Au Canada, les jeunes ont souvent le mot « poche » à la bouche. On les entend dire qu’un cours est poche, qu’ils ont des professeurs poches, qu’ils se sentent poches, que leur poche de lavage est pleine ou qu’ils ont horreur que quelqu’un les suive comme un chien de poche.
Difficile pour les étudiants francophones d’un autre pays de comprendre ce que veulent dire les jeunes d’ici, puisque, pour eux, une poche, dans la langue de tous les jours, c’est surtout une partie de vêtement où on peut mettre les objets qu’on porte sur soi. Chez nous, le mot « poche » s’emploie fréquemment pour désigner un sac de toute taille. On parle ainsi d’une poche de thé, d’une poche de patates, d’une poche de farine, d’une poche de lavage, d’une poche de hockey, de la poche du père Noël. En France, on parle d’un sachet de thé, d’un sac de patates, d’un sac de farine, d’un sac à linge sale et le père Noël apporte les jouets dans sa hotte.
Comme nom ou comme adjectif, le mot « poche » désigne aussi chez nous, dans la langue familière, un élève paresseux ou nul. On parle ainsi des poches de la classe plutôt que des cancres de la classe. Être poche veut dire être nul ou mauvais : un élève est poche à l’école ou encore poche en mathématiques. Quand un Canadien dit qu’il se sent poche, il veut dire qu’il se trouve mauvais, bête ou nul. Quant au verbe pocher, il signifie au Canada rater (quelque chose) ou échouer (à quelque chose). Ainsi il n’est pas rare d’entendre un étudiant dire : « J’ai poché mon examen. »
Le mot « poche » entre également dans plusieurs expressions figurées propres au Canada. Quand une personne répond à une autre : « Une folle dans une poche! », elle veut dire « Tu me prends pour une imbécile? »; le dicton au plus fort la poche signifie que les plus forts l’emportent sur les plus faibles; au Canada, avoir quelqu’un dans sa poche, c’est être capable de lui faire faire ce qu’on veut et non, comme en France, l’avoir de son côté; quand on dit d’un enfant que c’est un vrai chien de poche, c’est qu’il veut suivre ses parents partout; et quand on traite une femme de Marie-quatre-poches, c’est lui dire, sans prendre de gants, qu’elle est mal habillée ou désordonnée.
Comme on le constate, le mot « poche » et ses dérivés ont des usages bien particuliers au Canada. Évidemment, nous partageons avec les autres communautés francophones beaucoup d’emplois du mot « poche ». Chez nous aussi les étudiants ont des pantalons qui ont des poches un peu partout et ils ont des poches sous les yeux en raison de nombreuses nuits blanches. Ils manquent aussi d’argent de poche et, dans leurs sacs, ils transportent livres, calculatrices et ordinateurs de poche. Comme les étudiants de partout ailleurs, ils se retrouveront un jour diplôme en poche, mais sans un sou en poche. Ils espèrent donc qu’à la fin de leurs études il y aura, comme on le dit au Canada, des emplois à la pochetée, c’est-àdire en grande quantité. Mais ça, ce n’est pas dans la poche!
on en apprends tous les jours^^