New york de notre correspondant
L´économie américaine a créé 262 000 emplois en février, sa meilleure performance depuis quatre mois, selon les chiffres publiés vendredi 4 mars par le département du travail. Elle est supérieure aux prévisions des analystes, qui attendaient 225 000 embauches nettes.
Dans le même temps, le taux de chômage a augmenté à 5,4 % de la population active, contre 5,2 % en janvier, mais il s´agit aussi paradoxalement d´une bonne nouvelle. Elle montre que des Américains découragés, qui avaient renoncé à trouver du travail, ont à nouveau l´espoir d´en obtenir un. La population active des Etats-Unis atteint maintenant 148,1 millions de personnes, dont 8 millions à la recherche d´un emploi.
Le décalage entre une activité soutenue et la relative faiblesse des créations d´emplois a été tout au long de l´année dernière et de la campagne présidentielle un sujet de polémique. Mais la crainte d´une " croissance sans emplois", conséquence des délocalisations, des gains de productivité et de la prudence des chefs d´entreprise, s´est estompée. Les Etats-Unis ont créé 2,4 millions de postes l´an dernier et près de 400 000 lors des deux premiers mois de 2005.
La santé du marché du travail a d´autant plus d´importance pour l´économie américaine qu´elle a un impact direct sur le moral des ménages et donc sur la consommation, qui représente près de 70 % du produit intérieur brut ( PIB). L´optimisme du consommateur américain a permis de surmonter la récession de 2001, le choc des attentats du 11-Septembre, l´impact des scandales à Wall Street et celui des guerres d´Afghanistan et d´Irak.
Les ménages très endettés ont été soutenus depuis 2001 par les baisses massives de taux d´intérêt et d´impôts. Deux stimulants qui ont cessé d´agir aujourd´hui. Les taux remontent depuis juin 2004 et les derniers chèques de remboursement du Trésor ont été versés l´été dernier. Pour que les Américains, dont le pouvoir d´achat a été affecté par l´envolée des prix du pétrole, continuent à consommer, il faut que les salaires augmentent ou que des emplois soient créés en nombre. Les rémunérations stagnent, mais les embauches sont là et dopent Wall Street. L´indice Dow Jones de la Bourse de New York a fini, vendredi, en hausse de 1 % et a dépassé le seuil des 10 900 points pour la première fois depuis juin 2001. " Nous avons la confirmation que l´expansion se poursuit à un bon rythme, pas trop faible, ce qui pèserait sur l´emploi, et pas trop fort, ce qui créerait de l´inflation", estime Hans Olsen, du groupe d´investissement Bingham Legg Advisers.
Les dernières statistiques confirment le dynamisme de l´activité après un passage à vide durant l´été 2004. La consommation a été supérieure aux attentes en février. Les ventes de détail ont augmenté de 4,4 %, en rythme annuel, selon les chiffres préliminaires provenant de 52 chaînes de magasins.
DÉFICIT " INSOUTENABLE"
D´après les derniers calculs de l´établissement financier Merrill Lynch, les bénéfices des entreprises américaines entrant dans la composition de l´indice SP 500 ont augmenté en moyenne de 24,3 % en 2004, la meilleure performance depuis dix ans.
Les prévisions de croissance pour 2005 sont régulièrement révisées à la hausse à plus de 3,7 % en moyenne. " Compte tenu d´une dynamique plus forte qu´attendu, nous avons revu à la fois nos estimations de croissance et de profits des entreprises pour cette année. Au premier trimestre, le PIB devrait augmenter de 4,3 % en rythme annuel, au lieu de 3,2 % initialement attendu, et au deuxième trimestre de 3,5 % au lieu de 3 %", explique David Rosenberg, économiste en chef de Merrill Lynch.
Ces chiffres illustrent les paradoxes de l´économie américaine. Son dynamisme est impressionnant et la croissance est alimentée aujourd´hui de façon relativement saine, par la demande, la production et les embauches, et non par les baisses de taux et d´impôts. Mais, dans le même temps, les déséquilibres ne cessent de prendre de l´ampleur. Les déficits budgétaires et commerciaux ont atteint des niveaux sans précédent et représentent un risque considérable. Mercredi devant le Congrès, Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale ( la banque centrale américaine), a mis les parlementaires américains en garde contre un déficit budgétaire ( 427 milliards de dollars prévus en 2005) qualifié " d´insoutenable".
Eric Leser