BICHKEK ( AFP) - L´opposition kirghize, exigeant la démission du président Askar Akaïev, s´est emparée jeudi du siège de la présidence à Bichkek, pris d´assaut par des milliers de manifestants, et le principal leader de l´opposition a affirmé que le chef de l´Etat avait quitté le pays.
" Nous contrôlons la présidence", a déclaré l´opposant, Kourmanbek Bakiev, faisant une entrée solennelle dans la " Maison blanche" au milieu des vivats de la foule.
M. Bakiev a par la suite annoncé à la télévision nationale que le président Akaïev avait quitté le Kirghizstan et que le Premier ministre avait démissionné. Ces informations n´ont pas été confirmées officiellement.
" Askar Akaïev n´est plus maintenant sur le territoire de la république, et le Premier ministre Nikolaï Tanaiev a donné sa démission", a déclaré M. Bakiev en direct à la télévision. Il n´a pas précisé dans quel pays le président se trouvait.
Par ailleurs, la Cour suprême kirghize a décidé à l´unanimité de refuser d´enregistrer le nouveau Parlement issu des élections législatives contestées de février-mars, selon le président de la Cour, Kourmanbek Osmonov, cité par l´agence russe RIA-Novosti.
L´incertitude régnait sur la situation de M. Akaïev depuis qu´il avait quitté la " Maison blanche" jeudi en début de matinée.
L´agence russe Interfax a affirmé, sans citer de source, que le président était arrivé par avion au Kazakhstan et que sa famille de M. Akaïev s´est rendue dans le même pays à bord d´un hélicoptère.
Ces informations n´étaient pas confirmées de source officielle vers 16h50 GMT. Le service de presse de M. Akaïev, interrogé par l´AFP, a déclaré ne pas savoir où se trouvait le président.
Des sources au ministère khirgiz de l´Intérieur ont déclaré que M. Akaïev était dans une de ses résidences, sous la protection des forces spéciales, et qu´il rencontrait un représentant de l´Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ( OSCE), qui tentait une médiation.
Mais l´OSCE a déclaré dans un communiqué ne pas savoir où se trouvait M. Akaïev.
Un des leaders de l´opposition, l´ancien vice-président Felix Koulov, emprisonné depuis 2000 et libéré jeudi par des manifestants, a démenti avoir annoncé la démission du président Akaïev, contrairement à ce qu´avait rapporté plus tôt l´agence russe RIA-Novosti.
" Je ne peux pas confirmer que le président a démissionné", a déclaré M. Koulov devant le parlement, où devait débuter une session des deux anciennes chambres. " Le devoir de l´opposition et du parlement est de garantir la sécurité du président élu par le peuple", a ajouté M. Koulov.
Auparavant, dans un discours à la télévision nationale, M. Koulov a exhorté M. Akaïev à accepter une passation pacifique et " constitutionnelle" du pouvoir et a appelé la population au calme.
M. Koulov, emprisonné pour corruption, a toujours affirmé que sa détention avait des motifs politiques.
Des milliers de partisans de l´opposition réclamant la démission de M. Akaïev s´étaient rassemblés dès le début de la matinée dans le centre de Bichkek. La capitale kirghize avait jusque-là été épargnée par le mouvement de protestation apparu après les élections, qui s´était concentré dans le sud et l´ouest du pays.
Des heurts ont eu lieu, qui ont fait une trentaine de blessés de part et d´autre, avec des coups de matraque, des jets de pavés et une charge à cheval des policiers. Mais aucun coup de feu n´a été échangé, alors que des armes et des caisses de munitions avaient été stockées par les soldats à l´intérieur du bâtiment.
En début d´après-midi, alors que les policiers, munis de boucliers, s´écartaient, et que certains passaient même du côté des manifestants, les manifestants ont pris d´assaut le bâtiment, le drapeau national du Kirghizstan a été brandi aux fenêtres et les portraits du président Akaïev ont volé au dehors.
Quelques heures plus tard, des manifestants entraient au siège de la télévision d´Etat, et très vite l´opposition annonçait l´avoir prise sous son contrôle. Les premières images des événements passaient alors aux informations.
" Le président doit voir combien de gens demandent sa démission et partir de lui-même", a lancé M. Bakiev.
Le déroulement des événements de jeudi semble avoir surpris les leaders de l´opposition. " Ce matin encore, je ne m´attendais pas à cette tournure des événements", a déclaré M. Bakiev en fin de journée.
Dans la matinée, un proche du président avait décidé de quitter le navire: le secrétaire d´Etat, chargé de " l´idéologie" au sein du pouvoir, Osmonakoun Ibraïmov, avait démissionné pour protester contre " la rigidité inutile du président" Akaïev face à l´opposition.
La veille, le chef de l´Etat avait limogé son ministre de l´Intérieur et le Procureur général pour nommer de nouveaux responsables qui avaient immédiatement prôné la plus grande fermeté face au " coup d´Etat".
M. Akaïev, 60 ans, au pouvoir depuis 1990 dans ce pays pauvre de l´Asie centrale, avait exclu dès mardi toute négociation avec des " révolutionnaires" qui sont selon lui " financés et dirigés de l´étranger".
Le ministère russe des Affaires étrangères a appelé jeudi à " ramener la situation sur le terrain de la légalité" au Kirghizstan et à appliquer la Constitution.
En outre, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a appelé l´OSCE à la responsabilité, l´accusant en substance d´avoir encouragé le mouvement d´opposition au Kirghizstan.
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decidement c´est l´année des revolutions