Un article du Monde aujourd´hui m´intrigue, celui-ci est en effet sur un ton plutôt étonné pour une réalité que je pensais connue de tous.
Le problème de la Recherche en France n´est pas un problème d´argent: la France doit avoir parmi le premier budget de R&D en Europe (ramené au PIB).
Non, le problème est ailleurs: la recherche publique est à l´heure actuelle inefficace.
Les politiques mises en place depuis environ quinze ans n´a amélioré les performances de la recherche française. Celles-ci n´ont fait qu´augmenter la dépense publique de recherche déjà très élevée. Elles ont multiplié les intermédiaires, multiplié les difficultés administratives et pratiques (nouveaux logiciels vachement nuls et vachement cher etc....) et ont ainsi rendu un certain nombre de mesures contre-productives.
La meilleur voie pour développer la recherche dans un pays est d´utiliser les partenariats entre les laboratoires publics et les entreprises: cela permet de de partager et donc de diffuser le savoir. Cependant, depuis 1992, le volume des contrats tend à diminuer: de 514 millions d´euros en 92, il est passé à 509 millions d´euros en 2004 (chiffres corrigés de l´inflation).
Ces contrats sont très inégalement répartis: 10% des laboratoires font 90% des des contrats. Le CEA et les écoles d´ingénieurs concentrent 69% des contrats bien qu´ils ne totalisent que 40% de la dépense de recherche. Le CNRS et autres universités n´engendrent que 24% des contrats contre 45% de la dépense.
Ce moindre recours aux contrats se traduit aussi par une moindre participation aux programmes européens (qui imposent les partenariats). Si on continuait sur cette voie pour le 7ème PCRD, on serait en retard de plus d´1 milliards d´euro sur les allemands et de plus de 500 millions sur les britanniques.
La deuxième voie de valorisation de la recherche se situe au niveau des brevets: la situation n´y est pas plus brillante. Les laboratoires publics déposent de plus en plus de brevets (c´est un indicateur de performances) mais cette démarche est coûteuse et ne permet pas d´augmenter les redevances. Celles-ci ne cessent de baisser depuis 2001 ! Les revenus de la propriété intellectuelle ne représentent que 1% de la dépense publique de recherche contre 3% aux USA et 5% ailleurs en Europe. Et ces revenus sont encore très concentrés autour de quelques laboratoires.
La troisième voie est celle de la création d´entreprises issues de la recherche publique. C´est peut être le point le plus positif en France: le nombre de sociétés créées s´est fortement accru. Le rythme annuel de créations a été multiplié par plus de 3 entre 1995 (environ) et la période 99-02. Ces entreprises se développent tout de même lentement, bien que leur jeunesse ne permette pas d´avoir un jugement tranché.
Tout cela concernait le secteur public, mais celui-ci n´est pas le seul à mettre en cause: les entreprises le sont aussi. Elles emploies aujourd´hui peu de chercheurs universitaires (quatrième voie de valorisation). Les ingénieurs recrutent des ingénieurs, ce qui ne favorise pas l´hybridation entre les deux cultures.
De nombreuses recommandations devraient être faites, je ne connais pas les programmes des deux grands partis sur le sujet mais il est possible de redéployer les aides actuelles de façon plus ciblée et plus efficace.
Cela ne coûtera rien de plus au pays !