PARIS, 18 avril ( AFP) - Une vive altercation a opposé lundi matin Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, lors du petit déjeuner hebdomadaire à Matignon, après les déclarations dimanche du ministre de l´Intérieur sur un changement de la politique gouvernementale après le 29 mai, a indiqué une source proche du gouvernement à l´AFP.
" Il y a eu une dispute très violente" entre les deux hommes et " Dominique de Villepin a affirmé à Jean-Pierre Raffarin que ce qu´il avait dit la veille était une commande", a-t-on précisé de même source.
Dominique de Villepin, qui a annoncé dimanche sur Europe 1 une inflexion de la politique menée actuellement par le gouvernement, quel que soit le résultat du référendum du 29 mai, avait tenu à préciser qu´il s´était entretenu le jour même avec Jacques Chirac.
Selon ce fidèle du chef de l´Etat, au lendemain du 29 mai, il faudra mener " une politique beaucoup plus volontaire, plus audacieuse, plus solidaire" pour " mieux prendre en compte les aspirations et les frustrations" des Français.
Le petit déjeuner de la majorité a été avancé de 24 heures, le Premier ministre étant l´invité de RTL, mardi matin à 7h50.
" Quelle que soit la réponse" au référendum du 29 mai, " le sentiment qu´expriment actuellement les Français ( ...) se traduira sur le plan de la politique nationale, même s´il n´y a pas de lien avec la question posée", avait déclaré sur Europe 1 le ministre de l´Intérieur.Depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles s´accumulent pour le gouvernement Raffarin - hausse du chômage, croissance 2005 revue à la baisse, grogne persistante des lycéens, etc.
M. de Villepin a expliqué qu´au lendemain du 29 mai, il faudra mener " une politique beaucoup plus volontaire, plus audacieuse, plus solidaire" pour " mieux prendre en compte les aspirations et les frustrations" des Français.
" Il ne faut pas être devin. Il suffit de regarder autour de soi", a constaté le ministre.
Autant de qualificatifs pouvant apparaître comme une critique de l´action de Jean-Pierre Raffarin et l´annonce du terme de son bail à Matignon au moment où la cote du Premier ministre est passée sous la barre des 30% dans le baromètre mensuel IFOP/JDD de dimanche. Et cela alors que les défaites électorales de 2004 n´ont pas entraîné de changement de cap.
Depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles s´accumulent pour le gouvernement Raffarin - hausse du chômage, croissance 2005 revue à la baisse, grogne persistante des lycéens, etc.-, alimentant les inquiétudes des Français.
Dans ce climat, le débat sur le traité constitutionnel européen a cristallisé ce mécontentement, certains à droite comme à gauche, partisans du oui, tirant la sonnette d´alarme. " Ils veulent dire merde...", disait récemment Jean-Louis Bourlanges ( UDF), tandis que François Hollande ( PS) s´efforce de déconnecter l´enjeu du référendum de la politique intérieure.
M. de Villepin, à qui M. Raffarin a reproché à plusieurs reprises de briguer sa place, s´est efforcé de ne pas apparaître comme son successeur. " Ce n´est pas une question d´hommes", il appartient à Jacques Chirac " de choisir lui-même". Néanmoins, il s´est montré disponible. " Toute ma vie je me suis préparé et entraîné pour faire un certain nombre de choses correspondant à mon idéal. Après, c´est le destin ( ...) c´est ceux qui sont au-dessus de nous qui tranchent".
Par ailleurs, M. de Villepin a critiqué l´attitude de certains des partisans du oui, sans citer de noms, qui font " l´école buissonnière", " folâtrent alors qu´il faudrait se concentrer sur l´essentiel".
" Il y a plusieurs combats qui semblaient être menés à partir de cette campagne. Ne confondons pas 2007 avec le référendum, ne confondons pas l´avenir de tel ou tel parti avec le référendum", a-t-il dit, alors que nombre de chiraquiens considèrent que le président de l´UMP Nicolas Sarkozy n´agit qu´au nom de son ambition présidentielle.