L´Ecole asservie aux contraintes du marché
Désormais, le souci premier du monde patronal n´est plus d´ordre quantitatif. Il ne s´agit pas de dispenser davantage d´enseignement, mais de dispenser mieux. Il ne s´agit plus d´avoir davantage de main-d´œuvre qualifiée, mais d´avoir une main-d´œuvre mieux qualifiée et surtout plus adaptable. L´émergence de cette Ecole-là, les employeurs, industriels et financiers décident de s´en charger eux-mêmes : en formulant leurs " recommandations", en participant à l´élaboration des programmes, en ménageant des " partenariats" avec les écoles, voire en s´occupant directement d´organiser, à côté de l´enseignement public, leur propre enseignement privé. La tentation est d´autant plus forte qu´il y a là un marché et des profits à conquérir. Cette mise en adéquation de l´enseignement avec les nouvelles attentes des puissances industrielles et financières a deux conséquences dramatiques : l´instrumentalisation de l´Ecole au service de la compétition économique et l´aggravation des inégalités sociales dans l´accès aux savoirs. L´Ecole s´était massifiée en permettant aux enfants du peuple d´accéder - partiellement, timidement - à la richesse des savoirs réservés jusque-là aux fils et aux filles de la bourgeoisie. Maintenant que la massification a été menée à son terme, on somme l´enseignement de ramener l´instruction du peuple dans des limites qu´elle n´aurait jamais dû franchir : apprendre à produire, à consommer et à respecter les institutions en place. L´Ecole asservie aux contraintes du marché est une institution de dressage social, non le creuset d´une citoyenneté démocratique.
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