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Frédéric Bastiat
— Si l´on vous dit: Il n´y a point de principes absolus. La prohibition peut être mauvaise et la restriction bonne.
Répondez: La restriction prohibe tout ce qu´elle empêche d´entrer.
— Si l´on vous dit: L´agriculture est la mère nourricière du pays.
Répondez: Ce qui nourrit le pays, ce n´est précisément pas l´agriculture, mais le blé.
— Si l´on vous dit: La base de l´alimentation du peuple, c´est l´agriculture.
Répondez: La base de l´alimentation du peuple, c´est le blé. Voilà pourquoi une loi qui fait obtenir, par du travail agricole, deux hectolitres de blé, aux dépens de quatre hectolitres qu´aurait obtenus, sans elle, un même travail industriel, loin d´être une loi d´alimentation, est une loi d´inanition.
— Si l´on vous dit: La restriction à l´entrée du blé étranger induit à plus de culture et, par conséquent, à plus de production intérieure.
Répondez: Elle induit à semer sur les roches des montagnes et sur les sables de la mer. Traire une vache et traire toujours donne plus de lait; car qui peut dire le moment où l´on n´obtiendra plus une goutte? Mais la goutte coûte cher.
— Si l´on vous dit: Que le pain soit cher, et l´agriculteur devenu riche enrichira l´industriel.
Répondez: Le pain est cher quand il y en a peu, ce qui ne peut faire que des pauvres, ou, si vous voulez, des riches affamés.
— Si l´on insiste, disant: Quand le pain renchérit, les salaires s´élèvent.
Répondez en montrant, en avril 1847, les cinq sixièmes des ouvriers à l´aumône.
— Si l´on vous dit: Les profits des ouvriers doivent suivre la cherté de la subsistance.
Répondez: Cela revient à dire que, dans un navire sans provisions, tout le monde a autant de biscuit, qu´il y en ait ou qu´il n´y en ait pas.
— Si l´on vous dit: Il faut assurer un bon salaire à celui qui vend du blé.
Répondez: Soit, mais alors, il faut assurer un bon salaire à celui qui l´achète.
— Si l´on vous dit: Les propriétaires, qui font la loi, ont élevé le prix du pain sans s´occuper des salaires, parce qu´ils savent que, quand le pain renchérit, les salaires haussent tout naturellement.
Répondez: Sur ce principe, quand les ouvriers feront la loi, ne les blâmez pas, s´ils fixent un bon taux des salaires, sans s´occuper de protéger le blé, car ils savent que, si les salaires sont élevés, les substances renchérissent tout naturellement.
— Si l´on vous dit: Que faut-il donc faire?
Répondez: Être juste envers tout le monde.
— Si l´on vous dit: Il est essentiel qu´un grand pays ait l´industrie du fer.
Répondez: ce qui est plus essentiel, c´est que ce grand pays ait du fer.
— Si l´on vous dit: Il est indispensable qu´un grand pays ait l´industrie du drap.
Répondez: ce qui est plus indispensable, c´est que dans ce grand pays, les citoyens ait du drap.
— Si l´on vous dit: Le travail c´est la richesse.
Répondez: C´est faux.
Et, par voie de développement, ajoutez: Une saignée n´est pas la santé; et la preuve qu´elle n´est pas la santé, c´est qu´elle a pour but de la rendre.
— Si l´on vous dit: Forcer les hommes à labourer des roches et à tirer une once de fer d´un quintal de minerai, c´est accroître leur travail et par suite leur richesse.
Répondez: Forcer les hommes à creuser des puits en leur interdisant l´eau de la rivière, c´est accroître leur travail inutile, mais non leur richesse.
— Si l´on vous dit: Le soleil donne sa chaleur et sa lumière sans rémunération.
Répondez: Tant mieux pour moi, il ne m´en coûte rien pour voir clair.
— Et si l´on vous réplique: L´industrie, en général, perd ce que vous auriez payé pour l´éclairage.
Ripostez: Non; car n´ayant rien payé au soleil, ce qu´il m´épargne me sert à payer des habits, des meubles et des bougies.
— De même si l´on vous dit: Ces coquins d´Anglais ont des capitaux amortis.
Répondez: Tant mieux pour nous, ils ne nous feront pas payer l´intérêt.
— Si l´on vous dit: Ces perfides Anglais trouvent le fer et la houille au même gîte.
Répondez: Tant mieux pour nous, ils ne nous feront rien payer pour les rapprocher.
— Si l´on vous dit: Les Suisses ont de gras pâturages qui coûtent peu.
Répondez: L´avantage est pour nous, car ils nous demanderont une moindre quantité de travail pour fournir des moteurs à notre agriculture et des aliments à nos estomacs.
— Si l´on vous dit: Les terres de Crimée n´ont pas de valeur et ne paient pas de taxes.
Répondez: Le profit est pour nous qui achetons du blé exempt de ces charges.
— Si l´on vous dit: Les serfs de Pologne travaillent sans salaire.
Répondez: Le malheur est pour eux et le profit pour nous, puisque leur travail et déduit du prix du blé que leur maîtres nous vendent.
— Enfin, si l´on vous dit: Les autres nations ont sur nous une foule d´avantages.
Répondez: Par l´échange, elles sont bien forcées de nous y faire participer.
— Si l´on vous dit: Avec la liberté, nous allons être inondés de pain, de bœuf à la mode, de houille et de paletots.
Répondez: Nous n´aurons ni faim ni froid.
— Si l´on vous dit: Avec quoi paierons-nous?
Répondez: Que cela ne vous inquiète pas. Si nous sommes inondés, c´est que nous aurons pu payer, et si nous ne pouvons pas payer, nous ne serons pas inondés.
— Si l´on vous dit: J´admettrais le libre-échange si l´étranger, en nous portant un produit, nous en prenait un autre; mais il emportera notre numéraire.
Répondez: Le numéraire, pas plus que le café, ne pousse dans les champs de la Beauce, et ne sort des ateliers d´Elbeuf. Pour nous, payer l´étranger avec du numéraire, c´est comme le payer avec du café.
— Si l´on vous dit: Mangez de la viande.
Répondez: Laissez-la entrer.
— Si l´on vous dit, comme la Presse: Quand on n´a pas de quoi acheter du pain, il faut acheter du bœuf.
Répondez: Conseil aussi judicieux que celui de M. Vautour à son locataire:
Quand on n´a pas de quoi payer son terme,
Il faut avoir une maison à soi.
— Si l´on vous dit, comme la Presse: L´État doit enseigner au peuple pourquoi et comment il faut manger du bœuf.
Répondez: Que l´État laisse seulement entrer le bœuf, et quant à le manger, le peuple le plus civilisé du monde est assez grand garçon pour l´apprendre sans maître.
— Si l´on vous dit: L´État doit tout savoir et tout prévoir pour diriger le peuple, et le peuple n´a qu´à se laisser diriger.
Répondez: Y a-t-il un État en dehors du peuple et une prévoyance humaine en dehors de l´humanité? Archimède aurait pu répéter tous les jours de sa vie: Avec un levier, je remuerai le monde, qu´il ne l´aurait pas pour cela remué, faute de point d´appui et de levier. — Le point d´appui de l´État, c´est la nation, et rien de plus insensé que de fonder tant d´espérances sur l´État, c´est-à-dire de supposer la science et la prévoyance collectives, après avoir posé en fait l´imbécillité et l´imprévoyance individuelles.
— Si l´on vous dit: Mon Dieu! je ne demande pas de faveur, mai seulement un droit sur le blé et la viande, qui compense les lourdes taxes auxquelles la France est assujettie; un simple petit droit égal à ce que ces taxes ajoutent au prix de revient de mon blé.
Répondez: Mille pardons, mais moi aussi je paie des taxes. Si donc la protection, que vous vous votez à vous-même, a cet effet de grever pour moi votre blé tout juste de votre quote-part aux taxes, votre doucereuse demande ne tend à rien moins qu´à établir entre nous cet arrangement par vous formulé: « Attendu que les charges publiques sont pesantes, moi, vendeur de blé, je ne paierai rien du tout, et toi, mon voisin l´acheteur, tu paieras deux parts, savoir: la tienne et la mienne. » Marchand de blé, mon voisin, tu peux avoir pour toi la force; mais à coup sûr, tu n´as pas pour toi la raison.
— Si l´on vous dit: Il est pourtant bien dur pour moi, qui paie des taxes, de lutter sur mon propre marché, avec l´étranger qui n´en paie pas.
Répondez:
1° D´abord, ce n´est pas votre marché, mais notre marché. Moi, qui vis de blé et qui le paie, je dois être compté pour quelque chose;
2° Peu d´étrangers, par le temps qui court, sont exempts de taxes;
3° Si la taxe que vous votez vous rend, en routes, canaux, sécurité, etc., plus qu´elle ne vous coûte, vous n´êtes pas justifiés de repousser, à mes dépens, la concurrence d´étrangers qui ne paient pas la taxe, mais n´ont pas non plus la sécurité, les routes, les canaux. Autant voudrait dire: Je demande un droit compensateur, parce que j´ai de plus beaux habits, de plus forts chevaux, de meilleures charrues que le laboureur russe;
4° Si la taxe ne rend pas ce qu´elle coûte, ne la votez pas;
5° Et en définitive, après avoir voté la taxe, vous plaît-il de vous y soustraire? Imaginez un système qui la rejette sur l´étranger. Mais le tarif fait retomber votre quote-part sur moi, qui ai déjà bien assez de la mienne.
— Si l´on vous dit: Chez les Russes, la liberté du commerce est nécessaire pour échanger leurs produits avec avantage. (Opinion de M. Thiers dans les bureaux, avril 1847.)
Répondez: La liberté est nécessaire partout et par le même motif.
— Si l´on vous dit: Chaque pays a ses besoins. C´est d´après cela qu´il faut agir. (M. Thiers.)
Répondez: C´est d´après cela qu´il agit de lui-même quand on ne l´en empêche pas.
— Si l´on vous dit: Puisque nous n´avons pas de tôles, il faut en permettre l´introduction. (M. Thiers.)
Répondez: Grand merci.
— Si l´on vous dit: Il faut du fret à la marine marchande. Le défaut de chargement au retour fait que notre marine ne peut lutter contre la marine étrangère. (M. Thiers.)
Répondez: Quand on veut tout faire chez soi, on ne peut avoir de fret ni à l´aller ni au retour. Il est aussi absurde de vouloir une marine avec le régime prohibitif, qu´il le serait de vouloir des charrettes là où l´on aurait défendu tous transports.
— Si l´on vous dit: A supposer que la protection soit injuste, tout s´est arrangé là-dessus; il y a des capitaux engagés, des droits acquis; on ne peut sortir de là sans souffrance.
Répondez: Toute injustice profite à quelqu´un (excepté, peut-être, la restriction qui à la longue ne profite à personne); arguer du dérangement que la cessation de l´injustice occasionne à celui qui en profite, c´est dire qu´une injustice, par cela seul qu´elle a existé un moment, doit être éternelle.
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Toujours aussi bon, toujours aussi pertinent, le grand Fred.
y´a des trucs qui sont énormes.
Quel as ce Fred.
Consternant -_-´. La connerie a encore de beaux jours devant elle...
Je je, suis libre-echangiste, je suis une ... non rien ^^
Je je suis si fragile, que j´en éclate de rire en voyant ca ![]()
+1 Arkhiel
Qui te dis qu´on a pas lu?
si tu as lu, pourrais-tu me préciser ce qui te dérange?
Simon, tu sais bien que personne n´a jamais pu démontrer une quelconque absurdité de la part de Bastiat, le plus grand libéral de l´histoire qui seul a réellement compris l´intégralité du libéralisme à l´époque parmis les penseurs ! et c´est pour ça que personne ne répond, aucun argumentation solide ne peut être faite ! ![]()
Non seulement à l´époque, mais depuis lui, personne n´a aussi bien réussi.
Libre, j´ai eu ton message, je t´appelle ce soir.
c´est amusant, personne n´a pris la peine de faire un recap montrant que c´était "absolument stupide, le libéralisme"...
C´est pas stupide. C´est une façon de voir les choses , mais je ne la partage pas.