WASHINGTON ( AFP) - Les Etats-Unis vont devoir traiter avec une Union européenne affaiblie par rejet du traité constitutionnel européen par les Français, au moment où l´administration Bush a besoin de ce partenaire sur plusieurs dossiers internationaux, selon des experts américains.
" Je pense que le point de vue dominant sera que les Etats-Unis font face désormais à une foule de leaders européens affaiblis. Blair est affaibli, Chirac est désormais affaibli, Schroeder se prépare à ce qui apparaît comme une défaite, Berlusconi vient de changer son gouvernement et cela pose problème aux Etats-Unis qui ont besoin d´aide dans le monde", estime Charles Kupchan, expert des questions européennes au Council on Foreign Relations.
" A un moment où l´administration Bush montrait une volonté renouvelée de traiter avec l´Europe en tant qu´Union, il se peut que l´UE manque à l´appel", juge de son côté Simon Serfaty, expert des questions européennes au Center for Strategic and International Studies ( CSIS).
" Que peut-on attendre désormais de l´UE et de ses membres, en Iran, mais aussi en Irak, en Afghanistan, au Liban et ailleurs au Proche-Orient ( ...)? La question est décourageante: si ce n´est pas avec l´UE et ses membres, avec qui; si ce n´est pas maintenant, quand?", ajoute-t-il.
" Nous étions en train de constater depuis janvier le début d´un processus de revitalisation des relations transatlantiques, cela va se ralentir", juge pour sa part Samuel Wells, expert des questions européennes au Woodrow Wilson Institute.
Selon lui, " le gouvernement américain et les experts prendront moins au sérieux l´UE en tant qu´acteur de la politique internationale".
Charles Kupchan ne pense pas toutefois " qu´il y aura un impact immédiat sur les relations américano-européennes".
Le département d´Etat a réagi lundi en déclarant s´attendre à poursuivre les relations de " partenariat" avec l´Union européenne " quelles que soient les évolutions de l´UE".
Selon M. Kupchan, le gouvernement américain est divisé sur les relations avec l´Europe. " Il y a ceux qui préfèrent une Europe plus faible, plus décentralisée, ceux qu´on appelle les durs, et les autres, principalement au département d´Etat qui voient cela comme un revers et préfèrent une Europe plus forte et plus unifiée comme partenaire des Etats-Unis", ajoute-t-il.
Samuel Wells pense de même. " Les néo-conservateurs et un très large groupe au Congrès qui préfèrent traiter avec l´Europe demanière bilatérale et ne pas travailler via l´Union européenne se sentiront enclins à le faire", estime-t-il.
" Il y a un groupe important parmi l´élite politique qui estime que le principal sujet de politique étrangère est la Chine et il aura désormais des arguments pour dire que plus d´attention devrait être portée à Chine et moins à l´Union européenne", ajoute-t-il.
Les médias américains s´interrogent aussi lundi sur l´impact du vote français. Le Washington Post estime qu´"il est difficile de voir quelque chose de bien positif ressortir du non français", alors que le New York Times juge que le vote " pourrait paralyser les prises de décision dans l´Union européenne pendant des mois".
Les médias américains jugent également qu´il s´agissait d´un coup sérieux asséné au président français Jacques Chirac. Le vote " a profondément blessé le président français", souligne le New York Times. Pour le Los Angeles Times, " la défaite a constitué une terrible répudiation pour Chirac".
Un revers qui ne déplait peut-être pas à certains au sein de l´administration Bush. Selon Charles Kupchan, " il y a peut-être certains membres du gouvernement américain qui ne sont pas malheureux des mésaventures politiques de Chirac en raison des divisions passées sur l´Irak".