" Représentation de second ordre", " complètement ratée", " dialogue de sourds": la presse européenne de samedi était généralement sévère sur l´intervention télévisée du président Jacques Chirac en faveur du " oui" au référendum français sur le traité constitutionnel européen.
Alors que tous les sondages d´opinion depuis un mois donnent le " non" en tête, M. Chirac a tenté jeudi soir d´inverser la tendance lors d´un long plaidoyer pour le " oui" sur la chaîne privée de télévision TF1, devant quelque 80 jeunes réunis au palais de l´Elysée.
C´est la presse allemande qui est la plus dure dans ses commentaires.
" Il soufflait un air de RDA dans le studio, alors qu´un public obséquieux posait ses questions sur la Constitution européenne au président Jacques Chirac qui expliquait à ses compatriotes, parfois menaçant, parfois paternaliste, comment ils devaient voter le 29 mai", écrit le quotidien conservateur Die Welt.
Pour le journal de centre droit Sueddeutsche Zeitung, " malgré une mise en scène minutieuse et le cadre pompeux du palais de l´Elysée, ce fut une représentation de second ordre".
Dans un éditorial intitulé " La faute du président", le quotidien estime que " Jacques Chirac n´est pas l´homme qui peut faire accepter la Constitution européenne aux Français". " Contrairement à son prédécesseur François Mitterrand, qui était un Européen convaincu, Chirac agit face à Bruxelles avec la conscience de son pouvoir et de façon opportuniste", estime la Sueddeutsche Zeitung.
La presse autrichienne insiste sur la performance télévisuelle de M. Chirac, qu´elle juge décevante. " L´offensive de charme télévisée de Chirac a fait long feu", écrit le quotidien Kurier ( centre), qui juge la prestation du président français " complètement ratée".
" Dans une émission qu´il s´était fait tailler sur mesure, sans opposant politique ( ...), le président s´est laissé bousculer par 83 jeunes au point d´apparaître énervé", note le journal, qui consacre une page entière à la montée du " non" en France.
Selon Der Standard ( centre gauche), l´émission a montré un Chirac " sur la défensive", et " un échec de la Constitution européenne est devenu plus plausible" après sa prestation.
La presse britannique, elle, s´intéresse prioritairement aux conséquences qu´un " non" français aurait dans les autres pays de l´Union européenne.
Dans un long éditorial, le Financial Times, quotidien des milieux d´affaires, estime que " le choc psychologique du " non" en France serait énorme", et que " les premiers effets seraient la contagion du " non" français à d´autres Etats membres de l´UE".
Selon le Financial Times, " l´UE tomberait plus probablement dans une longue période d´introspection tortueuse similaire à celle qui a suivi le trouble autour du traité de Maastricht de 1992".
Même tonalité chez le Guardian ( gauche), pour lequel " un " non" français serait un coup grave, probablement fatal" à l´ambition de l´UE de devenir " un acteur global plus efficace". Après une première prestation qu´il juge " crispée" et " terne", le Guardian appelle M. Chirac à " faire de son mieux à l´approche du 29 mai".
En Italie, le quotidien économique Il Sole 24 Ore raille M. Chirac, sous le titre " La fin de la grandeur", et il ironise sur son utilisation répétée du célèbre appel du pape Jean Paul II " N´ayez pas peur".
" Cela faisait vraiment un drôle d´effet d´entendre le laïque Chirac, celui qui plus que tout autre en Europe s´est opposé à l´insertion de toute référence aux racines chrétiennes de l´Europe dans la Constitution, utiliser les paroles d´un pape", écrit le journal.
Pour La Repubblica ( gauche), l´intervention de Chirac a été " un dialogue de sourds ( entre) le pays et sa classe dirigeante, chacun avec ses angoisses et ses préoccupations, qui à aucun moment ne coïncidaient".
La presse espagnole consacre des articles factuels à l´intervention de M. Chirac. C´est aussi le cas au Danemark et en Norvège.
En Suède, le quotidien populaire Aftonbladet se demande, dans un éditorial intitulé " Le référendum pourrait être le dernier soupir de Chirac", si les électeurs socialistes français vont voter " non" pour refuser le traité constitutionnel " ou bien pour tenter de se débarrasser du président Chirac et de sa clique bourgeoise relativement corrompue".
Les seules notes positives viennent de journaux qui louent M. Chirac d´avoir pris le risque d´un débat public, comme Der Standard à Vienne ou Eleftherotypia à Athènes