Disney ne veut pas de Michael Moore
Le groupe américain a interdit à sa filiale Miramax de diffuser le nouveau documentaire de Michael Moore
Intitulé " Farenheit 911", le documentaire décrit les liens unissant la famille Bush à des familles saoudiennes, dont celle de Ben Laden.
Selon Michael Moore, le film pourrait remettre en cause les " millions de dollars" d´abattements fiscaux consentis par l´Etat de Floride aux studios Disney qui y possèdent des parcs à thèmes et des hôtels.
" Farenheit 911", en lice pour la Palme d´or au prochain festival de Cannes, met " en colère" le gouverneur de Floride, Jeb Bush, frère du président des Etats-Unis, affirme le réalisateur. La Floride est l´Etat où les voix avaient dû être recomptées lors des élections de 2000.
Le film explique le rôle joué par l´administration américaine dans l´évacuation de membres de la famille Ben Laden après les attentats du 11 septembre 2001 revendiqués par Al-Qaïda, qui ont fait près de 3000 morts aux Etats-Unis.
Disney, qui a acheté Miramax depuis plus de dix ans, a une entente contractuelle avec les dirigeants du distributeur, Bob et Harvey Weinstein. Celui-ci permet à la compagnie d´empêcher la distribution de films sous certaines circonstances, comme un budget excessif ou une interdiction aux mineurs.
" C´est un film tout à fait légitime", a déclaré le PDG de Disney, Michael Eisner, sur la chaîne de télévision CNBC. " Mais nous ne voulons pas qu´il tombe" en période électorale, " nous ne sommes pas une société politiquement engagée", a-t-il ajouté. Miramax est libre de trouver un autre distributeur en Amérique du Nord mais une nouvelle entente impliquerait un partage des profits, une embûche pour Harvey Weinstein qui est un généreux contributeur aux finances du parti démocrate.
Le réalisateur a rendu hommage à Harvey Weinstein et à Miramax pour l´avoir " soutenu pendant toute la production de ce film", en participant notamment très largement à son budget de 6 millions de dollars.
Il accuse les studios Disney de vouloir " tuer" son film. " Depuis presque un an, cette bataille aura constitué une leçon sur la difficulté qu´il y a dans ce pays à créer une oeuvre qui dérange ceux qui sont aux affaires", estime-t-il. " A ce point, on doit répondre à cette question. Cela doit-il arriver dans une société libre et ouverte où les intérêts financiers décident essentiellement de ce que le public est autorisé à regarder?", se demande Michael Moore.
Le cinéaste peut pourtant revendiquer de bonnes performances commerciales. Son documentaire précédent, " Bowling for Columbine", Oscar du meilleur documentaire et récompensé à Cannes, a engrangé 22 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord.