21.03.2005
Kirghizstan: incidents meurtriers lors d´une manifesation dimanche
Quatre policiers sont morts dimanche à Jalal-Abad, dans le sud du Kirghizstan, lors de heurts entre les forces de l´ordre et l´opposition, a annoncé lundi un haut responsable des services spéciaux du Kirghizstan.
" Lors de troubles massifs le 20 mars à Jalal-Abad, quatre collaborateurs des services de sécurité ont été blessés et sont morts dans la soirée des suites de leurs blessures", a indiqué ce responsable sous le couvert de l´anonymat, alors qu´une vague de contestation traverse ce pays d´Asie centrale, s´inspirant en partie de la " révolution orange" ukrainienne.
L´opposition kirghize avait fait état dimanche de quatre morts parmi les manifestants, chiffre qui a été démenti lundi à la télévision par le secrétaire d´Etat Osmonakoun Ibraïmov. " Parmi les manifestants dans le sud, quelques membres de piquets ( établis par les manifestants) ont été blessés au moment de l´assaut donné par les policiers contre les bâtiments officiels occupés à Och et Jalal-Abad. Mais il n´y a aucun mort parmi les manifestants", a dit M. Ibraïmov. Il a accusé Mme Roza Otounbaïeva, leader du parti d´opposition La Patrie, de " diffuser dans les médias des rumeurs sur la mort de dix manifestants".
De son côté, le Premier ministre kirghize Nikolaï Tanaev a indiqué à la télévision que les manifestants de Jalal-Abad avaient bloqué l´aéroport de cette ville, en déversant quelques camions de gravier sur les pistes et en y allumant un feu de vieux pneus, pour éviter que des renforts des services de sécurité n´y débarquent.
" Les manifestants pensaient que des forces supplémentaires y seraient expédiées. Mais personne n´a pensé y envoyer des forces supplémentaires, ce qui serait de toute manière inutile quand une masse de gens devient incontrôlable", a dit M. Tanaev dimanche soir. Il a indiqué également avoir parlé au téléphone avec l´un des leaders de l´opposition, M. Bektour Assanov, député du parlement sortant, pour l´inviter à " régler le problème d´une manière civilisée". " Si vous voulez prendre le pouvoir dans le pays, battez-vous lors d´élections, par la voie constitutionnelle", a-t-il dit, résumant ses propos. " Nous nous sommes mis d´accord pour tenir des pourparlers", a ajouté le chef du gouvernement.
Pour leur part, des médias russes, citant des sources au sein des forces de l´ordre, ont évoqué dimanche soir des victimes des deux côtés et un bilan possible de dix ou seize morts. A Och, la police a expulsé des manifestants d´un bâtiment administratif, et a arrêté des dizaines de personnes. Mme Otounbaïeva a affirmé que 200 personnes avaient été interpellées et une trentaine d´autres avaient dû être hospitalisées.
Des incidents ont éclaté aussi à Jalal-Abad, où quelque 10.000 manifestants s´étaient rassemblés devant les bureaux du gouverneur, exigeant la libération de manifestants arrêtés plus tôt dans la journée pour avoir occupé ces bureaux. Armés de bâtons, de pierres et de cocktails molotov, 2.000 protestataires se sont servis d´un autobus comme d´un bélier pour forcer le périmètre de sécurité du commissariat voisin, auquel ils ont mis le feu après avoir libéré une trentaine de manifestants. Ils ont ensuite repris le bureau du gouverneur, accrochant aux fenêtres des bannières demandant la démission du président Askar Akaïev. A l´extérieur, deux voitures et un autobus étaient incendiés.
La vague de contestation qui secoue le Kirghizstan depuis les législatives de février-mars, s´est amplifiée ces derniers jours, alors que l´opposition, qui accuse le pouvoir d´avoir falsifié le scrutin, a prévenu que du sud, elle allait monter vers le nord et rejoindre la capitale Bichkek. L´opposition n´a remporté que six des 75 sièges que compte le Parlement, et l´OSCE a estimé que les législatives n´avaient pas été conformes aux normes démocratiques.
C´est impressionnant comme l´un après l´autre les anciens pays de l´Ex-URSS se rebellent contre les gouvernements pro-russes et passent du côté pro-occidental. Washington y est pour quelque chose, a n´en pas douter...