Polémique au sujet de la Côte d´Ivoire.
" Chirac s´attaque à Mbeki." Sur la photo qui barre la " une" du Star, le principal quotidien d´Afrique du Sud, le président français agite un index réprobateur sous le visage de son homologue sud-africain. Il s´agit d´une photo d´archives. Elle a été exhumée pour illustrer une pique qui pourrait tourner à l´incident diplomatique. L´objet du litige : la Côte d´Ivoire.
Pour Jacques Chirac, le chef de l´Etat sud-africain souffre d´un handicap : il ne connaît pas suffisamment " la psychologie et l´âme" des Africains de l´Ouest. Le président Thabo Mbeki, qui assure depuis trois mois une difficile médiation dans ce conflit, ne serait pas à la hauteur. Son implication jusqu´ici " n´a pas eu un effet particulièrement fort, il faut bien le reconnaître", a lâché le chef de l´Etat français, lors d´une conférence de presse, mercredi 2 février, à Dakar.
" L´Afrique de l´Ouest, c´est l´Afrique de l´Ouest. Elle a sa propre caractéristique, il faut bien la connaître. Et je souhaite beaucoup que le président Mbeki ( ...) s´immerge dans l´Afrique de l´Ouest de façon à en comprendre la psychologie et l´âme. Car dans une période de crise, il faut bien connaître la psychologie et l´âme des gens", a déclaré le président français.
A Pretoria, l´attaque n´a pas été appréciée. " Evidemment, nous ne prétendons pas connaître tout sur l´Afrique de l´Ouest. Mais nous ne refuserons jamais l´aide de ceux qui savent mieux", a ironisé lors d´une conférence de presse jeudi Aziz Pahad, le vice-ministre des affaires étrangères.
Ce dernier a défendu en détail la médiation du président Mbeki qui a mis au point une " feuille de route" et un calendrier avec un objectif unique, faire appliquer les accords de Linas-Marcoussis, restés au point mort ou presque depuis leur signature il y a exactement deux ans. L´avancée la plus importante aura été l´adoption le mois dernier par l´Assemblée nationale du texte modifiant les conditions d´éligibilité à la présidence, point focal de la crise ivoirienne. " Nous avons obtenu en trois mois plus que personne n´a réussi à obtenir en deux ans", a martelé Aziz Pahad.
Entre les deux chefs d´Etat, la discorde va au-delà de la question du bilan de la médiation. Thabo Mbeki, champion de la " renaissance africaine", considère que la France est encore empêtrée dans son rôle d´ancienne puissance coloniale. Lorsqu´il s´est rendu à Abidjan en novembre, après les émeutes anti-françaises, il aurait été, selon son entourage, très impressionné par le déploiement des troupes françaises et de véhicules blindés dans la capitale. La télévision sud-africaine n´avait pas hésité à parler d´une " force d´occupation".
" CONTACT CONSTANT"
Plusieurs membres de la délégation française qui accompagnent Jacques Chirac dans son voyage au Sénégal et au Congo ont cherché, jeudi, à effacer l´impression qu´il avait donné d´un désaccord avec le président sud-africain. " Nous sommes en contact constant avec les Sud-Africains sur ce dossier, nous travaillons dans le même sens", affirmait l´un d´entre eux.
" Nous soutenons sa position -celle de Thabo Mbeki-, qui s´inscrit dans la ligne des accords de Marcoussis et d´Accra 3", assurait un autre, en ajoutant que Jacques Chirac a, de longue date, de l´estime et de l´amitié pour le successeur de Nelson Mandela, qu´il a soutenu autrefois le combat anti-apartheid, qu´il tient le président sud-africain pour un homme très intelligent, respecté par ses pairs et qui a l´avantage, en ce qui concerne la Côte d´Ivoire, de n´être pas juge et partie. M. Chirac " a simplement voulu dire qu´il faut tenir compte de ce que pensent les Africains de l´Ouest", déclarait cependant un autre encore, confirmant implicitement que cela n´était pas le cas.