On l´imagine dans un James Bond. Ou dans la série américaine " 24 heures chrono". " J´ai passé mon dimanche après-midi avec les services secrets, l´ambassade américaine et les services de sécurité." Mais très vite il faut revenir à la réalité. C´est Richard Descoings, le directeur de l´Institut d´études politiques ( IEP) de Paris, qui parle. Et il ne plaisante pas. Mardi après-midi, à 17 heures, Sciences-Po doit recevoir Condoleezza Rice. Pas question que l´évènement tourne mal. De passage à Paris pour relancer les relations franco-américaines après le refroidissement irakien, la secrétaire d´Etat a choisi l´école de la rue Saint-Guillaume - celle qui a formé tant d´hommes politiques français - pour s´exprimer sur les nouvelles relations transatlantiques.
Toutes les précautions ont été prises. " Tout s´est fait très vite. L´ambassade m´a appelé en milieu de semaine dernière pour me parler de leur projet", explique Richard Descoings. Les services de sécurité américains ont pris en main l´ensemble de l´organisation. Et mis le 27 rue Saint-Guillaume sous haute surveillance. " Cela va être une véritable bulle de sécurité. Les Américains vont prendre le contrôle du lieu", juge un enseignant de Sciences-Po. L´amphithéâtre Emile-Boutemy, du nom du fondateur de Sciences-Po, où Condoleezza Rice interviendra pendant quarante-cinq minutes - trente pour son discours et quinze pour les questions -, a fait l´objet d´importants repérages. Et l´aile où il est situé sera totalement neutralisée. Cela tombe bien, les 6 000 étudiants de Sciences-Po n´ont pas cours en cette période d´examen. Les quelque 300 d´entre eux qui doivent justement plancher mardi après-midi seront dispersés dans d´autres bâtiments de l´école.
Quant aux 550 invités, ils devront être là entre 15 h 30 et 16 h 30 au plus tard. Les retardataires trouveront porte close. " Le dispositif est bien plus lourd que celui qui avait été déployé il y a environ deux ans lorsque nous avons reçu Mikhaïl Gorbatchev", se souvient Richard Descoings. L´ancien chef de l´Etat soviétique avait battu des records d´audience. Plus de 1 500 étudiants de Sciences-Po s´étaient précipités pour l´écouter. Ils étaient partout. Dans les amphis, dans le hall, dans les couloirs. " On avait installé des systèmes de vidéoprojection dans toute l´école", se souvient Richard Descoings. Cette fois-ci, les choses seront plus cadrées...
Il faut dire que les places seront chères. L´ambassade américaine s´est en effet réservé 400 invitations, il en reste donc une centaine pour l´hôte de Condoleezza Rice. A répartir entre les chercheurs, les enseignants et les étudiants. Mais pour Richard Descoings, qui veut que son école rayonne à l´étranger, l´enjeu méritait bien un petit sacrifice. D´autant que Sciences-Po n´était pas seule sur les rangs. Il y avait aussi l´Institut du monde arabe ( IMA) ou encore l´Institut français des relations internationales ( IFRI). Mais quand on veut être un Harvard européen, il y a des occasions à ne pas rater.