Derrière le titre ésotérique du sujet se cache en réalité ce que m´a inspiré le débat d´hier et la campagne en général, ou plutôt les réactions diverses des électeurs, parce que si le cantonne dans son domaine, la campagne a été dans l´ensemble interessante.
Maintenant, partons du constat qu´on peut très aisément dresser sur ce forum : la mise en perspective d´enjeux illusoires est claire et nette, les gens s´imaginent vraiment qu´on en est à un moment charnière de l´ère politique, que tout va changer, les discours de rupture font florès, les revendications de changement et toute la réthorique de "l´autrement" (faire de la politique autrement entre mille autre utilisation de cette réthorique) se développe avec le consentement bien enthousiaste des 85% d´électeurs qui se sont déplacés, des médias qui alimentent le tout, puisqu´à défaut de proposer et d´analyser, alimenter est tout ce qu´ils savent faire aujourd´hui.
Que se passe-t-il d´autre part? La bataille des deux camps – telle que la fustigait avec véhémence F.Bayrou – fait rage et déchaîne littéralement les passions, les haines, les amours. Où est l´indifférence dans tout ça? On pourrait de prime abord la chercher chez les électeurs centristes, et pourtant, bien souvent leur posture n´est en rien une indifférence (au sens propre comme au sens figuré, que ce soit au niveau de la distinction des deux candidats ou del´intérêt qu´ils leur portent), mais au contraire un rejet quasi-hystérique des deux candidats, envers qui il ont pourtant des affinités évidentes, des "points de convergences" comme ont pu le dire S.Royal et F.Bayrou lors de leur débat, pourtant par ailleurs fort interessant et éminemment démocratique, parce que la politique n´est pas un monument institutionnel figé mais bien plutôt une entreprise de conviction et persuasion (évidemment, la part des deux varie selon l´électorat ou le moment, la conviction étant axée sur la Raison et la persuasion sur l´émotionnel) donc qu´il aurait fallu pour ces électeurs à la limite du mépris, véritablement choisir ou éliminer, c´est selon.
En vérité la haine est la plus pregnante, qu´elle se concentre autour de N.Sarkozy – il n´y aurait techniquement même pas besoin de rappeler comment certains notamment la gauche la plus dure le traite, à savoir qu´ils choisissent les parties de son discours les plus volontairement radicaux et vomissent leur haine de celui qu´ils considèrent comme le bushiste berlusconien fascisant proto-dictatorial, et tout est prétexte à la haine, entre autres la petite taille du sus-nommé – ou qu´elle se concentre sur S.Royal, encore une fois, la méthode de traitement es le même et les insultes plus basses que basses, contre la supposée gauchiste conne incompétente homme politique en jupons cruche bécassine et j´en passe.
Ce constat d´une croissance inattendue des passions politiques (pendant que dans le reste des démocratie modernes à société d´hyperconsommation, la politique reste un outil d´intérêt bien tempéré), contraste de fait avec les situations d´élections présidentielles précédentes, en 1995 parce que deux technocrates ennuyeux-ennuyés se livrait à une partie d´échec, et qu´en 2002, les scores des premiers étaient risibles et le on a du attendre le sursaut du 2e tour Chirac-Le Pen pour s´interesser au débat politique, mais qu´en contrepartie, ni avant, ni après, on ne s´est interrogé sur les programmes, le plan politique, l´avenir de la France, puisque la qualification de Le Pen a changé la donne, faisant du 2e tour un tour de mobilisation et aboutissant au 82% de Chirac réélu sans soutien).
Maintenant, on en vient au sujet du titre, la symbolique et le simulacre. La campagne déchaîne les passions, le débat d´hier a été houleux, musclé, électrique et autres, mais est-ce fondé? Ces haines et ces amours envers les candidats, cette confrontation directe et sans ambages sont-elles fondées sur quelque chose de concret? On a l´impression comme je l´ai dit d´en être à un moment charnière, comme si l´ensemble tout devient possible et les désirs d´avenirs étaient de fait autre chose que de simple slogan tendance. Je pense plutôt qu´on en est pas là du tout, au contraire, on est semblable aux dérives des mécanismes des marchés financiers, quel que soit le vainqueur dimanche, la bulle spéculative va exploser, tôt ou tard, à mon avis tôt si c´est N.Sarkozy pour les problèmes d´antagonismes avec les banlieues et plus tard si c´est Royal, parce qu´elle n´affichera pas les objectifs prévus et voulus. Les actionnaires sont en train de mettre leur confiance aveugle dans des candidats, de les grossir, de les alimenter en capitaux de telle sorte qu´ils s´emportent et se prennent pour des novateurs, des révolutionnaires presque, sans la connotation communiste bien entendu, et font dans la surenchère, des les promesses à tout-va, dans les évaluations trop enthousiastes et dans la mauvaise foi.
On est en fait de du simulacre poussé dans ses derniers retranchement, dans de l´illusion pure, dans le fantasme. La campagnes se nourrit du simulacre d´abord parce qu´on simule les antagonismes, proche de la partitocratie au premier tour et n´adoptant la posture gaulliste de rencontre entre un homme et un peuple qu´à partir de deuxième, la campagne présidentielle et la politique à venir – encore une fois quel que soit le vainqueur dimanche – on reste alors dans la mauvaise foi du simulacre qui consiste à en rajouter dans la propre image qu´n véhicule, et cela se traduit très concrètement dans les propositions des candidats et celles sur lesquels ils insistent et ont insisté.
On est aussi dans le simulacre à cause des effets des oppositions et des critiques qui poussent justement au simulacre de duel et d´antagonime, à la création purement artificielle d´un ring, d´un terrain de confrontation, qui a été flagrant hier lors du débat. La caricature de la candidate de la gauche par la droite et la caricature du candidat de la droite par la gauche entre complètement dans ce système de simulacre. D´autre part, les propos des candidats même à l´état brut et non déformé par les confrontations successives sont le produit du simulacre politique.
En fait, ce dont il faut bien se rendre compte, c´est l´applicabilité concrète des propositions et de la réalité du rôle de la politique aujourd´hui. On a coutûme de dire que la politique perd du terrain par rapport à l´économie ; j´aurais plutôt tendance à dire que la macropolitique perd du terrain tout simplement, et que certes, l´économie s´autodétermine de plus en plus mais il faut également souligner le fait que le tissu associatif et ce que j´appelerai la micropolitique sont en plein essort, et c´est logique au vu de l´atomisation (rendre atome, donner du caractère d´atomicité, on l´entend pas dans le sens de la bombe atomique) des liens socio-professionnels et de l´individualisation toujours croissante. Sans oublier qu´il ne faut pas se leurrer et que le monde d´aujourd´hui est un monde d´interpénétration des capitaux, de mobilité grandissante des gens, d´augmentation des flux, en somme, on est en économie globalisée et en activités de plus en plus mondialisée, ou pour ce qui est de l´urbanisation et connexion réticulaire de l´archipel mégalopolitain mondial. En gros, on a beau simuler sa politique et faire ainsi de la campagne un simulacre, très concrètement, les haines et les passions ne se justifient pas parce que la marge de manoeuvre politique est réduite et que les idéologies sont mortes, donc que volonté de changer le système, de remettre tout à plat, est un effet d´annonce et n´est pas une option pour la France aujourd´hui.
En réalité, le sens de cette campagne, son but ultime et réel et non fantasmé et illusoire est de l´ordre de symbolique. Cette analyse en terme de simulacre et ce regard sur la campagne ne traduisent en aucun cas l´idée du "tous pareils", ce serait être à côté de la plaque. Parce que même si l´on organise un simulacre au niveau des mesures, au niveau de l´image, de l´impression au sens noble, et de tout le système de symboles qu´un candidat à la plus haute fonction de l´État peut concentrer autour de lui, les différences ne sont pas des moindres. Le symbole prend son importante en soi mais aussi pour la concrétude indirectement. Un exemple très simple et en vogue, les banlieues. Les mesures ne diffèrent pas bien et n´apportent pas de solution, ni d´aggravement si l´on ne prend que la masure en soi. Mais si l´on prend toute la symbolique autour, ça change absolument tout. La symbolique que dégage N.Sarkozy par rapport à ce problème des banlieues et forte et elle a été créé par lui-même et par ses détracteurs dans le simulacre qui a été joué(je vais nettoyer au kärcher mais je ne fais rien, ce sont des racailles mais je ne fais rien, sarkozy veut un Etat policier mais mes mesures sont les mêmes, pareil pour le premier acte de délinquance) et elle a une importance dans la campagne, plus même que d´autres problèmes abordés hier dans le débat.
D´ailleurs c´est là où le caractère joue le plus, parce que l´apparence, l´image, les symboles véhiculés se fondent sur ce caractère, sur une adaptation aux situations et sur les réactions, c´esten partie de l´ordre de l´inconscient. Et là, simple remarque, mais ce n´est pas l´idée du sujet, que l´on peut légitimer les critiques contre N.Sarkozy eu égard à son caractère, à ses provocations, à ses excès, à ses pirouettes télévisées, à son goût du show donc en gros toute la symbolique qui se dégage. D´un autre côté, les symboles utilisés par la gauche au premier tour ont été aussi préjudiciable notamment sur la confiance si la candidate de la gauche est élue, la confiance en le pouvoir, la confiance en une conjoncture économique favorable. En revanche, comme on le sait, le second tour se joue au centre et par-là même atténue la symbolique qui pourrait porter préjudice, parce qu´on se créé une image plus modérée ou plus neutre on va dire.
Au final, en ces temps d´agitation du forum, de haines et de passion, d´attaques continues, de confrontation, de création d´antagonismes, de duel au sommet, de duel électrique et musclé, en ces temps où l´on sait pourtant que la France restera une grande puissance politique, diplomatique et économique quel que soit le(la) candidat(e) élu(e) et que l´on sait pertinnement que le score se jouera autour de 52/48, donc en fait un problème pour les principes démocratiques si vraiment le duel était à ce point antagoniste qu´on le dit puisque 25 millions contre 23 millions (je sors des chiffres au hasard), je doute que ça suffise à légitime le pouvoir si vraiment la confrontation était consistante, et bien en ces temps, n´oublions pas les rapports entre politique, simulacres et surtout sur quel terrain la politique est-elle réellement une confrontation, sur celui de la symbolique. Encore une fois, rien d´un raisonnement à la "tous pareils" là-dedans, juste un rééquilibre de ce qu´on a pu entendre en ces jours de fin de campagne intense et une distinction non négligeable entre la symbolique et les mesures applicables.
pour l´avoir survolé, je suis vraiment d´accord avec cette analyse.
Le théatre socio-politique est une bien mauvaise opérette.
Vraiment? Non, à cet égard, le débat de mercredi était une belle pièce de théâtre, animée, malgré quelques chutes d´intensité par moment, en tout cas c´était amusant.
En réalité, si la politique est un théâtre, ou un jeu, elle ne l´est qu´en autres choses. J´ai bien parlé de simulacre puis de symbolique. Ceux qui dédaignent ce théâtre sont les déçus de l´effritement des idéologies.
Or, pour ma part, c´est une nouvelle plus que réjouissante de savoir que les biais et les généralisations tendent à dépérir (en tout cas sous cette forme-là). Ce qui est plus regrettable, c´est l´instrumentalisation des peurs et des passions que j´ai décrites. Tout est en fait question d´honnêteté, si les hommes politiques étaient plus honnêtes, s´ils avaient une déontologie, et si le système s´y prétait, on aurait pas ce problème – mais je reste optimiste, ça va venir, la décentralisation, le dialogue, la politisation des ex-indifférents, les nouveaux enjeux telle l´écologie ou les transformations institutionnelles vont arranger tout ça. Enfin, espérons.
Je dois être mauvais juge car j´ai beaucoup de mal avec les opérettes. Si j´utilise le terme c´est que ça m´a un peu fait penser à l´opéra de 4 sous.
Cette espèce d´humour miteux et sous jacent m´emmerde plus qu´autre chose, et l´effritement idéologique me fait pâlir.
D´un point de vue sémiotique, je dirais que c´est révélateur d´une transformation profonde, exclusive et irréversible actuellement de la politique vers le spectacle pragmatique.
Le pragmatisme est le remède à la folie idéologiste. C´est pour celà que les socialistes ont perdu dimanche dernier.
Le dico a du chauffer...
C´est pas parce qu´on utilise des mots compliques qu´on en parait plus intelligent...
J´aime bien voir les gens s´adapter au type de langage du mec qui écris le topic ![]()
Bah putain, j´suis grave d´accord avec toi gros!
Bah wesh mais keskia t´as vu, sa fait vieu keumé, direct...
J´ai pas fait chauffer le dico (la bonne blague...) et pas utilisé de mots compliqués, au contraire, je me suis retenu, honnêtement. Il doit y avoir à tout casser deux-trois mots un peu compliqués pour qui ne lit qu´un livre tous les 5 ans. Le reste, j´ai simplifié, vulgarisé.
lekhan > Je m´en doute bien, l´utilisation du terme opérette reflète un jugement de valeur, péjoratif évidemment, justement de ceux qui regrettent cet effritement des idéologies.
C´est un peu un classique du wannabe-intellectuel, qui opte pour la posture un peu hautaine du "la politique est une blague pour abrutis", ça fait un peu artistocrate déchu qui stigmatise le jeu démocratique.
La transformation "profonde exclusive et irréversible" n´est pas enviseagable, parce qu´on localise de plus en plus la politique, on la spécialise, on la particularise, ce qui amène certes l´effritement des grands systèmes de pensée idéologique, mais ne peut pas être ni exlusif, ni irréversible, puisqu´on ne peut pas plus la prendre au niveau global, puisque les généralités prennent fin et que le cas-par-cas et la décentralisation prennent le dessus.
Et puis l´expression de "spectacle prgamatique", c´est un peu fallacieux, va falloir en trouver une autre, parce que justement le pragmatisme – en théorie et dans l´absolu – empêche le spectacle (des idées dira-t-on).
Jaguar > Que le pragmatisme soit un remède à la "folie idéologiste" je veux bien, que ce soit la cause de la défaite de la gauche dimanche dernier, y´a vraiment un très gros pas, et je ne crois pas que ce soit très judicieux de lancer des assertions péremptoires comme ici.
Le nouveau président, à peine élu, la passation de pouvoir à peine effectuée, a commencé son mandat par une polémique (fouquet´s+jet privé+yacht+Malte+Bolloré), par des manifesations/émeutes, par des blocages de fac et par la préparation des syndicats (notamment cheminots et profs) à des grêves.
Et ceci, sans avoir encore pris aucun mesure. Ca montre bien l´évolution du rapport des citoyens à la politique et qu´énormément de l´enjeu politique se joue alors au niveau de la symbolique. Car c´est bien la symbolique qui est en jeu (président du luxe, du CAC40, des connivences pour la polémique et image de sarkoyz comme la droite dure dans toute la campagne), et ce début de mandat l´illustre à merveille.
Pour les simulacres, je sens qu´on va y avoir droit à foison pendant 5 ans (déjà le "il faut en finir avec la repentance et blablabla" qui finit sur la commémoration de l´esclavage en témoigne).