Extrait
Chose curieuse : le populisme est généralement traité sous forme stéréotypée, comme un non-sens ou une sorte de « fait divers » pittoresque. Il sert à analyser pêle-mêle, ici, la victoire de M. Luiz Inácio « Lula » da Silva au Brésil ; là, la politique de M. Hugo Chávez au Venezuela ; l’arrivée en tête, en Suisse, lors des élections législatives du 19 octobre, de l’Union démocratique du centre, de M. Christophe Blocher ; hier, l’ascension de M. Bernard Tapie en France ; loin dans le temps, le poujadisme ou le boulangisme. D’autres figures sont accusées, elles, de pratiquer le « télépopulisme » : le président du conseil italien Silvio Berlusconi, le syndicaliste José Bové, le président du Front national Jean-Marie Le Pen... Le terme devient donc difficile à analyser, et les événements qu’il désigne sont souvent inclassables. Depuis ceux qui ont purement et simplement renoncé à le faire, jusqu’à ceux qui se contentent de compiler (1), rares sont les spécialistes qui donnent une définition correcte du populisme.
L’étymologie renvoie à un autre terme déjà chargé d’ambiguïté : peuple. Le discours populiste correspond à une forme directe d’appel aux « masses », dont la nature, les intentions et les conséquences relèvent d’une appréciation idéologique. Pris dans son acception de « discours populaire », le populisme ne saurait donc être assimilé a priori à un mouvement réactionnaire, démagogique ou fasciste. Cet amalgame a pour but depuis longtemps d’empêcher une interprétation plus fine et de le jeter hors de l’histoire, comme s’il s’agissait d’un phénomène sans racines ni causes véritables.