L´objectif élyséen de Laurent Fabius
Laurent Fabius a pris un pari risqué pour son avenir en devenant le chantre du « non » socialiste.AFP
La campagne référendaire sur l´Europe a fait renaître l´affrontement politique entre les deux anciens Premiers ministres socialistes, Laurent Fabius et Lionel Jospin. Le pari « présidentiel » du premier s´avère hasardeux.
Il a retrouvé un rôle à la hauteur qu´il estime être la sienne, c´est-à-dire près du sommet. En quelques semaines, Laurent Fabius est devenu le principal porte-parole du « non » au référendum. Et, même si le chef de l´État s´est bien gardé de répondre à son offre d´une confrontation personnalisée, comme Mitterrand/Séguin pour Maastricht en 1992, il a réussi à s´imposer comme l´anti-Chirac, le « chef du non » en quelque sorte.
Il y a moins d´un an, Laurent Fabius non seulement était mal dans les sondages, mais les succès électoraux du PS étaient attribués en priorité à son Premier secrétaire, François Hollande. Lequel devenait un rival pour la candidature socialiste à la présidentielle. Il fallait retourner cette situation. L´occasion se présentait avec le référendum interne au PS : si le « non », dont il prenait alors la tête, l´avait emporté, cela aurait forcément entraîné un changement de majorité au sein du parti et lui aurait ouvert la possibilité d´être candidat en 2007. La manoeuvre a échoué, mais l´objectif est resté le même. Comme dit le député PS Bruno Le Roux, « Fabius n´a pas de plan B pour l´Europe, mais il a bien un plan P, comme présidentielle ! »
Le duel relancé
Il a d´ailleurs habilement joué tous ces derniers temps, se refusant à toute polémique avec ses camarades partisans du « oui » qui, pourtant, ne le ménagent pas. Puisqu´il cite souvent le cas du « plombier polonais » qui viendrait confisquer le travail de l´ouvrier français, certains n´hésitent pas à lui reprocher de tenir des « discours proches de Le Pen ». Et puis, comment aurait-il raison « contre tous les partis socialistes européens et la quasi totalité des syndicats », demande Martine Aubry.
Fabius n´en a cure. Prudent mais déterminé, il ne cesse de proclamer qu´il a toujours été « pro-européen », il s´abstient de participer à des meetings avec d´autres partisans du « non » de gauche, mais il s´affiche avec José Bové, réactive ses réseaux d´élus et donne des interviews y compris à L´Humanité. Partout, il se présente en héraut de l´« Europe sociale » face à l´« Europe libérale » « dominée par la finance ». Comme l´homme d´un « non » historique, ainsi que l´a été celui de François Mitterrand à « l´Europe de Margaret Tchatcher ».
Cependant, la poussée du « non » dans les sondages a ramené Lionel Jospin sur l´avant-scène. Et voici l´interminable duel des deux principaux « héritiers » de François Mitterrand relancé. Sans jamais prononcer son nom, Lionel Jospin s´est appliqué à démonter point par point l´argumentaire de son rival, dénonçant ceux qui « n´ont pas lésiné sur les peurs et les contrevérités ». Laurent Fabius a fait de Jacques Chirac le « chef du oui ». Non, a corrigé Jospin, « le seul chef du « oui » que je connaisse, c´est François Hollande ». Une manière de relégitimer le Premier secrétaire un peu affaibli en cette fin de campagne.
Si le « oui » l´emporte, Laurent Fabius devra payer la facture qui risque cette fois d´être lourde. Si le « non » gagne, son espace politique s´élargit : il aura été mieux compris dans le pays que dans son propre parti. Mais, même dans cette hypothèse, son pari - être candidat à la présidentielle - s´avère très difficile. « Pour rassembler les socialistes, mieux vaut avoir respecté leur vote », a averti François Hollande. Certains aussi l´accusent déjà d´avoir aidé l´autre gauche, plus radicale ( communiste, trotskiste, altermondialiste) à prendre sa revanche sur le PS. D´autres insistent sur l´isolement dans lequel il aura placé le PS en Europe. Bref, si l´ancien jeune Premier ministre a réussi, dans cette longue campagne référendaire, à se faire respecter, et même craindre, il n´aura guère fait progresser sa cote d´amour chez les siens.
Jean-Yves BOULIC.