Bernard Kouchner venait à peine d´être promu dans l´"équipe du pacte présidentiel" de Ségolène Royal qu´il a ouvert une brèche dans la stratégie dite d´"étanchéité" qu´a adoptée le PS vis-à-vis de François Bayrou. L´ancien ministre de la santé, interrogé sur RTL, vendredi 23 février, a estimé que le président de l´UDF avait "raison" de vouloir dépasser les clivages droite-gauche : "J´espère qu´il sera entendu, j´espère que Ségolène Royal entendra la nécessité d´élargir", a-t-il ajouté.
Tout ce qu´il ne fallait pas dire, alors qu´une partie de l´électorat socialiste semble être réceptive aux thèmes développés par le candidat centriste. Jack Lang, désormais "conseiller spécial" de la candidate du PS, s´est immédiatement chargé de rectifier le tir. Qualifiant M. Bayrou de candidat "attrape-benêts", il a estimé, lors du point de presse du PS, que "ceux qui imaginent qu´il pourrait franchir le premier tour se mettent les doigts dans le nez".
Et M. Lang de préciser que toute "complaisance" à l´égard de M. Bayrou devait être "étrangère à la campagne" du PS. "Il ne faut pas entretenir la moindre confusion", a-t-il ajouté, souhaitant que, sur ce point, les socialistes aient "une parole commune, claire, nette et unanime".
Du reste, les porte-parole socialistes ont vivement réagi au projet économique que M. Bayrou a présenté, vendredi, à la presse. Michel Sapin, qui a remplacé Eric Besson dans les fonctions de responsable économique du PS après la démission de celui-ci, a dénoncé un programme "libéral et droitier". "Derrière l´apparence d´un équilibre centriste se dissimule un projet qui tourne bien souvent au plagiat de celui de Nicolas Sarkozy", a-t-il estimé.
Didier Migaud, conseiller budgétaire de Mme Royal, a estimé que "François Bayrou ne porte qu´un discours de la résignation, de l´absence d´ambition et de volonté". Tandis que Vincent Peillon, qui a rejoint le pôle des porte-parole de la candidate socialiste, a précisé qu´"on ne voit pas comment François Bayrou peut encore espérer faire illusion et obtenir le vote d´électeurs de gauche". "M. Bayrou a voulu nous faire croire qu´il n´était ni de droite ni de gauche, a indiqué M. Peillon, mais il est pleinement et totalement de droite et son embryon de programme est à la fois conservateur et libéral."
Dans Le Parisien du 24 février, Jean Peyrelevade, qui a participé à l´élaboration du programme économique de M. Bayrou, rejette ces accusations.
"Cela me fait rire, affirme l´ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy. C´est le même discours qu´Arlette Laguiller. Cela ne tient pas lieu d´argumentation."
Même Kouchner le dit... A quand la fin de l´aveuglement volontaire au PS ? 