EtienneDaho Posté le 29 juin 2004 à 16:58:58
Et enfin, la conclusion...
“Tout être raisonnable doit agir comme s’il était toujours par ses maximes un membre législateur dans le règne universel est à distinguer de l’indépendance comme nous l’avons fait. En conséquence le moi moral kantien ne peut être un moi leibnizien. La conception de la communauté chez Leibniz est celle d’une harmonie préétablie par l’entendement divin qui a crée le monde le plus parfait possible, c’est à dire celui dans lequel les possibles individuels sont aussi compossibles, un monde où les individus ont leur place dans une communauté qui leur est donnée car consubstantielle à leur être, sans considération de leur liberté. Inversement, la communauté chez Kant est celle d’une harmonie, d’un “beau tout moral”, à établir. Cette exigence, cette tâche relève de l’autonomie de l’individu, non en tant qu’il est fermé aux autres, sans quoi cette tâche serait impossible, mais en tant qu’il respecte la dignité humaine en chacun de ceux avec qui il doit contribuer à établir la communauté. C’est pourquoi nous n’avons en aucun cas “chez Kant un individualisme radical et insurmontable”84, mais une définition de l’autonomie “foncièrement anti-individualiste.”85
Seulement, à briser ainsi la monadologie et à refuser l’individualisme, on peut vite se laisser impressionner chez Kant par l’insistance sur l’universel, la nécessité du dépassement de soi et en conclure à un formalisme holiste, négation pure et simple de l’individu. Nous avons assez montré combien la particularité, avec la maxime et le respect, donne de la consistance à l’universel qui échappe ainsi à l’unification abstraite. L’universel est toujours vécu sur un mode contingent, il n’absorbe jamais l’individu. A partir de là il faut insister sur le fait qu’il n’y a pas chez Kant une résorption totaliste de l’individu. La communauté n’est pas celle de Platon dans la République où chaque individu a son rôle et sa place comme un organe dans un corps ou une cellule dans un organe. La communauté ne conduit pas non plus chez Kant au socialisme qui supprime l’individuel comme ça peut-être le cas chez Marx car l’intégration de l’individu se fait par son épanouissement. Une certaine forme d’idéologie peut interpeller les individus en sujets, c’est à dire assujettir l’individualité à la société, alors que la loi morale interpelle chaque individu en membre responsable de la communauté. Cette communauté exige encore moins que “les individus ( soient) sacrifiés et abandonnés” sous prétexte que “le particulier est trop petit en face du général” comme le pense Hegel dans les Leçons sur la philosophie de l’histoire.86 Pour Kant, la moralité subjective ( Moralität ) contient déjà en soi la moralité objective ( Sittlichkeit ) , la seconde ne doit pas dépasserla première pour être possible.
Ainsi Kant dépasse-t-il l’antinomie individu-communauté en la pensant sur un mode dialectique qui empêche la dissolution de l’un dans l’autre et permet l’avènement du sens de l’un pour l’autre dans un renvoi permanent et progressif qui permet de penser une élévation de l’individu, non sur le mode de l’intégration hégelienne, mais de l’ouverture telle que Kant la pense à partir de notre finitude, rappel d’une fermeture à toujours jamais donnée. L’individu apparaît alors comme un modèle particulier qui doit entrer dans un système entier, comme harmonie des originalités. Ce système est architectonique, sa clef de voûte est l’autonomie de l’individu, et en ce sens il ne peut être une structure donnée qui arraisonnerait le monde, mais un monde où la raison doit faire sens.
Cette idée d’une subjectivité incapable de s’enfermer, d’une ouverture à l’intersubjectivité pensée comme condition de la subjectivité, est celle à l’appel de laquelle Kant va devoir répondre. Si l’autonomie n’est possible, du point de vue du sens et de la capacité, qu’au sein de la communauté humaine, il faut à présent se demander à quelles conditions est possible une saisie universelle de cette exigence de l’autonomie? Il ne suffit pas pour l’individu de se savoir libre et de connaître son devoir à l’égard des autres, encore faut-il qu’il puisse se figurer avec les autres le partage en commun de cette liberté et la capacité à la rendre effective dans un monde qui a priori y répugne. Il s’agit pour nous de dévoiler “la merveilleuse perspective que nous ouvre la raison pure pratique au moyen de la loi morale, c’est à dire la perspective d’un monde intelligible, par la réalisation du concept d’ailleurs transcendant dela liberté.”87 Sous quelle forme l’individu retrouve-t-il la communauté pour se donner à voir cette “merveilleuse perspective” ?
dede_cartel Posté le 29 juin 2004 à 16:59:12
Mais ce n´est pas comprehensible si on ne prend pas ca en compte...
D. L’impératif catégorique comme impératif de communauté
comme devoir de bienveillance, est une harmonisation qui va plus loin encore que la nature, car il permet de “représenter le monde comme un beau tout moral dans sa perfection.”64 Sans la communauté, l’harmonie du monde n’est pas parfaite, la communauté parachève le monde comme totalité.
Un des exemples que prend Kant dans les Fondements pour illustrer cet impératif dit bien en quel sens la législation de la communauté doit être une législation aussi forte que celle de la nature, c’est le cas du suicide. Il est moralement interdit car “tout à fait contraire au principe suprême de tout devoir.”65 L’individu ne peut vouloir se suicider car la maxime d’une telle action ne pourrait être érigée par sa volonté en loi universelle de la nature car une nature qui veut la mort plutôt que la vie est contradictoire. Ce devoir strict envers soi-même peut aussi être “considéré comme une transgresion du devoir de l’homme envers les autres hommes”66 c’est à dire envers la communauté car elle ne pourrait subsister si chaque individu pouvait se soustraire à elle. L’interdiction du suicide comme une condition négative de la communauté, se double pour l’individu d’une condition positive, à savoir qu’il doit “cultiver ses facultés”, c’est même “un devoir de l’homme envers lui-même, que d’être un membre utile du monde.”67
Se demander si la maxime de mon action peut être érigée en loi universelle de la nature c’est donc considérer la communauté comme un tout ordonné, en s’interdisant de s’y soustraire et en s’obligeant à y contribuer. Plus fondamentalement, l’individu ne peut penser son devoir sans son rapport aux autres, de même qu’on ne peut comprendre un phénomène que dans la causalité qui le lie aux autres. Ici le lien est tout aussi universel, mais il n’est pas de causalité, il est de communauté.
Formule de la fin en soi
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“Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, jamais comme un moyen. ”68
Cette formule dit la dignité de chaque individu, aussi bien de moi-même que de chaque autre individu pris séparément, ce que dit le texte allemand: “eines jeden anderen . ” Il ne s’agit pas de respecter abstraitement une humanité en soi, mais de considérer toujours la dignité de chaque individu rencontré quotidiennement. Me traiter et traiter l’autre comme une fin c’est reconnaître ce qu’il y a de plus élevé en nous, à savoir notre appartenance à la communauté. Refuser de considérer l’homme comme un moyen c’est accepter que la “dignité dans les autres hommes ( est) une valeur qui n’a pas de prix, pas d’équivalent, contre lequel l’objet de l’estimation pourrait-être échangé.”69 Cette dignité place l’homme au-dessus des choses, ce qui fait qu’on ne peut l’utiliser. C’est pourquoi, et c’est intéressant pour la communauté, Kant réprouve vigoureusement le mensonge qualifié “d’abandon et pour ainsi dire négation de la dignité humaine.”70 L’individu qui ment aux autres ou à lui-même se sert d’eux ou de lui pour cacher la vérité, ce qui les réduit à des choses et lui-même “a encore moins de valeur que s’il n’était qu’une simple chose.”71 Le mensonge est proprement dénoncé comme rupture dans la communication, il introduit une brèche dans la communauté qui exige la transparence, l’ouverture, dans la vérité du devoir, de chacun aux autres.
Cette impossibilité éthique de réduire l’individu à un moyen est une garantie pour celui-ci que la communauté ne sera jamais une massification qui absorberait comme des choses ses éléments, mais toujours une synthèse dans la dignité, de la dignité de chacun. Nous refusons, sur la base de cet impératif, l’idée de Gilles Gaston Granger selon laquelle “la tendance de l’idéalisme est toujours, au fond, de faire de l’individuel un épiphénomène.”72 L’idéalisme transcendantal de Kant échappe à cette réduction car “les ressorts de l’action ( ne sont pas) ailleurs, en deçà et au-delà de l’individu” ( ibid.) mais bien au fond de chaque individu considéré comme une fin par tous. Considéré comme un moyen, l’individu serait en effet un “épiphénomène”, mais en tant que fin il subsiste et s’affirme dans toute sa phénoménalité morale ( si l’on peut se permettre d’employer une expression aussi paradoxale), c’est à dire dans sa personnalité, si essentielle à la communauté. Cette dernière ne serait elle-même qu’un “épiphénomène” si elle ne tenait pas compte de toute l’ampleur de chaque indidvidu, aussi bien dans sa particularité par le choix de ses maximes, que dans son universalité, par son respect pour la loi. Or cette ampleur ne se déploie pas dans l’individu considéré comme moyen, réduit à “l’épiphénomène.” Que l’on se permette de parler de phénoménalité morale ne signifie pas que la moralité soit phénomène mais atteste qu’elle a autant de réalité que les phénomènes, elle résiste à l’épreuve du phénomène qu’elle doit se soumettre, ce à quoi elle parvient. Plutôt qu’épiphénoménal, l’individu est transphénoménal.
Cette troisième formulation de l’impératif va donc toujours plus loin, elle établit une connexion entre l’harmonie morale et la communauté comme fin. La volonté d’harmonie ne peut s’accomplir que dans la considération de chacun comme une fin, jamais comme un moyen. L’individu ne peut jamais être un moyen au service de la communauté puisque la communauté est sa propre fin.
Formule de l’autonomie
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Agis de telle sorte “que ( ta) volonté puisse se considérer elle-même comme constituant en même temps par sa maxime une législation universelle. ”73
Cette formulation est capitale pour l’individu car elle radicalise la formule de la loi universelle en plaçant plus encore l’individu à la base, au centre de la moralité. Il ne s’agit pas seulement d’élever sa maxime à la loi mais d’instituer sa propre volonté comme législatrice universelle. Il ne s’agit pas d’agir d’après la loi, mais de choisir sa propre loi, de se donner soi-même la loi. C’est pourquoi cette formule est celle de l’autonomie car elle fait du sujet son propre législateur. Comme l’autonomie est “le principe suprême de la moralité”, “l’unique principe de la morale”74, on comprend la portée de cet impératif pour l’individu. Sa volonté n’est plus considérée “comme soumise à une loi, mais comme se donnant à elle-même la loi . ”75 Se la donnant à elle-même, elle la donne à tous, d’où une responsabilité à l’égard des autres qui est un appel à la communauté. L’individu ne peut assumer un tel devoir que parce qu’il “repose seulement sur le rapport des êtres raisonnables entre eux, en tant que la volonté de chacun d’eux doit être considérée comme législatrice.”76 L’autonomie n’est possible que dans ce rapport aux autres, elle n’est pas l’autarcie mais ce qui fonde le besoin des autres. Avec l’autonomie, l’individu est fondement de la moralité, et il ne peut être fondateur qu’en tant que membre de la communauté.
Cette formule institue l’individu comme norme de la communauté. Une fois de plus nous pouvons affirmer que le tout moral de la communauté n’etouffe pas les individualités qui la compose mais y plonge ses racines. Inversement, cet individu autonome n’est pas une monade coupée des autres car la nécessité de l’autonomie repose “sur le rapport des êtres raisonnables entre eux.”77 Il y aurait contradiction à vouloir se donner dans l’isolement une loi à portée et valeur universelle.
Jango_Dark Posté le 29 juin 2004 à 16:56:40
C´est réelement passionant !
Encore, encore !
Sugar--M0nkey Posté le 29 juin 2004 à 16:57:03
y a le blabla pour ton flood
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Sugar--M0nkey Posté le 29 juin 2004 à 16:59:19
dede_cartel=EtienneDaho des pseudos aussi ringard que le forum dreamcast
Sugar_Cretin Posté le 29 juin 2004 à 16:59:29
Ah, un terminale qui nous balance ses cours de philo pour nous impressioner...
( il n´en a lui meme pas saisi la moitié)
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Non, tu es un infidèle !
c´est un infidèle lui c´est trop long à lire ![]()
C´est surtout un gros floodeur pas bô qui va se faire abnnir ![]()
Infidèle! Hérétique! Impie!
Tu as blasphêmé sur mon topic! ![]()
On va l´emmener chez l´abbée Queutard, pour lui faire un cours de catéchisme ![]()