Le SMIC à 1500 euros, la retraite à 60 ans, EDF renationalisé : les questions économiques et sociales occupent naturellement une grande place dans le projet arrêté hier par le PS pour 2007. Un projet très différent de ceux proposés par la gauche dans les autres pays européens.
Quel écart ! A lire ce projet, on a du mal à imaginer que le PS français fait partie de la même Internationale, socialiste, que le SPD allemand ou le PSOE espagnol. La synthèse à laquelle sont parvenue les dirigeants du PS n’est certes pas révolutionnaire. On y retrouve l’approche traditionnelle de la gauche, le souci d’une plus grande justice sociale, la volonté de rééquilibrer les pouvoirs dans l’entreprise, de renforcer les services publics, de redonner d’une manière générale un rôle plus actif à l’Etat. Ce qui surprend le plus cependant, c’est ce décalage, presque total, entre ce que promet encore le PS français et ce que proposent les autres socialistes européens. Des exemples ? Prenons la retraite. Le PS français veut supprimer la réforme Fillon et réaffirmer l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans. C’est tout le contraire que font tous les autres socialistes européens, sans exception. Partout, en Allemagne, en Grande Bretagne et ailleurs, les socialistes repoussent l’âge du départ à la retraite. En Espagne aussi. José Luis Zapatero, le premier ministre, est un vrai socialiste : il s’est attaqué à la précarité de l’emploi. Il a lancé aussi une réforme des retraites, un copié-collé de la réforme Fillon avec un allongement des durées de cotisation, une baisse des pensions et des mesures pour inciter les Espagnols à travailler au delà de 65 ans.
Plus à gauche, s’agit-il vraiment de cela ? Prenons un autre exemple, la dette publique. Tous les socialistes européens considèrent que sa réduction est un impératif social essentiel. En Italie par exemple, le leader de la gauche, Romano Prodi, avait fait de la réduction des déficits publics et de la dette LA priorité de sa campagne. Idem pour Zapatero. La dette est un vrai sujet, reconnaît, incidemment, le PS français. Il ne dit pas comment il va s’y attaquer et propose, en revanche, de nombreuses dépenses publiques nouvelles. Là encore, en décalage avec les autres socialistes européens. Les Suédois par exemple, souvent donnés en modèle, ont depuis dix ans réduit considérablement les dépenses de l’Etat, ses effectifs notamment. Bref, on peut penser que, comme souvent, une fois aux affaires, les socialistes français rejoindront leurs camarades européens. Dommage qu’ils ne le fassent pas avant. Cela leur permettrait de faire au pouvoir ce qu’ils auront promis pendant la campagne, de réhabiliter, du coup, la parole politique, ce qui ne serait pas un mal pour la démocratie !