De 932 à 1262, l’Islande a connu une période ininterrompue de croissance, de paix et de prospérité, menant à l’apparition d’une culture littéraire reconnue et sophistiquée. La société islandaise de l’époque était en effet extrêmement libre, surtout comparée aux autres nations de l’époque: pas de pouvoir central, ni exécutif, ni judiciaire. La loi commune, discutée en public tous les ans à l’Althing de manière très souple (mémorisée, et non écrite, était appliquée par tous ceux qui le souhaitaient: il leur suffisait d’acheter une charge de “Chef” et de se trouver des clients. Des clients ? Oui, des clients: quand un islandais causait du tort à un autre et refusait de réparer les dégâts, ce dernier le poursuivait en justice, ce qui voulait dire se mettre d’accord avec lui pour faire juger l’affaire par une personne de leur choix commun (un arbitre privé, donc, habituellement payé pour ce service) qui trancherait sur leur cas. Et s’il refusait, la victime pouvait vendre sa plainte à un “Chef” qui, lui, s’occuperait d’obtenir réparation à sa place en usant de sa popularité et du nombre de ses amis. C’est comme ça que la société islandaise médiévale a fonctionné pendant plus de trois siècles, et ça marchait fort: certains estiment que leur taux de criminalité était si bas que la période où ils décrivaient, dans leurs Sagas, le pays comme étant “à feu et à sang” correspondait à un taux d’homicide comparable à celui des pays développés d’aujourd’hui. Et tout ça sans police publique, sans politiciens, sans impôts, sans état, par le fonctionnement rationnel de l’ordre spontané.