" E...... de ta race", ça passe
La justice est parfois amenée à statuer de façon assez cocace. Ainsi, le tribunal correctionnel de Paris a-t-il analysé l´insulte " Enculé de ta race", estimant au final qu´elle ne constitue pas une insulte raciste. Un grand moment de prose juridique...
Mis en ligne le 28 juin 2005
" Extrêmement grossière" certes mais pas raciste. C´est en substance le jugement rendu récemment par le tribunal correctionnel de Paris. La 17e chambre du tribunal correctionnel avait à statuer sur la plainte du président de l´association des commerçants du marché des Puces de Paris ( 18e arrondissement) David Chekroun, pour injure à caractère racial après avoir été traité d´"Enculé de ta race" par un autre commerçant, Omar Hatem. Dans ce jugement rendu le 23 juin, le tribunal a d´abord relevé que cette insulte " est assez largement répandue dans certains milieux, notamment chez beaucoup de jeunes gens, quels que soient leur origine ou leur sentiment d´appartenance".
La portée sémantique ne peut être appréciée sans se pencher sur ses conditions de formation et d´usage, fait remarquer le tribunal qui se livre ensuite à une véritable leçon d´analyse lexicale. " Exprimant généralement un violent dépit mêlé d´un incoercible colère, elle est indifféremment utilisée sous forme d´interjection -la présence d´un tiers n´est pas indispensable- ou d´insulte particulièrement blessante, l´origine du tiers victime n´étant alors nullement déterminante", selon le jugement.
" La race imaginaire"
En effet, " comme d´autres insultes de la même veine, désormais devenues courantes -sinon communes- telles que " ta race", " fils de ta race" ou " putain de ta race", l´expression poursuivie ne stigmatise par l´origine particulière ou identitaire réelle ou supposée de l´autre en le renvoyant à la " race" imaginaire de tous ceux que le locuteur entend, à cet instant, distinguer de lui", a estimé le tribunal. " En renvoyant son interlocuteur à une " race" -mot à très forte charge émotionnelle et unanimement proscrit- non autrement qualifiée, ni précisée, le propos se veut performatif, faisant naître sur l´instant la " race" métaphorique et indistincte des gêneurs et des fâcheux à maudire", a souligné le tribunal qui a remarqué d´ailleurs que " le spectacle de la rue ou sa transcription cinématographique ou littéraire" démontrait que cette insulte pouvait être utilisée entre deux personnes de même origine.
Pour le tribunal, " ni la légitimité, ni la nécessaire vigueur de la répression du racisme et de l´antisémitisme ne sauraient s´accommoder de tenir pour raciste ou antisémite une injure publique qui ne l´est ni intrinsèquement, ni au regard des circonstances dans lesquelles elle a été proférée". De ce fait, Omar Hatem a été relaxé. Le parquet de Paris a fait appel de ce jugement