Le totalitarisme qualifie les systèmes politiques dans lesquels l´État a absorbé la société civile et où l´idéologie d´État est transfigurée en dogme imposé.
L´Etat, relayé par le parti unique, exerce en ce sens un contrôle total sur la société, la culture, les sciences, la morale jusqu´aux individus mêmes auxquels il n´est reconnu aucune liberté propre d´expression ou de conscience.
L´expression totalitaire vient du fait qu´il ne s´agit pas seulement de contrôler l´activité des hommes, comme le ferait une dictature classique, mais aussi leurs pensées en leur imposant l´adhésion à une idéologie. A la contrainte physique s´ajoute celle du dogme.
La philosophe Hannah Arendt a étudié et décrit ce système, en particulier dans son célèbre livre Les origines du totalitarisme (1951). Selon elle, deux pays seulement avaient alors connu un véritable totalitarisme : l´Allemagne sous le nazisme et l´URSS sous Staline. Elle distingue toutefois des tendances ou des épisodes totalitaires en dehors de ces deux cas. Elle cite notamment les camps de concentration français où furent placés les réfugiés de la guerre d´Espagne ou encore le maccarthisme au début des années 1950 aux États-Unis.
Ces régimes n´admettent qu´un « parti unique » qui contrôle l´État, qui lui-même s´efforce de contrôler la société et plus généralement tous les individus dans tous les aspects de leur vie (domination totale). D´un point de vue totalitaire, cette vision est erronée : il n´y a qu´un parti parce qu´il n´y a qu´un tout, qu´un seul pays, vouloir un autre parti c´est déjà de la trahison ou de la maladie mentale (schizophrénie : se croire plusieurs alors qu´on est un).
Le totalitarisme tel qu´il est ainsi décrit par Hannah Arendt n´est pas tant un régime politique qu´une dynamique(un mouvement politique et non un parti) autodestructive reposant sur une dissolution des structures sociales.
Dans cette optique, les fondements des structures sociales ont été volontairement sabotées ou détruites : les camps pour la jeunesse ont par exemple contribué à saboter l´institution familiale en instillant la peur de la délation à l´intérieur même des foyers, la religion est interdite et remplacée par de nouveaux mythes inventés de toute pièce ou recomposés à partir de mythes plus anciens, la culture est également une cible privilégiée. Hans Johst avait ainsi écrit dans une pièce de théâtre : Quand j´entends le mot culture, j´enlève le cran de sureté de mon Browning.
L´identité sociale des individus laisse place au sentiment d´appartenance à une masse informe, sans valeur aux yeux du pouvoir, ni même à ses propres yeux. La dévotion au chef et à la nation devient le seul moyen d´exister d´une existence qui déborde au-delà de la forme individuelle pour un résultat allant du fanatisme psychotique à la neurasthénie. Hannah Arendt cite ainsi un rapport russe indiquant qu´au début du stalinisme, quatre soldats étaient nécessaires pour s´assurer un prisonnier alors qu´à la fin, un seul soldat pouvait mener vingt prisonniers vers la mort. La domination totale est donc réalisée : les « ennemis objectifs » font leur autocritique pendant leurs procès, et admettent la sentence.
Les sociétés totalitaires se distinguent par la promesse d´un « paradis », la fin de l´histoire ou la pureté de la race par exemple, et fédèrent la masse contre un ennemi objectif. Celui-ci est autant extérieur qu´intérieur et sera susceptible de changer, suivant l´interprétation des lois de l´Histoire (lutte des classes) ou de la Nature (lutte des races) à l´instant "t". Les sociétés totalitaires créent un mouvement perpétuel et paranoïaque de surveillance, de délation et de retournement. Les polices et les unités spéciales se multiplient et se concurrencent dans la plus grande confusion.
Des purges régulières ordonnées par le chef de l´État, seul point fixe, donnent le tempo d´une société qui élimine par millions sa propre population, se nourrissant en quelque sorte de sa propre chair. Ce programme est appliqué jusqu´à l´absurde, les trains de déportés vers les camps de l´Allemagne Nazie restèrent toujours prioritaires sur les trains de ravitaillement du front alors même que l´armée Allemande perdait la guerre. Les régimes totalitaires se distinguent des régimes autoritaires et dictatoriaux par leur usage permanent de la terreur, contre l´ensemble de la population (y-compris les "innocents" aux yeux même de l´idéologie en vigueur) et non contre les opposants réels. L´usage permanent de la terreur a pour corollaire celui de la propagande, omniprésente dans un Etat totalitaire.
Par ailleurs, le totalitarisme n´obéit à aucun principe d´utilité : les structures administratives sont démultipliées sans se superposer, les divisions du territoire sont multiples et ne se recoupent pas. La bureaucratie est un consubstantielle du totalitarisme. Tout cela a pour but de supprimer toute hierarchie entre le chef et les masses, et garantir la domination totale, sans aucun obstacle la relativisant. Le chef commande directement et sans médiation tout fonctionnaire du régime, en tout point du territoire.
Le totalitarisme est à différencier de l´absolutisme (le chef tient sa légitimité des masses et non d´un concept extérieur comme Dieu) et de l´autoritarisme (aucune hierarchie intermédiaire ne vient théoriquement « relativiser » l´autorité du chef totalitaire).
Qu´en pensez-vous ?
Je pense que Hitler et Staline étaient des "surhommes" au-dessus de tout le monde, les pleins pouvoirs, la masse dans leurs mains, un véritable régime de terreur.
Un avis libertarien ?