Pour le jugement postérieur au décès du prévenu, je ne pense pas qu´il soit proposé, ni même légal. Peut-être une loi symbolique, comme celle de Gayssot pour Hitler qui n´avait pas non plus été jugé, mais cela m´étonnerait, au vu de la minimisation que le gouvernement chilien veut donner à cette affaire. Ce qui m´amène à mon second point: les médias ont beaucoup évoqué les scènes d´allégresse, ont aussi souligné les quelques personnes qui pleuraient la mort de leur tyran tant-aimé, mais bien peu ont signalé que la majeure partie de la population a réagi par l´indifférence, ou carrément le rejet.
J´en parlais justement avec ma mère ce midi. Elle était d´avis que pour les populations qui avaient considérablement soufferts et subi les fantasmes sanguinolents de ce dictateur, ce jugement aurait été un réel soulagement, une façon que l´Etat reconnaisse le caractère atroce de ces actes, et éventuellement avoir la possibilité de réclamer une aide financière ou matériel en guise de réparations... Je n´avais pas le même point de vue. Je pense que pour ces personnes, qui ont subi de tels traumatismes, qui ont du perdre proches et biens, tourner la page, enfouir bien profondément cette noire période, était sans doute le sentiment que la plupart avait du adopter... Je ne crois pas qu´un jugement, aussi médiatisé et solennel soit-il, aurait contribué à refermer la cicatrice ou panser certaines plaies peut-être encore ouvertes.
En fait, quand j´y songe, il n´y a pas de généralisations possibles. Selon le type d´invidu, la volonté d´un jugement en bonne et dû forme ou le souhait de ne plus jamais évoquer ces violentes douleurs devait différement prédominer...