Pétition :
Une justice privée sur Internet : c´est ce que le gouvernement propose au Parlement d´instaurer avec son projet de loi sur l´économie numérique qui reprend en l´aggravant une tentative avortée en 2000.
L´article 2 du nouveau projet vise à modifier le chapitre VI de la loi sur la liberté de communication qui comprendrait désormais 8 articles ( 43-7 à 43-14).
Les articles 43-8 et 43-9 reprennent en substance les dispositions de l´amendement Bloche invalidées par le Conseil constitutionnel. Ils portent de la même façon atteinte à la liberté d´expression, d´information et de communication, à la présomption d´innocence et au droit à un procès équitable. Ils méconnaissent une fois de plus l´article 34 de la Constitution.
L´article 43-12 est totalement superfétatoire. L´autorité judiciaire a exercé à plusieurs reprises les pouvoirs qui lui sont inhérents sans problème d´application, lors d´injonction de suppression d´un contenu hébergé en France. Dans le cas du filtrage d´accès à des contenus hébergés à l´étranger, elle ne les a pas mis en oeuvre devant les immenses problèmes juridiques et démocratiques que pouvait susciter leur application.
L´article 3 du projet de loi, modifiant le code de la propriété intellectuelle, est également superfétatoire. Il réaffirme ces mesures dans le cas spécifique d´un contenu portant atteinte au droit d´auteur et aux droits voisins.
Par deux fois déjà, le gouvernement et le Parlement ont tenté de transférer les prérogatives de l´autorité judiciaire pour juger de la légalité des contenus diffusés publiquement sur Internet par les citoyens : à une commission administrative en 1996 ( amendement Fillon au projet de loi sur la réglementation des télécommunications) ; à des sociétés commerciales en 2000 ( amendement Bloche au projet de loi sur la liberté de communication). Dans les deux cas, le Conseil constitutionnel a invalidé ces dispositions en rappelant gouvernement et Parlement à leurs devoirs.
Les signataires considèrent qu´il n´est pas concevable, dans un pays démocratique, de permettre les atteintes aux droits fondamentaux des citoyens, en préconisant de dissimuler l´objet d´un délit supposé, plutot que d´en identifier les auteurs et de les sanctionner s´il y a lieu.
Il n´est pas plus concevable qu´Internet échappe au droit commun. C´est pourtant ce qu´instaureraient les dispositions citées des articles 2 et 3 du projet de loi sur l´économie numérique.
En conséquence, les signataires demandent la suppression des articles 43-8, 43-9 et 43-12 introduits par l´article 2 du projet de loi, ainsi que son article 3 ;
ils affirment que l´actuel article 43-8 de la loi sur la liberté de communication est pleinement à même de « concilier la liberté de communication d´une part, la protection de la liberté d´autrui et la sauvegarde de l´ordre public d´autre part », obligation du législateur constamment rappelée par le Conseil constitutionnel ;
ils notent enfin que les articles 43-10 et 43-11 introduits par l´article 2 du projet de loi viennent pertinemment compléter l´ensemble du dispositif, rendant ainsi la législation française parfaitement conforme aux dispositions de la Directive européenne sur le commerce électronique relatives aux intermédiaires techniques d´hébergement et d´accès.
Signer la pétition : http://www.iris.sgdg.org/actions/len/signer.html