" Il est tout a fait possible d´éviter une épidémie [de sida, NDLR] de grand ampleur mais je pense que c´est une bombe à retardement car cette épidémie arrive au moment où la société chinoise subit de profonds changements". Tel est le constat du directeur exécutif de l´Onusida, le Dr Peter Piot.
Jusqu´à présent, les malades du sida en Chine ont essentiellement été répertoriés dans les campagnes pauvres, victimes de sang contaminé, ou chez les toxicomanes du sud-ouest. Mais le docteur Piot estime que la menace est générale, notamment en raison de la hausse de la prostitution. " Je pense que c´est dans les provinces qui sont le moteur de l´économie que nous aurons à l´avenir le plus de cas", a-t-il indiqué, à l´occasion de sa visite annuelle en Chine. " Les entrepreneurs, les hommes d´affaires qui prennent des risques sont aussi ceux qui vont prendre des risques sexuels. C´est un message que nous devons faire passer aux dirigeants du pays : ceux qui travaillent pour le développement sont aussi ceux qui sont exposés au sida", a ajouté le patron d´Onusida.
Malades sous-évalués
D´après le gouvernement chinois, environ 840.000 personnes sont séropositives ou atteintes du sida en Chine, mais la plupart des experts estiment que le chiffre est en réalité plus élevé. Selon l´ONU, la Chine pourrait avoir dix millions de séropositifs en 2010, en l´absence d´efforts suffisants pour enrayer la progression de l´épidémie. " Le nombre de cas rapportés en Chine l´an dernier a doublé, passant à 21.000 contre 10.000 en 2002", a rappelé Peter Piot. Il a exhorté la Chine à tirer les leçons de la Russie et de l´Indonésie qui ont réagi trop tard. " Il faut agir maintenant ou payer plus tard", a-t-il averti. " Plus on attend, plus c´est cher, plus les gens meurent, plus c´est difficile d´enrayer l´épidémie. La priorité est donc à la prévention des 99,9% de Chinois qui ne sont pas infectés".