En 1939, on se demandait s´il fallait mourir pour Dantzig. Doit-on aujourd´hui mourir pour Danone ? Déjà que mourir pour des idées n´est plus à la mode, alors pour Danone...
C´est que la belle marque française n´est pas comme les autres. J´entends par là qu´elle ne licencie pas, qu´elle ne court pas après la profitabilité totale, qu´elle se satisfait de peu, qu´elle est merveilleuse en somme, et la voilà attaquée par les squales de la finance la plus internationale et apatride qui soit. Heureusement, nos valeureux hommes politiques sont là : ardents défenseurs du libéralisme quand le vent est à l´est, les voilà étatistes quand il souffle de l´Atlantique. Oui, il faut défendre les grands groupes français, si fragiles, si, comment dire ? De chez nous ! Ah oui, de chez nous, voilà d´où qu´ils sont, et la v´la la cause qui nous faut pour les défendre ! Des emplois au pays, des bénéfices au pays. Ca fleure bon la fin des années soixante-dix et Chirac la clope au bec. Oui, ça a existé, certains y croient encore.
Que Danone ou n´importe quel groupe qui m´est étranger passe aux mains d´actionnaires africains, je l´avoue : je m´en moque. Totalement. Si les Africains ont enfin les moyens d´acquérir de quoi distribuer gratuitement dans les écoles du Burkina-Faso des biscuits aux petits enfants enfin actionnaires et bénéficiant du souffle prophétique de la finance mondialisée et reine, eh bien, je m´en fous ! Enfin, je veux dire, je trouve tout cela très bien, merveilleux et même U-T-O-P-I-Q-U-E ! Car aujourd´hui à la radio, alors qu´à London des quidams prêts à mourir, eux, par une absence d´idées, ont tenté de prouver la résistance des sacs à dos de camping d´une grande enseigne ( il nous reste au moins ça), que nous dit-on à la radio ? J´ai cru rêver, mais le journaliste répète la chose plusieurs fois, en introduction et, paraît-il, dans l´analyse.
Les marchés financiers ont gardé leur sang-froid !
Oui, vous êtes humain si cela ne vous laisse pas de marbre. Après l´oncle Adolf et son chien Bénito, après le petit père Joseph et mon pote Paul d´extrême-orient, après toutes ces enflures et leur gouvernance comme dirait l´abruti du Haut-Poitou, la radio nous avoue qui c´est le chef ici putain : les marchés financiers. Le voilà le patron, un connard sachant compter sans ses doigts est un connard qui nous gouverne, comme le fameux chasseur sachant chasser sans son chien, ou l´usine sans ouvrier, ou le groupe industriel sans usine, ou le prolo sans travail. Soyez sans, et vous serez riche, si vous êtes du bon côté du marché financier.
Je disais donc que les marchés financiers ont gardé leur sang-froid. Je n´en reviens pas. Et pourtant, je suis au courant. Je sais aussi que ce genre de chose, ce que les experts considèrent comme la globalisation, c´est surtout bon pour le moral de ceux qui l´ont déjà, les pieds dans le sable chaud des plages où les prolos du Pas de Calais posent rarement la main, pas même en carte postale vu qu´on ne leur écrit jamais de ces coins-là. Rien de nouveau sous le soleil, sans doute. Sauf qu´autrefois, le patron avait une sorte de visage, une sorte de chauffeur, et qu´il était encore temps de pousser ses gamins à réussir à l´école, car il existait une porte de sortie. Si seulement des fanatiques pouvait vraiment terroriser les marchés financiers sans tuer personne.