Un texte comme ça et comme les autres, tout en ne l´étant pas. C´est la vie, ce sont les pleurs nazis. Merci à Soul et à ce bon vieux Beethoven.
Moonlight Sonata.
£njoy (ou pas) ¤
Les pleurs nazis
Je ne suis plus sorti de chez moi depuis si longtemps. Ce matin, je me suis approché de la fenêtre, chose que jamais je n´aurais osé faire auparavant. Les ruines entourent ma maison, les rues et immeubles de ce riche quartier sont dévastés. Tout est gris, triste et morne, il n´y a plus de rires dans les rues de Minsk. Je m´assieds sur un tabouret près des carreaux, père nous amenait souvent au marché par l´avenue que je vois face à moi. Il ne reste plus qu´un amas de gravier, du métal et des résidus de cadavres calcinés. J´aimerais tant que tout redevienne comme avant ! Mes mains glissent sur les touches du piano. Une à une, elles s´enfoncent doucement, de légers sons en résultent, une mélodie naîtra bientôt. Les notes s´enchaînent et laissent la place aux accords plus complexes. Un air de souvenirs malheureux s´en dégage, l´ironie de ma situation, la mort de mes proches. Je n´ai plus que cette paisible musique nostalgique. Je jouais cette pièce emplie d´émotions chaque soir à mon aimante soeurette, férue de mille plaisirs harmonieux. Le visage impassible, elle écoutait paisiblement sans émettre un son jusqu´à ce que j´eusse terminé. Elle a disparu, elle aussi, je suis le dernier. J´ai survécu, je mange des rats pour déjeuner et dîner ! Il n´y a plus qu´eux dans la ville, mes seuls compagnons et je les dévore sans scrupule !
Le vent siffle à la fenêtre mal fermée, il s´introduit et m´insuffle cet air mélancolique. Mes doigts s´effondrent, je n´ai plus la force de jouer, mais je continue. J´entends les chars au loin, ils rasent la ville. Ils sont maintenant sur mon quartier, à moins de quelques maisons d´ici. Le manoir Chanteclair va y passer et moi avec lui. Je ne veux plus me battre, et ne peux plus fuir. J´offre cet hymne aux nazis, ceux qui m´auront tout pris. Fiers soldats gris, vêtus de honte et de gloire, vous m´avez changé. À l´horizon, s´élève un nuage de fumée, des centaines de corps sont brûlés. Ils font le grand ménage, il n´y aura plus de Minsk, plus de rues, de places, de venelles et de rires. Tout sera gris et enterré, la nature en prendra possession. J´entends des coups de feu, mes compatriotes qui tombent sous les balles, bientôt ce sera mon tour. Je ne peux que jouer ! Et encore jouer ! Attendre la fin sous les notes de cette mélodie salvatrice, oeuvre oubliée.
Les chars se rapprochent, ils ont stoppé leur manège devant chez moi. Un manoir, que d´aubaines non encore pillées ! Malchance, les portes sont verrouillées, je m´en suis assuré, un simple tour pour faire durer mon calvaire. Ils essaient de défoncer, ils y parviendront. Mes mains accélèrent la cadence malgré la douleur, je ne veux pas entendre leurs pas ! Une larme coule lentement le long de ma joue, ma dernière symphonie sera pour mes ennemis ! Des coups de feu ! Ils ont fait sauter le verrou, et entrent dans la cuisine, les casseroles et meubles s´écroulent derrière eux. Les murs craquent, une ombre marche dans l´avenue face à la fenêtre. Elle m´indique que je la suivrai bientôt. Les soldats montent à l´étage, ils m´ont entendu, des voix intriguées voilà mon dernier public. Ils tentent d´entrer et bien vite, les balles détruisent mon dernier rempart ! Les pauvres s´arrêtent nets! Un homme vêtu de haillons, la barbe longue joue devant eux sans leur porter attention. Ils me crient d´arrêter ! Je ne joue que plus fort ! Les fusils se braquent et les premières cartouches se vident sur moi ! Je joue et joue malgré mon sang qui encrasse les touches ! Mes forces me perdent et je tombe à la renverse. Les rires montent, mais la mélodie les étouffe, je suis seul à l´entendre. Mon sang s´étend sur le parquet tandis que je pense à ma petite soeur, écoutant cette musique.
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Beau texte, bien mené jusqu´au bout, très réussi. On quitte ici le style alambiqué incompréhensible pour un style clair, épuré, émotionnel. Très certainement un des meilleurs textes que j´ai lus de toi, le meilleur peut-être même. Chapeau bas. ![]()
Un texte d´une formidable efficacité. Intense. Profond. Sobre et riche. L´écriture est construite comme l´acte final d´un opéra moderne et tragique, orchestré avec intimisme et grandiose noblesse. L´une de tes plus belles compositions, Yohan.
Le motif du sang comme élément d´esthétique, très matériel, se mélangeant à l´immatérialité si particulière du son musical restera la plus belle trouvaille et l´apothéose même du récit. La mort grouille tandis que la symphonie, et avec elle la vie, tente de lutter, de résister, non par masochisme, mais par expression d´une liberté. Quand la rythmique des mitraillettes entre en duo avec celle d´un piano en résistance, c´est le sublime qui est approché. Approché de si près qu´on manquerait presque de mots et... de notes, pour restituer avec assez de justesse et de nuances, la foule des impressions sensibles qui se bousculent pendant et bien après la lecture de ce diamant brut et sombre comme la haine lorsqu´elle se lie charnellement avec l´espoir.
C´est beau, c´est magnifique, et c´est le signe d´une évolution formidable. Une perle de plus. Bravo, vraiment bravo !
Beau, très beau. J´aimerais bien avoir la moitié du tiers de votre talent, cher Yohan. Cependant, mon manque d´érudition ne fait que trop gêner votre talent. Style recherché et très esthétique, sans pour autant rendre le texte lourd et pompeux.
Encore une fois, excellencitude délectable votre texte ne pourra que rester à mes humbles yeux. Le scénario me fait étrangement penser au film "Le Pianiste" (excellent film en passant), mais la fin reste différente. Continuez de nous impressioner, cher maître de la plume!
Peut-être est-ce dû à je ne sais quel état d´esprit qui est actuellement mien, une humeur particulière. ou pas. Mais je n´ai que peu apprécié ce texte. Je n´ai pas ressenti ses sentiments, je n´ai pas trouvé le style mirobollant (ne nous y trompons pas, il est bon, mais j´entend par là que ce n´est pas un atout assez puissant pourt contrecarrer mon manque d´intéret pour le reste). Trop rapide, peut-être. Je suis dubitatif, car j´ai l´impression que cette qualité médiocre est plus de mon fait que du tiens... Je relirai ça un autre jour, pour voir.
En fait je le ferai pas, mais bon.
Pas mal z´avoue ^^
Mais j´ai pas r´ssenti autant qu´Carnavale ^^
´Tet pasque j´étais pas dans l´contexte =)
Bravo m´sieur ![]()
Ce que j´aime, c´est que mon style provoque toujours des réactions souvent aux opposés. Soit on aime soit on déteste, c´est plutôt amusant au final.
Pour les "éloges", c´est très gentil, je suis touché, vous avez écouté ce texte en même temps que Moonlight Sonata ? C´est ce qui donne l´ambiance. ^^
Pour Vagalame alias AshNruins, merci de ta lecture, mais je sais que mon style d´écrit ne t´a jamais accroché. Cependant, je suis très content que tu ais lu, ce qui est rare en ce qui concerne mes texte venant de toi.
Merci à tout le monde, vos lectures et appréciations ne font que m´encourager.
Excellent texte !! Rien d´autre à dire... ![]()
C´est très bien, quoiqu´un peu similaire, bizzarement, au film "le pianiste"
(pas pour la seule raison qu´il joue du pinao, hein!
Ceux qui ont vu le film me comprendront
)
Bravo, tout de même, un bon texte, j´ai préféré tout de même largement ton texte sur l´hiver, je ne me souviens plus le nom
Voila ![]()
Oui il y a en effet un clin d´oeil au pianiste dans ce texte. Un excellent film d´ailleurs. Mais l´allusion ne se fait que pour l´allure du personnage pour ma part.
Et merci de votre lecture, je vous ne suis reconnaissant à tous les deux. Et le texte sur l´hiver se nommait "l´hiver". lol
Up
Merci beaucoup Razac (avec plusieurs jours de retard).
Ah oui ! Et up !
up ! ^^
---> Greek_Phalanx ----> Angel :ça ressemble au pianiste, en effet...
---> Yohan Kiefa...
Ce texte ci m´a intéressé. Non pas parce que je suis un fan de la 2e Guerre Mondiale, mais surtout par la musicalité de tout ça... J´ai bien aimé, en gros...
C´est vraiment beau, la musique et la guerre en symbiose parfaite, j´en ai eu des frissons !
Je vous remercie pour les comms, ça fait toujours plaisir de voir que nos écrits sont appréciés. Merci encore et au prochain texte ! ^^
Très beau texte. Ni trop long, ni trop court, ça se lit comme un soupir, comme une pensée, comme une plainte, le tout agrémenté de la magie musicale... J´adore.
Moi ce texte m´a fait penser à la Liste de Schindler, il y a un passage exactement comme ça, un réfugié du ghetto de Varsovie qui voit les nazis monter et qui, se sachant condamné, se met à jouer une dernière fois sa symphonie aux nazis, avant de se faire canarder.
J´ai lu.
Le début m´a malheureusement semblé un peu... Lourd. Il y a des phrases un peu trop longues, parfois trop alambiqué, tu aurais du les raccourcir un peu, je pense. maintenant, peut-être qu´ainsi ça reste en osmose avec moonlight Sonata, je n´en sais rien.
En revanche, la fin m´a fait chavirer. Le film de l´histoire s´est déroulé, magifiques, de superbes images me sont apparu alors que je lisais, une ville en cendre, grise ,et un homme qui joue du piano... Avec la musique qui revient sans qu´on y prenne garde dans notre mémoire, le piano qui retentit... Bref, génial.
Je préfére largement ça que tes textes almbiqués, tout de même. j´attend donc un autre texte dans le même genre ![]()
Deux nouveaux lecteurs, et moi qui m´attendais à voir ce texte couler à nouveau. Ô Joie ! ^^
Donc merci Mutako et Neg´, très content que vous ayez apprécié et que ce court écrit vous ait touché. ^^
Scène du piano dans la Liste de Schindler ? C´est pas la première fois que l´on fait allusion à ce film face aux pleurs nazis, mais je ne me rappelle pas du tout de cette scène.^^
Pour ma part j´ai aimé ton texte, mon coeur battait la chamade par moment. Moi qui n´est pas un émotif, je te félicite sincerement, c´est bien écrit, c´est riche, somptueux et... délectable! Comme du chocolat
. (wow quelle finale)