Alors pourquoi augmenter encore le prix ?
Il est de plus en plus évident que la récente bulle spéculative pétrolière, devenue asymptotique depuis janvier, est sur le point d’éclater.
À la fin du mois dernier, à Dallas au Texas, l'American Association of Petroleum Geologists a tenu sa conférence annuelle en présence de tous les principaux cadres et géologues. Selon un participant, les bien informés directeurs généraux de l’industrie pétrolière sont arrivés à un consensus sur le fait que « le prix du pétrole chutera bientôt de façon spectaculaire et que l’augmentation à long terme concernera le prix du gaz naturel. »
Juste quelques jours avant, Lehman Brothers, une banque d'investissement de Wall Street a dit que la bulle du prix pétrolier touche à sa fin. Michael Waldron, le chef stratège pétrolier de la banque, a été cité, le 24 avril dans le Daily Telegraph de Grande-Bretagne, disant : « L’offre pétrolière dépasse la croissance de la demande. Des inventaires sont faits depuis le début de l'année. »
Aux États-Unis, les stocks de pétrole ont augmenté de près de 12 millions de barils en avril. Selon le rapport mensuel de l'inventaire du 7 mai de l’EIA, ils sont en hausse de près de 33 millions de barils depuis janvier. Au même moment, le rapport du 7 mai de MasterCard montre que la demande en essence a diminué de 5,8%. Et les raffineurs sont en train de réduire considérablement leur cadence de raffinage pour s'adapter à la baisse de la demande. Ils tournent actuellement à 85% de leur capacité, par rapport aux 89% d’il y a un an, dans une saison où la production est normalement de 95%. Les raffineurs sont manifestement aujourd'hui en train d’essayer de tirer vers le bas l’offre des ressources en essence pour augmenter son prix. « C’est l’économie, idiot, » pour paraphraser l'infâme raillerie de Bill Clinton à papa Bush lors des élections de 1992. Ça s'appelle la récession économique.
Le rapport du 8 mai de Oil Movements, une société britannique, qui suit les expéditions pétrolières dans monde entier, montre que le transit pétrolier en haute mer est aussi très important. Presque toutes les sortes d'expéditions marchent plus fort qu’il y a un an. Le rapport note que, « En Occident, une grande part des stocks pétroliers faits cette année sont arrivés de l’étranger en catimini. » Certains initiés disent que les activités et les stocks des quatre grands de l’industrie pétrolière mondiale, l'état réel des tankers, du stockage et des chargements, est l’industrie la plus secrète du monde, sans compter peut-être celle du commerce des stupéfiants.
Goldman Sachs de nouveau au milieu
Aujourd'hui, le prix du pétrole, contrairement à il y a vingt ans, est déterminé à huis clos dans les chambres de commerce d’institutions financières géantes comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase, Citigroup, Deutsche Bank ou UBS. Dans ce jeu, l'échangeur clef est le London ICE Futures Exchange (autrefois International Petroleum Exchange). ICE Futures est une filiale possédée intégralement par Atlanta Georgia International Commodities Exchange. ICE d’Atlanta a été fondée en partie par Goldman Sachs, qui dirige aussi l’indice des prix des matières premières les plus utilisées dans le monde, le GSCI, qui est surpondéré au prix du pétrole.
Comme je l'ai indiqué dans mon précédent article, (Peut-être que 60% du prix du pétrole d’aujourd’hui est une pure spéculation), l'ICE a récemment fait l’objet d'une enquête du Congrès. Elle a été citée la fois dans le rapport du personnel du Sous-Comité permanent sur les enquêtes du Sénat du 27 juin 2006, et dans l’audition du Comité sur l'Énergie & le Commerce de la Chambre en décembre 2007, qui ont examiné la négociation à terme non réglementée en matière d'énergie. Les deux études ont conclu que la montée du prix de l'énergie à 128 dollars, et peut-être au-delà, est pilotée par la valeur en milliards de dollars des contrats à terme sur le pétrole et le gaz naturel placés sur les ICE. Grâce à une dérogation opportune sur le règlement, accordée par l'administration Bush en janvier 2006, le négoce de l’énergie étasunienne en ICE Futures n'est plus contrôlé par la Commodities Futures Trading Commission (CFTC), même si les contrats pétroliers étatsuniens en ICE Futures font l’objet d’un commerce dans les filiales d’ICE aux États-Unis. Et à la demande d’Enron, la CFTC a exonéré les transactions pétrolières à terme hors cote en 2000.
Il n'est donc pas surprenant de voir, dans un rapport du 6 mai de Reuters, que Goldman Sachs annonce que le pétrole pourrait en fait être proche d'un autre « super pic » qui fera peut-être monter le prix du baril de pétrole jusqu’à 200 dollars dans les six à 24 prochains mois. Ce titre, « 200 dollars le baril ! » devient le principal reportage sur le pétrole pour les deux prochains jours. Combien de moutons crédules suivront derrière avec l’argent de leurs paris ?
Arjun Murti, le stratège en énergie de Goldman Sachs, a accusé ce qu'il a appelé la demande « foudroyante » (sic) chinoise et moyen-orientale, combinée au fait que le Moyen-Orient serait proche du maximum de sa capacité de production pétrolière, selon ses assertions. Le mythique pic pétrolier aide de nouveau Wall Street. Le degré du matraquage publicitaire, sans fondement, rappelle la nature intéressée du battage de Wall Street en 1999-2000 autour des actions Internet ou Enron.