C´est pas vraiment à l´Etat que je pensais, parce que l´Etat peut se planter, que les calculs ne sont pas infaillibles, et que les ingénieurs sociaux sont des hommes certes savants, mais des hommes quand même.
Non, je pensais bien plutôt à la culture, qui englobe tout ce que nous pouvons faire, et ce par quoi on pense. C´est à dire que tout passe au crible de ces conceptions, et aussi de ces valeurs, ces besoins etc... et ne peut être concu que comme tel.
C´est pour ça que le passage de l´homme libre à l´esclave, pour les Grecs était particulièrement inconcevable. Ou bien que la réduction à l´état d´Eunuque est la pire chose qui puisse arriver (car d´une part ils sont dans un état servile, mais en plus, ils ne sont plus ni homme ni femme; ils ne sont plus rien, n´ont plus leur place dans la société : irrécupérables par la cité [les Perses ont systématiquement réduit les grecs en Eunnuques pour qu´ils soient morts symboliquement, qu´ils ne se révoltent pas etc..] )
C´est sans doute le meme genre de problème avec la pauvreté. Problème que la société Indienne n´avait pas, jusqu´à il y´a peu.
Ceci posé, je viens de dire que la culture articule différentes valeurs et besoins. Or si la technostructure est capable de créer de nouveaux systèmes de besoins, alors elle a une influence sur la culture. Donc elle aliène.
Vous pourrez toujours réfuter théoriquement, en disant que l´homme est capable de rationalité, et de choix. Les faits seront pour moi. Et je crois que l´analyse de l´immigration se prète particulièrement bien à ça. La "New Immigration" qui a été très bien étudiée aux alentours de Chicago.
Les changements ne changent pas comme ça (le projet des ingénieurs sociaux était d´en faire des "Babitt" (américains moyens) en 1 génération, par deux modes d´assimilation.) Or, les pratiques restent très longtemps.
Par exemple, l´immigration italienne se reconstituait en "Villages" (selon leur origine) avec le même type d´organisation féodale que dans l´italie du XIX, début XX... avec tout ce que cela induit.
Ou bien l´exemple des mariages endogammes chez les Juifs slaves, de même que leurs pratiques qui restent très très longtemps.
La culture conditionne des comportements. Et il faut encore la rediviser en culture particulières : celle des groupes à l´intérieur d´une même civilisation. Bref je vais pas détailler, les classes ouvrières, par exemple ont étés très bien étudiée, en angleterre; avant et après les deux barbus allemands.
Tout celà renvoie au fond au concept de "socialisation" qui se produit en diverses étapes et qui a pour principe l´intériorisation des modes de pensée d´une société/culture donnée; ayant pour but l´intégration de l´individu dans celle-ci. C´est sans doute aussi la question fondamentale de la socio : comment les hommes se socialisent-ils ?
Enfin, pour revenir une seconde sur les choix rationnels des individus : qu´est-ce alors qui fait le succès du gadget, ou de la panoplie, si ce n´est justement l´abscence d´utilité ? Pourquoi acheter un objet cher, ou une suite d´objet, qui ne sert à rien ?
Pour ma part, je ferais mienne la phrase de Rousseau dans le second discours, qui dit que "L´homme sociable, toujours hors de lui, ne sait vivre que de l´opinion des autres".
Il y´a d´ailleurs un bon article d´Akira Baba là dessus.