Textiles: Bruxelles veut agir sans affecter la relation avec la Chine
BRUXELLES ( AFP) - La Commission européenne a franchi dimanche le premier pas vers d´éventuelles mesures de sauvegarde contre la hausse " spectaculaire" des importations de textiles chinois, tout en insistant sur la nécessité de préserver les relations florissantes entre l´UE et la Chine.
Le commissaire européen pour le commerce Peter Mandelson a justifié l´ouverture d´enquêtes sur neuf produits textiles ou d´habillement chinois par " les hausses assez spectaculaires" des importations de Chine depuis la disparition, le 1er janvier 2005, des derniers quotas encadrant les échanges internationaux dans le secteur.
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" Dans plusieurs catégories de produits textiles et d´habillement, les importations suscitent une grave préoccupation", a déclaré M. Mandelson devant la presse. Il a cité la progression de 534% des arrivées de pull-overs chinois, accompagnées d´une chute du prix unitaire de 47%, par rapport aux mêmes mois de 2004.
Evoquant " sa responsabilité à l´égard de l´industrie européenne", mais aussi vis-à-vis de pays " vulnérables" dont les ventes en Europe peuvent être balayées par la concurrence chinoise, il a estimé ne pouvoir " rester l´arme au pied".
" Bien entendu, les exportations chinoises doivent pouvoir progresser à une vitesse normale après la fin des quotas. Mais nous devons aussi protéger l´industrie européenne si elle est confrontée à une poussée ruineuse d´une ampleur sans précédent", a argumenté le commissaire.
Toutefois, " si certains intérêts en Europe cherchent une guerre commerciale avec la Chine, ils ont frappé à la mauvaise porte", a-t-il ajouté, " nous voulons être certains que ce que nous ferons dans cette affaire n´affectera pas le développement de nos relations florissantes avec la Chine".
C´est pourquoi, en dépit de l´"anxiété" manifestée par certains Etats membres, qui ont toutefois refusé de demander eux-mêmes des mesures de sauvegarde, la Commission a décidé d´agir sur la base des faits et en privilégiant dès l´origine le dialogue avec Pékin, a expliqué le commissaire.
Pendant la période de consultations informelles de 60 jours qui s´ouvre, M. Mandelson " prie instamment la Chine de reconsidérer d´un oeil nouveau les mesures qu´elle a déjà mises en place et de se demander si elle ne peut pas faire davantage" afin d´auto-limiter ses exportations. Il a souhaité des mesures " efficaces, transparentes, appropriées et proportionnelles".
Si Pékin faisait la sourde oreille, une période de consultations formelles s´ouvrirait dans le cadre de l´Organisation mondiale du commerce ( OMC).
En vertu d´une clause spéciale du protocole d´adhésion de la Chine à l´OMC, autorisant des mesures de sauvegarde en cas de " sérieuses perturbations du marché", le textile européen pourrait en fait bénéficier dès la fin juin de limitations. La Chine devrait alors limiter la hausse de ses exportations à un niveau supérieur de 7,5% seulement au volume importé sur douze mois, de mai 2004 à avril 2005.
M. Mandelson a insisté sur ce point pour répondre à ceux des Etats membres qui accusent Bruxelles d´avoir agi " trop peu et trop tard".
Quant à une " mesure d´urgence" permettant d´aller plus vite, évoquée en coulisse par les Français et les Italiens sous la pression de leurs industriels, M. Mandelson attend une demande des ministres européens du Commerce, qu´il rencontrait dimanche soir à Luxembourg.
Pour le moment, " ils n´ont demandé aucune action", a-t-il dit, soulignant que la Commission agissait de sa propre initiative. " Nous nous réservons la possibilité d´user de cette mesure d´urgence dans des circonstances extrêmes", a-t-il ajouté.
Réaffirmant son attachement à la libéralisation des échanges, M. Mandelson a averti les industriels européens que toute protection serait " temporaire et transitoire". " Nous leur accordons un sursis pour s´adapter à la vie d´après les quotas", a dit le commissaire.
L´accord de 1995 sur la fin des quotas comprenait déjà, rappelle-t-on, une période de grâce de dix ans.