Elle avait 23 ans, un fils, un diplôme d´électricienne, des petits amis. Une vie somme toute ordinaire dans le Berlin cosmopolite et branché de 2005. Elle en est morte. Tuée un soir de février, de plusieurs balles dans la tête, à un arrêt de bus, le long d´une avenue déserte de la capitale allemande.
Trois de ses frères, âgés de seulement 18 à 25 ans, ont été arrêtés quelques jours plus tard, accusés du meurtre de leur soeur, soupçonnés d´avoir commis un « crime d´honneur » pour « laver » l´affront subi par leur famille qui ne supportait pas de voir la jeune Turque vivre librement. Hatin Sürücü fait partie des 5 000 victimes de crimes d´honneur recensés chaque année par l´ONU.
Elevée à Berlin dans une famille stricte originaire d´Anatolie, Hatin a été contrainte à 16 ans de retourner en Turquie pour épouser l´un de ses cousins. De cette union forcée naît rapidement un petit garçon, qu´elle emmènera dans ses bagages lorsqu´un an après elle décide de retourner, seule, à Berlin. Hatin est prise en charge par un centre d´accueil pour les mères célibataires qui lui fournit un logement et lui permet d´achever ses études. Ses amis évoquent une jeune femme drôle et souriante, qui aimait sortir et s´amuser qui avait décidé de ne plus porter le voile, qui vivait comme les Allemandes de son âge.
Son meurtre a suscité émoi et indignation outre-Rhin, en particulier à Berlin, où la communauté turque est importante. Surtout, c´est le cinquième crime du genre depuis octobre dans la capitale. « Hatin Sürücü est morte selon toute vraisemblance parce que le conseil de famille s´est réuni et a décidé de sa mort », s´indigne le quotidien de gauche Taz.
OUI à la Turquie dans l´UE !
