Ouzbékistan: tensions à la frontière kirghize, Washington hausse le ton
AFP 21.05.2005 - 12:18
La situation restait tendue en Ouzbékistan à la frontière avec le Kirghizstan, avec une manifestation à Kara-Suu pour réclamer la libération d´un leader islamiste local, alors que Washington a haussé le ton face aux répressions du régime autoritaire ouzbek.
A Kara-Suu, ville-frontière entre l´Ouzbékistan et le Kirghizstan, 200 manifestants, des femmes pour la plupart, ont manifesté pour demander la libération, entre autres opposants récemment interpellés, du chef rebelle islamiste Bakhtiyor Rakhimov, selon un correspondant de l´AFP.
Ce leader de l´opposition locale a été arrêté par les autorités lors des troubles débutés la semaine dernière dans cette ville de 30.000 habitants située à 50 km d´Andijan, théâtre d´une insurrection réprimée dans le sang le 13 mai.
Pendant ce temps, les Etats-Unis se sont déclarés vendredi soir " déçus" par le refus du président ouzbek Islam Karimov d´ouvrir une enquête indépendante sur les violences d´Andijan, et ont laissé planer une menace d´isolement accru de Tachkent.
La secrétaire d´Etat Condoleezza Rice a ainsi " exhorté le gouvernement Karimov à permettre l´ouverture d´une enquête sur les événements qui se sont produits", et l´a appelé à " répondre positivement aux inquiétudes justifiées de la communauté internationale".
" Je ne pense pas que l´Ouzbékistan veuille subir un isolement plus grand au sein de la communauté internationale", a ajouté Mme Rice.
Alors que plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne et la France, réclamaient une enquête internationale sur la répression d´Andijan, le président ouzbek Islam Karimov a jugé cette semaine que l´envoi d´une commission internationale pour enquêter sur les événements du 13 mai n´était " pas nécessaire", dans un entretien téléphonique avec le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.
La répression de l´inssurection a fait 169 morts, selon Tachkent, mais des organisations de défense des droits de l´homme, dont la Fédération internationale d´Helsinki pour les droits de l´homme ( IHF), parle d´un millier de morts.
Alors que la situation semblait revenir au calme dans l´ensemble de l´Ouzbékistan, le dispositif policier restait très important samedi à Kara-Suu, ville près de laquelle une centaine de civils auraient été tués lors des troubles survenus dans la foulée de l´insurrection réprimée d´Andijan, selon le président de la Société des droits de l´homme d´Ouzbékistan, Talib Yakoubov.
La manifestation de samedi a été marquée par un incident concernant des journalistes, dont le travail est très limité par les autorités ouzbèkes depuis la répression de l´insurrection de Kara-Suu le 13 mai.
Deux journalistes de l´agence américaine AP, Micha Japaridzé et Burt Herman, ont été brièvement interpellés côté ouzbek, en début d´après-midi, par des hommes en civil, qui les ont menacés de mort.
" On va te tuer, donne ton appareil photo", a dit l´un des hommes, a rapporté M. Japaridzé à l´AFP, ajoutant qu´un ordinateur portable avait été saisi au terme d´une longue fouille.
La manifestation de samedi s´est achevée dans le calme dans l´après-midi, mais la population redoute toujours les arrestations. " Il y a beaucoup de rumeurs sur des arrestations", a notamment indiqué un paysan ouzbek en demandant que soit respecté son anonymat. " Les gens se plaignent. Ils en ont assez. Nous voulons plus d´argent et de travail et les autorités nous envoient plus de soldats et de policiers", a-t-il ajouté.
Bush a peut-être encore envi d´envoyer ses petits soldats faire mumuse... 