Poursuivre le débat
Enfin la transparence est survenue : il n´y avait pas de plan B pour améliorer ou refaire le texte de la Constitution, soumis actuellement au suffrage des citoyens des pays de l´Union européenne.
Pourtant, 34 % de ceux qui ont voté « non » pensaient qu´il existait un plan de secours pour rattraper l´affaire par une négociation. Le désarroi des responsables dans les institutions européennes et dans les pays de l´Union, plus la dynamique délétère créée par le « non » français montrent que rien n´avait été prévu dans ce domaine.
L´opinion publique s´est donc trompée ou a été trompée sur ce point et il faudra étudier les sources de ce qui apparaît comme une série de manipulations. En effet, de trop nombreuses informations inquiétantes ou de réflexions négatives concordantes sont tombées à pic en cette campagne pour faire craindre l´Union européenne, en faire le cheval de Troie de la mondialisation alors qu´elle en est d´abord le bouclier.
Tout cela signifie entre autres que l´opinion française n´était pas assez consciente de ce qu´est l´Europe, de son histoire, de ses méthodes, de son projet. L´Europe a été dénigrée, transformée en bouc émissaire durant des années par des responsables politiques qui, ensuite, sont venus demander de voter « oui ». L´Europe a été défigurée dans cette campagne. Mais il faut le reconnaître, l´Europe n´a pas été assez enseignée auparavant dans les écoles, les grandes écoles et les universités. Pour les uns, l´Europe, cela va de soi. Pour les autres, c´est une structure comme une autre, mais, c´est vrai, l´Europe et ses constructeurs, ses animateurs, ses militants n´ont pas fait tout ce qui était nécessaire pour la faire connaître et aimer.
61 % des Français voudraient renégocier
Pourtant, l´Europe séduit ceux qui la découvrent soit par eux-mêmes, soit par ceux qui savent l´expliquer. Il y a, en ce domaine, un effort considérable à fournir. L´éducation civique doit être revue en ce sens. L´histoire de l´Union européenne, de ses origines, de ses objectifs doit être mieux enseignée et les médias doivent trouver les moyens et les méthodes pour y contribuer.
Cependant, on peut se poser la question : les Français veulent-ils l´Europe ou bien leur « non » est-il un véritable rejet ? 61 % des Français interrogés par le sondage CSA/Ouest-France/LCP ( 1) souhaitent que l´on renégocie la Constitution. On devrait donc pouvoir aller de l´avant avec tous ceux qui, dans les autres pays partenaires, ont déjà approuvé le traité. Nous ne voulons pas leur tourner le dos et, heureusement, car beaucoup d´entre eux mettent leur espoir dans l´Union européenne. Nombre d´entre eux sont, en effet, sortis de la glaciation soviétique. Pour eux, le chemin vers la liberté, dont ils avaient été cruellement privés durant soixante ans, passe par elle. Il en va de même envers cette prospérité qui s´épanouissait dans l´Occident et qui, aujourd´hui, leur est enfin devenu accessible grâce à leur entrée dans l´Union européenne.
Pour toutes ces raisons, parce qu´il n´y a pas d´autre grand projet pour unir dans la paix les peuples d´Europe, il faut évidemment continuer. L´Union européenne a tout ce qu´il faut pour cela. Ses structures, ses moyens n´ont pas disparu avec le résultat du référendum français ou néerlandais. Notre intérêt s´est manifesté pour le dialogue intense que la Constitution a suscité. Alors, il ne faut pas laisser retomber le débat. Il importe de le poursuivre, de l´alimenter, de lui trouver un moteur et les lieux où il pourra se poursuivre et s´intensifier. Les Parlements des pays d´Europe et le Parlement européen doivent se saisir de ce débat, le relancer, en rendre compte à leurs électeurs et les y faire participer.
( 1) Sondage CSA/Ouest-France/LCP, Ouest-France mercredi 8 juin 2005.