PATTANI ( AFP), le 28-04-2004
Une centaine de " séparatistes" musulmans ont été abattus mercredi dans des combats avec les forces de l´ordre thaïlandaises et un raid contre une mosquée dans le Sud à majorité musulmane, lors des pires violences qu´ait connues la région, ont annoncé les autorités.
Le porte-parole de la 4e Armée qui couvre le Sud, à 1.000 km de Bangkok, près de la Malaisie, Chitnart Bunnothoka, a précisé que 107 assaillants avaient été tués, ainsi que trois policiers et deux soldats.
Les séparatistes présumés, des jeunes apparemment seulement armés de machettes, ont été abattus à l´aube en lançant des attaques coordonnées contre une dizaine de postes de contrôle de l´armée et de la police des provinces de Yala, Pattani et Songkhla.
Six heures plus tard, les forces de sécurité lançaient un assaut sanglant contre une des plus vieilles mosquées du pays où s´étaient retranchés les derniers des assaillants, tuant 32 d´entre eux.
Ces violences sont les plus meurtrières dans le Sud, une région qui avait été le théâtre d´une forte agitation séparatiste dans les années 70 et 80 et a été secouée depuis janvier par une série d´attaques qui avaient déjà fait 65 morts.
L´assaut contre la mosquée Kreasae, près de Pattani, a été lancé après six heures de siège et alors que des imams se tenaient prêts pour des négociations.
Le vice-Premier ministre Chavalit Yongchaiyudh avait aussi assuré vouloir les " prendre vivants, les interroger".
" Nous avons entendu plein de tirs et des explosions de grenades", a dit un témoin, Saroni Duereh, après l´assaut qui n´a laissé aucun survivant.
Mercredi, le Sud évoquait un pays en guerre. Des véhicules blindés circulaient dans les rues et des corps maculés de sang étaient jetés sans cérémonie dans des camions pour être examinés par des médecins légistes.
Certains des cadavres baignant dans des mares de sang portaient des couvre-chefs musulmans, d´autres serraient encore leur machette.
Jakrapob Penkair, porte-parole du gouvernement, a expliqué que les autorités n´avaient pas planifié d´éliminer tant de rebelles par " un meurtre de masse" mais souhaitaient répondre avec fermeté à la crise.
Le vice-directeur de l´Internal Security Command, le général Panlop Pinmanee, a attribué les attaques à des séparatistes.
" Il est absolument certain que ce sont des séparatistes", a-t-il dit, affirmant qu´ils avaient " été entraînés à la guérilla" par des mouvements séparatistes historiques.
Le Premier ministre Thaksin Shinawatra a expliqué la faiblesse des pertes humaines parmi les forces de l´ordre par le fait que les attaquants étaient mal armés.
Une source requérant l´anonymat a néanmoins fait état d´indications selon lesquelles ceux-ci avaient été attirés dans un piège par des rumeurs selon lesquelles les postes de contrôle étaient très mal protégés.
Les provinces pauvres du Sud connaissent depuis janvier des violences quasi quotidiennes que le gouvernement a successivement attribuées à des gangsters, des mouvements séparatistes ou des radicaux islamistes liés à des réseaux internationaux tels la Jamaah Islamiyah ( JI), sans jamais rien prouver.
La Thaïlande est visée par la menace terroriste, comme l´a montré l´arrestation sur son sol l´an dernier de l´Indonésien Hambali, chef présumé du réseau régional de la JI qui y avait fait de nombreux séjours.
Les membres des forces de l´ordre ont été les premières victimes des violences, mais des chefs de village, des moines bouddhistes et des civils ont également été abattus ou égorgés tandis que les touristes étaient aussi visés.
Des incendies criminels ont aussi réduit en cendres des dizaines de bâtiments publics et surtout d´écoles publiques.
M. Thaksin n´a pas été capable d´endiguer les violences, en dépit du remplacement, dans le courant du seul mois de mars, des ministres de la Défense et de l´Intérieur, du numéro un de la police nationale et du commandant de la 4e région militaire.