On peut à priori considérer l'état de liberté comme celui où l'individu n'aurait pas à subir la moindre contrainte sur ses actions, ses pensées à l'exception de son seul libre-arbitre.
Mais la présence de ce choix libre n'impliquerait-elle pas une contrainte portée sur la liberté du sujet (philosophique)? En effet, peut-on prétendre être affranchi de toute obligation, en étant malgré cela tributaire de cette conscience de l'acte, qui en la posant comme condition nécessaire à la liberté, contredit notre première affirmation?
Ce constat porte à rendre caduque notre questionnement.
Pour tenter d'aborder ce paradoxe, nous nous pencherons sur la manière dont cette définition de la liberté porte à contredire l'existence de celle-ci, pour ensuite examiner et déterminer les modalités d'existence d'une conscience d'acte et si sa réalité peut-être remise en question.
Notre définition commune de la liberté est celle où l'individu se trouve parfaitement au fait des conséquences, et seul instigateur de son acte, dont la fin et le moyen ne seraient régis que par sa propre volonté. Cette définition prétendante à la valeur d'axiome, présente pourtant quelques faiblesses facilement illustrables par l'exemple courant. Prenons le cas du détenu relâché de prison, l'on dit qu'il recouvre ainsi sa "liberté". Dans l'hypothèse d'une société honnête, son nouveau statut ne correspond pourtant pas à notre description, certes, l'homme retrouve sa liberté de circulation, il n'est pas pour autant exempté des lois propres à sa société, qui d'une certaine manière entravent sa liberté, et qui justement, ont bel et bien entravé la sienne, celle de commettre un délit sans condamnation. L'exemple indique ici la nécessaire précision dans l'utilisation du terme de liberté, il montre la présence d'une relativité, et donc d'une forme de gradation dans sa caractérisation.
Être considéré comme libre dépendrait donc de nombreuses circonstances, comme le milieu sociétal, l'âge de l'individu, et de nombreux autres paramètres dont les exemples ne manquent pas.
Cette analyse reflète encore davantage la contradiction soulevée par le sujet, de nombreuses conditions pourraient être nécessaires pour prétendre au titre d'être libre.
En admettant la possibilité d'une liberté dans laquelle serait contenue la condition de la conscience de l'acte, est-il seulement envisageable d'être parfaitement conscient de ce que l'on fait?
En effet, l'expérience la plus banale de la vie tend à montrer que nous sommes effectivement dotés d'un pouvoir de choix extrêmement large, rien ne m'empêche de me décider à réaliser quelconque idée, à la condition qu'elle soit réalisable et n'enfreigne pas la liberté d'autrui. Malgré tout, est-ce suffisant pour qualifier ce pouvoir de libre-arbitre ? Sommes-nous maîtres de nos désirs?
Les théories de Sigmund Freud favoriseraient la réponse négative, du fait de l'existence des structures inconscientes du ça, du surmoi et du moi, la psychanalyse répondrait ainsi que ces désirs ne sont que le fruit de constantes répulsions et pulsions sur l'organe du moi, dont la seule manière d'équilibrer ces échanges serait de fournir un désir propre à équilibrer ces situations, en accord avec la réalité, les poussées destructrices du ça, et les influences des acquis culturels et sociétaux que le surmoi impose
Par conséquent, si l'inconscient n'est pas accessible à la conscience, et si de plus, la quasi totalité de nos désirs reposent sur ces troubles de l'inconscient, nous ne pouvons effectivement plus parler de véritable libre-arbitre et nous pourrions donc tirer un trait sur cette hypothèse.
Si la liberté existe chez l'individu, elle ne répondrait donc pas aux définitions communément admises si l'on tient pour réels les fondements de la psychanalyse.