Un serveur, roide, le cou serré par un nœud papillon m’apporte la carte en me souhaitant la bienvenue. Je remarque à ma gauche un jeune couple, silencieux, et la façon qu’ils ont de se regarder m’indique qu’ils ne seront plus ensemble très longtemps. Dommage, ils forment un joli couple.
Lui, les cheveux blonds, la trentaine, une mine avenante, souriant par nature. Elle a les yeux aussi bruns que sa chevelure et porte une robe bleue. Mais elle ne sourit pas. Contrairement à l’adage, les opposés ne semblent pas toujours s’attirer. Ils ne disent pas un mot.
Le serveur revient pour prendre ma commande, je lui réponds le nom d’un de ces plats sophistiqué, de ce restaurant sophistiqué. De toutes façons, je n’en mangerai pas. Je n’ai pas faim ce soir.
Lui parti, je me remets à observer les deux jeunes gens. Ils ne finiront pas la soirée ensemble. Tant mieux, elle me plait.
Mon attente se fait. Je passe un peu de temps à les observer, et la nuit qui s’écoule ne fait que confirmer mon impression. Vingt minutes plus tard, une claque retentit dans le restaurant. Je me contente de sourire, sans me retourner car je sais ce qui vient de se passer. Il lui a glissé un mot à l’oreille, ça ne lui a pas plu. Elle quitte la salle d’un pas rapide, sans un regard pour l’homme qui tente de se cacher derrière son sourire rassurant. Alors qu’elle passe la porte du restaurant, je sais qu’elle ne le reverra jamais.
Jolie histoire, écrite avec attention et sobriété. Le début a une dimension cosmique, moderne et désenchantée. L´histoire du couple qui conclut le récit, (mise en abyme donc), est plus ancrée dans une description mécanique, ciselée, qui fait comparer ces deux personnages, observés par un analyste habitué du mystère humain semble-t-il, à des marionnettes qui jouent un rôle, ici : la scène de la rupture. Cette mise en scène, ce spectacle du banal, du quotidien, est très bien agencée. ^^
Mention spéciale pour le paratexte : la citation (si c´en est une ?) est enivrante ^^.
Merci pour le commentaire ![]()
En fait la "citation" est l´avant propos de Roland, le "je" de l´histoire.
Sinon je suis décu... Le concours est pour ceux qui ont moins de 19ans... et j´en ai 19... Donc je participerai pas, mais je compte bien la finir quand meme ^^
Essaye quand même de l´envoyer ^^. Si tu viens de les avoir...
Oui, ce serait bête de ne pas essayer, d´autant plus que cette fic est assez alléchante. Un personnage principal énigmatique nous promettant un "fruit dément", de très bonnes descriptions et un style fluide très appréciable. En tout cas, j´attends la suite. ![]()
Voici la seconde partie, un peu plus courte.
J´attends toujours vos avis ![]()
Encore merci à ceux qui prendront le temps de me dire ce qu´ils en pensent
Je suis sorti quelques minutes après l’incident. J’ai payé le serveur, malgré le fait que je n’ai rien avalé. J’ai laissé mes pieds me diriger, pendant que je laissais mes yeux se diriger vers les étoiles. Il parait qu’on ne les voit guère à cause de la lumière, mais je les ai toujours vues, chaque nuit. Je les sens vibrer et tonner, cracher le feu et la lumière. Je songe à tout ce que l’on dit sur elles, que chacune est l’âme d’un défunt perdu dans sa route vers le paradis. Je me dis que c’est peut-être vrai, tant il y a eu de vies passées sur terre.
Et pendant ce temps de plénitude passé à regarder l’univers, mon corps continuait d’avancer. Bousculant, jouant des épaules avec les autres passants, mais ne m’en souciant guère. Je ne les provoque plus, je ne leur prête simplement aucune attention. Ils n’ont pas d’importance comparés à ce ciel.
Mes pas m’ont emmené à l’intérieur d’un petit café, dans une ruelle moins éclairée. Il y fait sombre mais propre. Les tables sont mises en demi cercle, et les quelques amateurs d’improvisation regardent les deux jeunes gens jouter sur le thème du jour, une histoire d’œufs volés. Je les regarde un instant et me dis que j’essayerai un jour…
Puis mes yeux se portent vers cette jeune fille aux cheveux bruns, assise seule à une table, un verre de bordeaux dans la main droite. Elle est plus jolie sous la jaune lumière de ce tripot que dans ce luxueux restaurant. Je m’assieds non loin d’elle, seul, et je commande une eau de vie. Une eau de vie pour un corps sans âme. Belle ironie.
Je la regarde fixement, mon regard parcoure son visage et en visite chaque centimètre carré. Elle s’en aperçoit. Nous nous regardons droit dans les yeux. Dans les siens, je peux lire la vie misérable qu’elle a vécue. Je vois les moqueries qu’elle a reçu dans son enfance, je la vois vêtue de haillons, dans le froid et la neige, rentrant chez elle, dans les sombres rues d’un quartier sale, délabré, loin des lumières et des riches demeures du grand Paris. Elle a été gravement malade très jeune, et a causé la ruine de ses parents. Ils n’étaient ni riches ni pauvres, mais se sont retrouvé en bas de l’échelle, à cause d’une simple maladie. Sa courte vie n’avait été que chagrin, jusqu’à ce qu’elle rencontre cet homme, celui du restaurant. Celui là avait été son amour, son amant, son cœur et sa passion pendant presque un an. Il l’avait vue démunie, il avait voulu la protéger. Elle n’avait pas hésité longtemps, lorsqu’elle l’avait vu, d’une fière allure, lui déclarer sa flamme. Elle avait connu les premiers mois un bonheur inconnu jusqu’alors. Mais les choses changent, et les amours passent. Ils ne se parlaient plus, ne savaient plus quoi se dire, et les baisers ne suffisaient plus. Un morne jour, comme bien d’autres depuis des mois, ils avaient décidé de se séparer, de se dire adieu, après un dernier dîner.
Ce dernier dîner qui les avait amené jusqu’à moi, qui les avait brutalement séparé. Ce dîner… Ou peut-être moi.
Tiens pour ceux que ca intéresserait toujours, j´ai fini mon texte, mais il a été complètement réécrit. Bonne lecture *j´espère ^^ *
Nuit, Ruelles et comédie
« Si vous lisez ces quelques lignes… Alors priez pour votre âme, priez pour votre esprit, que vous ne le perdiez, priez de ne jamais vous réveiller entourés de démons hurlants, prêts à vous emmener dans de sombres abysses. Priez pour ne pas sombrer dans la folie, car j’existe, dans toutes les villes j’existe, rien ne m’est inconnu, hormis l’être suprême… »
1. Nuits et Ruelles
La nuit est fraîche, l’hiver approche. Je dis la nuit, mais je devrais dire le soir, il est à peine 19h, les journées sont courtes en novembre. Pas que je les voie, rapport à mon boulot, ça fait quelque temps que j’ai plus vu le soleil… Mais j’aime la lune, à la folie ou passionnément, impossible à dire. Je l’aime quand elle rougeoie, puis devient bleue. Je l’aimerais si elle devenait verte ou rose. Et puis ces nuages, qui semblent flotter au dessus des immeubles remplis de fourmis insignifiantes. Je me demande si elles se savent insignifiantes, si elles savent que leur vie est vouée au néant ou si elles n’en n’ont même pas conscience… Elles n’ont sans doute pas le temps d’en prendre conscience. Levées tôt, parties pour un travail qu’elles n’aiment plus, qu’elles n’ont peut-être jamais aimé. Non je suis presque certain qu’elles n’en ont pas conscience. Et moi dans tout ça ? Moi c’est différent, on a besoin de moi. Rapport à mon job.
Aujourd’hui je fais mon chemin à pied, ça me donne l’occasion de regarder la lune. Les gens que je croise sont ternes comparés à elle, presque sans vie, sans le moindre contact entre eux. Comme dirait l’autre, plus de deux millions d’habitants et personne ne se connaît. Ou plutôt, personne n’a envie de rencontres. Mais je les connais tous, mieux qu’ils ne se connaissent. Un groupe de gamins à la vingtaine qui passe à coté de moi, habillés de Diesel et d’autres marques éphémères. Que se passerait-il si je posais une lame sur la gorge d’un de ces sieurs ? Rien sans aucun doute, le reste partirait en courant. Et si j’essayais ? Après tout, qu’est ce qui m’en empêcherait ? Ils partiraient, abandonnant ma proie dégoulinante de sang sur le pavé pour téléphoner à la police qui ne me retrouverait jamais…
Non, je ne veux pas gâcher cette nuit, le rouge ne coulera pas cette nuit… Cette nuit sera mienne, comme toutes les autres…
Cette liberté, de pouvoir réaliser chacune de mes envies, d’assouvir le moindre de mes fantasmes, sans doute, sans reproche, sans échec, jamais ils ne la connaîtront. Ces insectes n’auront jamais qu’une impression de liberté, qui leur échappera toujours. Leur esprit sera toujours retenu par quelque chose, un enfant, une voiture, une bière, 100 grammes de hash,… Alors que le mien est un aigle qui voit de très haut cette grande foule, qui coule dans la ruelle où je me trouve, pareille à l’Amazone, une sorte de géant tranquille qui ne semble jamais s’arrêter.
Et lorsque je la vois, le temps semble ralentir. Sourire aux lèvres. Pincé. Pas réel, pas voulu. Elle ne veut pas être là mais y est obligée, sans doute rapport à son boulot. Ses yeux ont l’air absent, eux aussi la trahissent, de même que ses mains qu’elle ne sait où mettre, croisant et décroisant ses bras, pianotant sur son sac avec ses mains gantées. Son écharpe d’un ton bleu clair flotte dans le vent, harmonieusement, alors qu’elle garde attachés ses cheveux pourtant coupés courts.
Lui, je ne le vois que plus tard, sûr de lui, l’air assuré et le regard perçant. Insignifiant. Négligeable, il ne compte pas.
Mais si le monde peut parfois diminuer son allure, il ne s’arrête pas pour autant. Je me décide à les suivre au moment où ils s’apprêtent à entrer dans une espèce de café-théâtre, où l’improvisation est monnaie courante. J’y commande une eau-de-vie alors que ce semblant de couple s’assoit près de la scène, où des comédiens joutent sur un thème tiré au sort ; il me semble qu’il s’agit d’une histoire d’œufs volés.
- … Je suis sûr que c’est cette tête d’œuf qui les a ! …
C’est un de ces soirs où ils ne sont pas en forme, les piques viennent difficilement et les passages vides sont nombreux. De toute façon, les comédiens ne m’intéressent pas, et ils ne semblent pas intéresser le couple non plus.
2. Comédie
Je la regarde, m’imprègne de son image, de ses yeux bruns teintés d’orange sous cette lumière trop vive, de son visage trop carré pour être parfait, et je me dis que cette imperfection lui va bien mieux qu’un visage plus lisse. Et il en va de même pour ses vêtements, dont le bleu de l’écharpe contraste avec le brun de son pantalon et le noir de son chandail. Quant à son parfum… Je n’y détecte ni piquante rose ni musc, plutôt un subtil mélange de miel sucré et de frais printemps, sans doute le fruit d’un des plus méconnus et des plus grands nez que la terre ait enfanté.
La conversation entre elle et son… interlocuteur est loin de lui être agréable. Lui est un homme d’affaire étranger en visite pour une industrie pharmaceutique, qui cherche, comme beaucoup, un remède à l’épidémie de VIH, et cet homme est là pour voir si ces recherches sont rentables, mènent à quelque chose, et si elles valent le coup d’être entreprises. Autant dire qu’il fait la pluie et le beau temps, selon que son rapport sera ou non positif, et elle, on lui a donné pour instruction de faire en sorte que son séjour se passe pour le mieux, quitte à faire partie elle aussi du menu... Ils parlent, elle défend vaillamment ceux pour qui elle travaille, contre lui qui ne cesse de la mettre à l’épreuve. Elle lui parle de ceux qui meurent, de toute cette portion de l’Afrique qui est atteinte, et qui augmente, elle lui parle de ces gens qu’elle et son équipe veulent sauver. Lui parle de chiffres, de rentabilité, de profit,… en un mot de « Combien ? ». Combien il leur faut pour continuer leurs recherches, et surtout son esprit réfléchit à combien il peut évaluer les gains… Alors elle lui parle des progrès qu’ils réalisent, de cette nouvelle bactérie qu’ils ont identifiée et qui leur permettrait de mieux comprendre le virus, et de, peut-être, finir par trouver un vaccin. Mais lui reparle de chiffres, parce que ceux d’en haut ne veulent que des résultats lucratifs.
Et la conversation se poursuit, alors que les comédiens improvisent – mal. Et je reste là à la regarder, elle et elle seule.
« Je vous sers quelque chose d’autre ? » me dit le barman en voyant mon verre vide « Si vous avez aimé la prune là, j’ai une autre bouteille, un peu plus corsée. »
D’un hochement de tête, je lui réponds que oui, et me retrouve avec un petit verre rempli à ras bord, qui se retrouve vide quelques secondes plus tard. Le barman avait raison, jamais je ne me suis senti plus vivant qu’en ce moment et, quand je le prie de m’en resservir un, il a l’air sincèrement étonné.
- D’habitude, les gars à qui je sers ce truc me le recrachent aussitôt, même les plus habitués, à croire que vous êtes fait en acier !
- Disons que j’ai l’habitude des fortes sensations… Alors, il vient ce deuxième verre ? »
Il me regarde bizarrement pendant un moment, et finit par remplir mon verre.
Lui parti, je me remets à observer mon couple favori, dont la conversation devient de plus en plus animée, à un point tel que certaines têtes se tournent vers eux, délaissant les comédiens. Il semblerait qu’elle et son équipe voudraient développer un programme d’aide humanitaire parallèle à leur recherche, au Soudan je crois, pour essayer d’enrayer une épidémie qui y sévit, alors que lui s’y refuse. Pas assez rentable. Rapport à son boulot j’imagine, on lui demande de faire en sorte que l’industrie fasse du bénéfice, et il sait bien que la population locale n’a pas assez d’argent pour les payer, et quant à compter sur une aide gouvernementale… Eh bien il sait qu’il pourrait attendre dix ans avant d’obtenir la moindre réponse s’il écrivait aujourd’hui sa demande. Mais elle sait que l’industrie a les moyens de se lancer dans cette opération, et cet homme en face de lui qui lui parait sans cœur… Et plus la conversation avance, plus le ton monte, et plus le ton monte, plus les têtes se tournent vers eux, et plus le ton monte, plus elle perd du terrain, et plus son sourire à lui grandit. On aurait sans peine pu les imaginer au XVIIIe siècle, joutant dans un duel sans merci, usant de feintes, de parades et de bottes… Avec leurs mots pour épée. À côté d’eux, on aurait pu voir une foule de badauds attirés par l’action.
Mais alors que leur duel fait rage, qu’elle reprend l’avantage, que ses phrases font mouche et que ses piques touchent, lui faisant perdre ses moyens, il se montre lâche en lui donnant un coup, de la main droite sur la joue.
Les négociations sont terminées.
Les comédiens cessent de jouer. Ceux qui les regardaient tournent lentement la tête. Je sais ce qu’elle va faire. La joue droite en feu, elle se lève, prend son sac ne lui adressant qu’un regard, meurtrier, et s’en va au dehors, tandis que personne ne bouge à l’intérieur, ni pour la consoler, ni pour le corriger. Personne ne fait rien, et les comédiens recommencent leur fastidieux babillage.
D’un trait je vide mon verre, le pose sur le comptoir, adresse un tout dernier regard à ce monsieur si lâche, et m’en vais moi aussi.
3. Nuit
Elle a traversé au coin de la rue, je le sens, je capte son odeur parmi les autres effluves de la rue, je la sens parmi les eaux de Cologne, les parfums et les gaz d’échappements. Elle se déplace d’un pas rapide, sans savoir où elle va, je le sais. La ruelle qu’elle emprunte est sombre, il n’y a que quelques voitures sur le côté et les faibles lampadaires n’éclairent ses pas que sur quelques mètres seulement. Dans quelques minutes, elle se dira qu’elle veut rentrer chez elle, et essayera de trouver un taxi ou, au moins, une bouche de métro qui l’amènerait près de chez elle. Pour l’instant, elle ne pense qu’à s’éloigner de l’homme sans cœur qui la dégoûte. Ce n’est pas tant la gifle infligée qui la fait haïr cet homme, mais son air suffisant et son absence d’émotion. Elle a raison, il n’a pas à se prendre pour le maître du monde. Ca, c’est mon rôle.
Elle ne m’entend pas ne voit mon ombre au sol qui se rapproche. Je la suis de plus en plus près, lentement, et lorsque j’arrive à sa hauteur, il fait totalement noir, nul réverbère ne venant éclairer cette portion de trottoir. Je lui attrape délicatement les épaules. Elle s’arrête. Elle sait qui je suis, elle l’a su dès que je l’ai touchée. Elle ne m’a pas vu, mais elle sait à quoi je ressemble, elle ne sait rien mais elle sait tout de moi, comme je sais tout d’elle, par ce simple contact. Par ce simple contact, je lui donne le choix de me suivre ou de me quitter, d’être ma compagne et ma semblable, ou de continuer sa vie, comme si elle ne m’avait jamais rencontré. Mais le contact ne dure pas, cette osmose sera appelée à disparaître dès que je la lâcherai. Il lui faut choisir, il lui faut me dire silencieusement son choix… Elle se tourne vers moi, me fixe de ses yeux bruns où se lisent peur et fascination, j’ai ma réponse.
Je me penche vers elle et pose mes lèvres sur les siennes, puis lui penche la tête pour atteindre son cou. Mes deux canines s’enfoncent tendrement dans sa gorge, faisant jaillir un filet de sang dans lequel je m’abreuve un court instant – si court, si agréable, ce voluptueux instant, où je sens la vie entrer, comme un torrent, si court instant… C’est à regret que je quitte sa gorge, comme toujours… Car l’instant qui suivra me sera bien moins agréable. Je répugne à le faire, mais elle n’attend que ça, affaiblie de son manque de sang. Je pose alors mon ongle sur la veine de mon poignet et l’entaille, et elle commence alors à tirer un peu de vie hors de moi, un peu et tant à la fois, car la vigueur que j’avais quelques secondes avant me semble bien partie. Durant ces instants, c’est l’impression d’avoir une énorme sangsue posée sur mon bras que je ressens. Je n’ai pas besoin de lui dire d’arrêter, car elle le fait instinctivement, me préservant. Elle m’étonne, et je sens que ça ne sera pas la dernière fois… Et à présent, le lien qui nous unit est devenu ferme, et ne disparaîtra jamais, sorte de mariage funèbre, de deux spectres, l’un vieux et l’autre jeune, deux maîtres de la nuit, deux chauves souris à la chasse aux insectes. Elle sait qu’il lui faudra trouver de quoi se nourrir cette nuit, que le sang qu’elle m’a pris n’est pas suffisant, et je lis dans ses yeux une froide détermination. Elle fera payer l’humiliation à l’homme sans cœur, par une lente et douloureuse agonie…
Note : Que vous sachiez au moins le pourquoi de ces lignes… Qui semblent n’avoir nulle raison d’être. Sachez que j’ai peine à imaginer un monde où je serais passé sans avoir laissé la moindre trace. Garder toute mon existence l’impression de n’avoir pas vécu faute que l’on se souvienne de moi après ma fin m’est agaçante. Est-ce pur caprice de ma part que de vouloir partager un peu de mes nuits ? Certainement. Car ma vie n’est plus que caprices, si compliqués soient ils.
Roland de Hamlien
Petit up au cas où quelqu´un voudrait faire un commentaire...